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| 23/02/2007 | |||
| Afrique-France : sous le signe du pragmatisme | |||
| (MFI) Le 24e sommet franco-africain organisé à la mi-février 2007 à Cannes, dans le sud de la France, a permis de débattre des relations entre Paris et ses partenaires, et surtout de la place du continent dans la mondialisation. La rencontre a aussi été l’occasion pour le président Jacques Chirac, au pouvoir depuis douze ans, de faire ses adieux à l’Afrique, même s’il n’a pas encore formellement annoncé son intention quant à la prochaine course à la présidence française. | |||
| « Vous me demandez si c’est mon dernier sommet. Je vous réponds : oui, pour cette année », a déclaré malicieusement Jacques Chirac au cours de la conférence de presse finale du sommet. « La plupart de mes collègues m’ont salué très gentiment parce qu’ils partaient juste avant la conférence de presse… Je dois dire que tous ont dit ‘‘eh bien, à notre prochain sommet en Egypte’’ (en 2009). Je n’ai pas répondu. Quant aux critiques que l’on peut me faire, a-t-il ajouté, elles sont normales et légitimes. La France est heureusement un pays en démocratie, où chacun a le droit d’exprimer sa pensée. Je souhaite que tous les candidats éventuels (à l’élection présidentielle en France) aient conscience de l’importance capitale que l’Afrique a pour le monde, aient conscience de l’importance de l’aide au développement de l’Afrique pour l’équilibre et la stabilité du monde, indépendamment des problèmes moraux que cela pose. Et que les relations entre la France et l’Afrique sont essentielles pour notre pays », a-t-il dit. Quarante-neuf délégations de pays africains ont participé avec la France à la conférence ainsi que des représentants des Nations unies (Onu), de l’Union africaine, dont son président en exercice actuel, le chef d’Etat ghanéen John Kufuor, de la Commission européenne en la personne du Commissaire au développement Louis Michel, et de l’Organisation internationale de la Francophonie. Pour la première fois, le président en exercice de l’Union européenne, la chancelière allemande Angela Merkel, qui préside aussi cette année le G8, a été invitée à participer au Sommet, tout comme le Japon, représenté par Yoshiro Mori, président de la Commission Afrique de la Diète japonaise (le parlement). Le Zimbabwe, qui n’a finalement pas été invité en raison des sanctions internationales contre son président Robert Mugabe, le Rwanda qui a rompu ses relations diplomatiques avec Paris et l’Erythrée qui n’a dépêché personne étaient parmi les absents. Tout comme des chefs d’Etat comme le Sud-Africain Thabo Mbeki et le Congolais Joseph Kabila nouvellement élu en RDC, retenus par des problèmes intérieurs, ou l’Ivoirien Laurent Gbagbo qui entretient avec la France des relations tumultueuses. Une « décennie de l’Onu » pour combler la « fracture numérique » Préparé par une réunion ministérielle à Cannes, le sommet a été précédé d’un forum « Afrique Avenir » qui a réuni, à Paris, une soixantaine d’invités africains symbolisant la réussite économique, culturelle et politique, et dont les conclusions ont été présentées à Cannes. Le thème du sommet, « L’Afrique et l’équilibre du monde », a été décliné au sein de trois corbeilles dont les débats ont été diffusés en direct et non plus dans le huis-clos traditionnel. La première, consacrée aux matières premières, s’est particulièrement arrêtée sur le coton, qui intéresse nombre de producteurs africains, notamment d’Afrique de l’Ouest ; la création d’une Université du coton, soutenue par la France et l’Union européenne, devrait contribuer à la nécessaire modernisation des filières. La seconde, sur la place et le rôle de l’Afrique dans le monde, a conclu à la nécessité de renforcer à la fois la représentation de l’Afrique dans les institutions internationales et d’assurer une meilleure coordination de celles-ci avec les instances africaines. La troisième, penchée sur les rapports du continent avec la société de l’information, a mis l’accent sur la nécessité de lancer un véritable « Plan Marshall » et une « décennie de l’Onu » pour combler la « fracture numérique ». La nécessité d’élever le niveau d’éducation des populations et la professionnalisation des journalistes a également été soulignée ainsi que la responsabilité des Africains et de leurs dirigeants dans l’image de l’Afrique. 18 pays africains ont annoncé leur adhésion à Unitaid Jacques Chirac, tout au long de ce sommet, a mis l’accent non seulement sur la lutte contre la pauvreté mais aussi sur le poids démographique et la nécessité de trouver de nouveaux financements pour l’aide publique au développement (APD). « La vérité, c’est qu’aujourd’hui l’Afrique a 900 millions d’habitants, dont 35 % de moins de 18 ans. Dans moins de cinquante ans, il y en aura 1 milliard 900 millions. Il y a donc des raisons politiques, économiques, morales qui exigent d’avoir une autre approche du développement », a-t-il dit. « Il est évident que les seules ressources budgétaires des pays riches ne permettront pas d’assumer le coût de l’aide au développement. Nous l’avons vu avec les engagements pris pour le millénaire en 2000. Ils ne seront pas tenus. Par conséquent, il faudra trouver autre chose. D’où l’idée des financements innovants. C’est dans cet esprit que j’ai proposé de faire une expérience utile sur le plan de la santé mais également sur le plan de l’exemple, en instaurant une taxation des billets d’avion dont le profit permet de développer les moyens et les médicaments nécessaires pour lutter contre le paludisme, la tuberculose et le sida », a-t-il précisé. A la fin du sommet, 18 pays africains ont annoncé leur adhésion à la Facilité internationale d’achat de médicaments Unitaid, lancée à New York en septembre 2006. Jacques Chirac : « L’Afrique a besoin d’avoir des relations avec l’ensemble du monde » Les conflits ont aussi figuré au menu des discussions. A propos du conflit au Darfour (ouest du Soudan) et de ses répercussions régionales au Tchad et en RCA notamment, la France a réussi à réunir en marge du sommet les trois chefs d’Etat concernés, qui ont signé une déclaration commune concernant une reprise du dialogue, sans pour autant aboutir à des engagements nouveaux. Les participants ont aussi appelé les autorités guinéennes à honorer leurs engagements, conformément à l’accord signé le 27 janvier avec les syndicats, afin de préserver la paix et la sécurité de tous les Guinéens dans le respect des principes démocratiques, et appuyé les efforts de la Cédéao et de l’Union africaine pour trouver une solution à la crise. Le président français a voulu couper court à ceux qui redoutent la nouvelle présence chinoise en Afrique et une perte d’influence de Paris. Interrogé sur le sujet, il a qualifié les actions de la Chine à travers le continent de « positives ». « Elles sont nécessaires, l’Afrique a besoin d’avoir des relations avec l’ensemble du monde, des relations aussi bien économiques que politiques et culturelles », a-t-il dit, ajoutant que « l’humanité est entrée dans un âge où les destins des peuples sont en fait indissolublement liés : un nouveau monde se dessine, dont l’avenir ne peut se dissocier de celui de l’Afrique… le berceau du monde et de l’humanité. » Marie Joannidis Quel avenir pour les sommets franco-africains ? (MFI) Les participants au 24e sommet Afrique-France de Cannes ont déjà pris rendez-vous pour leur prochaine réunion, en Egypte en 2009, puisque ces conférences se tiennent tous les deux ans, alternativement en France et en Afrique. Mais la question qui était sur toutes les lèvres à Cannes portait à la fois sur l’avenir des relations franco-africaines à la lumière des successeurs éventuels du président Jacques Chirac à la tête de l’Etat, qui ont déjà affirmé vouloir tout « réformer », et sur l’avenir même de tels sommets et leur absorption éventuelle par les sommets euro-africains. Même si certains délégués avouaient en privé que l’heure était peut-être venue pour un dialogue de continent à continent, c’est-à-dire Europe-Afrique, la majorité d’entre eux restent soucieux de la diversification des relations et ne semblent prêts à sacrifier ni le dialogue privilégié avec la France, ni d’ailleurs celui avec la Chine ou d’autres partenaires présents ou à venir. Du côté français, on se montre relativement confiant, soulignant qu’après tout la relation de Paris a fortement évolué, y compris sous la présidence de Jacques Chirac quant à l’ouverture à l’ensemble des pays africains. « Il n’y a plus de pré carré francophone » et on n’est plus à l’époque de Jacques Foccart (ancien conseiller aux Affaires africaines de Charles de Gaulle, considéré comme l’artisan de la politique – souvent décriée – de réseaux de la France-Afrique). Du côté africain, aussi bien des francophones que des anglophones se montrent satisfaits de la formule. Nkosazana Dlamini Zuma, ministre sud-africaine des Affaires étrangères, a ainsi confié que l’Afrique a aussi bien besoin de la coopération Nord-Sud que Sud-Sud et que les sommets franco-africains sont différents des réunion euro-africaines qui mettent ensemble les deux continents. Elle estime aussi que la tenue du prochain sommet euro-africain à Lisbonne d’ici la fin de l’année dépend des Européens. « La balle est dans leur camp », souligne-t-elle. Le précédent sommet a été annulé en raison du refus des Européens, sous la pression des Britanniques, d’inviter le Zimbabwe. Pour sa part, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, deuxième pays francophone dans le monde après la France, a estimé que la France a souvent agi en porte-parole des Africains aussi bien au sein de l’Europe que de l’Onu et que la poursuite des réunions franco-africaines reste vitale dans un monde multipolaire. M. J. Darfour: comment renouer le dialogue ? (MFI) La France, directement concernée par l’extension du conflit du Darfour (ouest du Soudan) au Tchad et en RCA, deux pays qu’elle soutient, y compris sur le plan militaire, a tout fait pour faciliter la reprise du dialogue entre ces pays voisins, sans pour autant se faire trop d’illusions sur le succès immédiat d’une telle démarche. Le président Jacques Chirac a ainsi réussi à réunir, en marge du sommet de Cannes, les chefs d’Etat soudanais Omar El Béchir, tchadien Idriss deby et centrafricain François Bozizé, qui ont fini par signer une déclaration commune. Cette réunion de près de deux heures s’est tenue sous l’égide du chef d’Etat ghanéen John Kufuor, président en exercice de l’Union africaine, en présence de ses homologues égyptien, gabonais et congolais ainsi que du ministre français des Affaires étrangères et du Commissaire européen au développement, Louis Michel. Dans ce texte, les dirigeants des trois pays réitèrent leur engagement à « respecter les souverainetés et à ne pas soutenir les mouvements armés ». Ils souhaitent « la mise en place d’instances de concertation active entre le Soudan, le Tchad et la Centrafrique » et affirment soutenir « la poursuite de l’engagement de l’Onu et de l’Union africaine ». Les Français, indique-t-on de source informée, ont voulu montrer que cette initiative de Cannes entrait dans le cadre de l’effort général de la communauté internationale. Le président Chirac lui-même s’est défendu de continuer à jouer le « gendarme de l’Afrique », position appuyée par son homologue ghanéen qui n’a pas hésité à défendre la position française dans la région. « La situation dans cette partie de l’Afrique est au centre des préoccupations internationales. D’ailleurs l’Onu y est présente, et il se trouve que la France est un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. La France, depuis toujours, est une amie de l’Afrique et, par conséquent, je ne trouve pas qu’il y ait dans la situation un quelconque relent de néocolonialisme, en tous cas émanant de la France », a dit John Kufuor. Le Soudan refuse d’accepter l’envoi d’une force de l’Onu pour remplacer celle de l’Union africaine déjà présente au Darfour. Il n’a accepté que le principe d’une « force hybride », l’Onu fournissant un appui à l’Union africaine. « La méfiance est toujours énorme et en fait, au cours de la réunion de Cannes, c’est le Tchad qui a été le plus agressif, le président Deby parlant même de ‘nettoyage ethnique’ d’Arabes contre des Noirs et des incursions de milices Janjaweed (arabes soudanais) sur le territoire de son pays », révèle une source informée. Elle précise qu’aussi bien les Français que les chefs d’Etat ghanéen et égyptien ont « tenté de calmer le jeu » pour qu’un dialogue puisse s’instaurer. Les médiateurs espèrent que la déclaration de Cannes permettra de renforcer les pressions, pour la mise en place de la force hybride non seulement au Darfour mais aussi aux frontières, à travers toutes les instances internationales ou régionales que ce soit dans le cadre de l’Onu, de l’Union africaine ou de réunions comme le prochain sommet euro-africain. M. J. | |||
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