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| 23/03/2007 | |||
| Questions internationales (1) L’Europe souffle ses 50 bougies | |||
| (MFI) Ce 25 mars marque le 50è anniversaire de la Communauté économique européenne, devenue l’Union européenne. Passée de 6 à 27 membres, l’UE est aujourd’hui le premier espace économique au monde et un interlocuteur incontournable des relations internationales. Ses réalisations dans le domaine social, politique, éducatif et dans la solidarité sont nombreuses. Mais les défis auxquels l’UE fait face, notamment depuis son ouverture à l’Est, sont redoutables. | |||
| Dans quel contexte historique est apparue l’idée d’une organisation européenne ? L’Europe s’est construite sur la mémoire des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Des dirigeants européens d’obédience démocrate-chrétienne – le Français Robert Schuman, l’Allemand Konrad Adenauer, le Belge Paul-Henri Spaak – veulent dépasser l’opposition entre les peuples pour construire un grand projet qui empêchera la résurgence des conflits. Le 9 mai 1950, Robert Schuman – alors ministre des Affaires étrangères – présente l’idée d’une organisation de l’Europe. Son texte est considéré comme l’acte fondateur de la construction européenne. Un an plus tard, le 18 avril 1951, est signé le traité créant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). En sont membres la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. L’idée est d’instaurer un marché commun de ces matériaux, sans droit de douane ni entrave quantitative ou tarifaire à leur libre circulation entre les six pays. Le choix du charbon et de l’acier ne doit rien au hasard ; ce sont des ressources stratégiques à l’époque et ils constituent les matériaux de base des armements. Robert Schuman fait de l’économie un moyen au service d’une cause : la prospérité et la paix en Europe. Le traité de la CECA prévoit qu’une partie des bénéfices de cette union sera reversée aux pays africains les plus pauvres. En signant le 25 mars 1957 le Traité de Rome créant la Communauté économique européenne (CEE), les six pays vont plus loin dans la coopération. Ils instaurent une union douanière au sein de laquelle sont abolis droits de douane et restrictions quantitatives. Tous les biens circulent librement entre les six et sont protégés par un tarif extérieur commun contre les biens importés de pays tiers. C’est ce qu’on va appeler le marché commun. L’idée des concepteurs est que la solidarité économique ainsi créée va obliger à des interactions entre les Etats, favorisant la paix et une intégration politique. Des politiques communes supranationales sont aussi définies dans l’agriculture, le transport et le commerce. La Commission européenne est instituée pour mettre en œuvre le Traité de Rome, ainsi que l’Assemblée parlementaire européenne qui n’a cependant qu’un rôle consultatif. L’Europe est sur les rails. En tant que vaincus de la seconde guerre, l’Allemagne et l’Italie aspirent, grâce à l’intégration européenne, à retrouver leur souveraineté. En tant que puissance victorieuse, la France du général De Gaulle espère prendre la direction du projet. Quant aux pays du Benelux, aux économies ouvertes, ils étaient intéressés – en tant que victimes de la guerre – par une communauté de paix et de stabilité passant par une solidarité économique. Quelles ont ensuite été les grandes étapes de la construction européenne ? En 1965, la CECA, la CEE et la Communauté européenne de l’énergie atomique fusionnent leurs institutions. On parle désormais des Communautés européennes. Deux ans auparavant, le Traité de l’Elysée a scellé la réconciliation franco-allemande. Paris et Bonn deviennent les moteurs de l’Europe. En pleines « Trente glorieuses », le système de marché commun favorise un enrichissement rapide des six Etats membres. L’Union douanière est un succès, et plusieurs capitales européennes – Londres, Vienne, Copenhague, Lisbonne… – signent des accords de libre-échange avec la Communauté, prélude à de futurs élargissements. L’étape suivante est l’élection au suffrage universel direct du Parlement européen, en juin 1979. Avant, il était composé de représentants des Parlements nationaux. Ses compétences sont élargies. Réunis à Strasbourg, les députés européens ne siègent plus par nationalité, mais par groupe politique. Nouvelle évolution marquante avec l’adoption, le 17 février 1986, de l’Acte unique européen. Celui-ci vise à harmoniser les législations nationales en matière économique. Il supprime les dernières entraves à la libre circulation des marchandises entre les Etats membres et met en place les instruments d’une libre circulation des personnes et des capitaux. Du marché commun on passe au marché unique. De nouveaux domaines entrent dans la compétence de la Commission de Bruxelles : l’environnement, la recherche et même les prémices d’une politique étrangère commune. Un élément d’autant plus important qu’en 1989, la réunification allemande et la chute de l’Union soviétique bouleversent la diplomatie mondiale. La décennie 90 est déterminante pour la construction européenne. Le 7 février 1992 est signé le Traité de Maastricht, dont l’ambition est d’accélérer l’intégration politique de l’Europe. On ne parle plus de Communauté européenne, mais d’Union européenne. Une communauté économique cède la place à une union politique. Les compétences de Bruxelles s’élargissent : éducation, culture, santé, protection des consommateurs… Les Etats membres cèdent une part croissante de leur souveraineté à la Commission, et le droit communautaire prime les droits nationaux. La coopération en matière de justice et de lutte contre le crime s’affirme avec la création d’Europol. Les quatre libertés de circulation (biens, personnes, services, capitaux) deviennent réalité. Tout Européen peut s’établir librement dans un autre pays de l’UE et y travailler. Il peut même y voter aux élections locales. Le Traité de Maastricht – petite ville néerlandaise – va lancer enfin deux projets fondamentaux : la création d’une monnaie unique (l’euro) et la politique commune de sécurité ; les Etats européens cherchent au maximum à harmoniser leur politique étrangère et de défense. L’UE devient en tant que tel un acteur des relations internationales. Des troupes européennes mèneront des missions dans les Balkans dès 1997, remplaçant des soldats de l’Otan. En 1995, c’est l’inauguration de l’espace Schengen qui créé une zone de libre circulation entre ses membres. Tout titulaire d’un visa d’un pays de l’espace Schengen peut voyager dans les autres. L’idée est toujours la même : renforcer l’intégration politique et l’interdépendance entre les pays membres afin de favoriser la paix et la prospérité. Le Traité de Maastricht connaîtra quelques aménagements institutionnels : pouvoir accru du Parlement européen, réorganisation de la Commission de Bruxelles, extension des votes à la majorité qualifiée au détriment des votes à l’unanimité… Dernière étape dans la construction européenne : la mise en circulation de l’euro le 1er janvier 2002. Désormais, de Madrid à Helsinki, on paie avec les mêmes billets. Quid des élargissements de l’Union européenne ? L’Europe comptait six membres à ses débuts ; elle en compte 27 aujourd’hui. Le premier élargissement survient en 1973 avec l’adhésion du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark. Puis en 1981, c’est au tour de la Grèce de rejoindre ce qu’on appelait encore la CEE. Après leur retour à la démocratie, l’Espagne et le Portugal adhèrent à l’organisation en 1986. A partir de 1995, on parle de l’Europe des Quinze avec l’adhésion de l’Autriche, de la Suède et de la Finlande. Mais le grand virage a lieu le 1er mai 2004 lorsque dix pays rejoignent l’UE : Malte et Chypre, mais surtout huit pays de l’ancien bloc de l’Est : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Slovénie. Ils seront rejoints le 1er janvier 2007 par la Bulgarie et la Roumanie. La page de la division politique entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est est définitivement tournée. L’objectif défini par le Traité de Rome de 1957 est respecté : établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. Au cours de ces 25 dernières années, l’Europe politique n’aura donc cessé de progresser – non sans heurts – en renforçant ses institutions et ses prérogatives, et en élargissant ses domaines de compétence et le nombre de ses membres. Quelles sont les grandes réalisations de l’UE ? La construction de l’Union européenne n’est pas qu’une longue suite de succès. En 1954, le veto français empêchera la création d’une Communauté européenne de Défense. Attaché à l’indépendance nationale, De Gaulle a longtemps freiné le développement des institutions européennes. Puis la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher a mené une guerre frontale contre Bruxelles. En 2005, la France et les Pays-Bas ont rejeté par référendum le projet de Constitution européenne, dans un contexte d’euroscepticisme généralisé, bloquant les institutions. La politique étrangère, la compréhension des mécanismes européens, l’accueil des nouveaux entrants issus du bloc soviétique constituent autant de défis pour l’Europe. Cela ne doit néanmoins pas conduire à négliger toutes les réalisations de l’UE. « Dans le contexte de la guerre froide, puis de l’éclatement de l’URSS et de la guerre en ex-Yougoslavie, l’Union est toujours restée une zone de paix et de stabilité politique. Voilà un espace qui n’a connu ni conflit ni coup d’Etat depuis 50 ans. C’est un vrai succès », estime un diplomate français basé à Bruxelles. C’est aussi une région qui a su imposer des valeurs fortes : la démocratie, l’interdiction de la peine de mort, le respect des droits de l’homme, la liberté de cultes, la protection des minorités, la liberté d’expression… Autant d’évidences pour beaucoup, mais qui constituent des nouveautés pour les ressortissants des ex-pays de l’Est. L’UE est aussi une terre de solidarité. Le Fonds européen de développement régional assure un transfert des ressources des régions européennes les plus riches vers les plus pauvres pour améliorer les infrastructures et attirer les investissements. Avec plus de 50 milliards d’euros de prêts ou subventions, les 27 sont aussi les premiers fournisseurs d’aide publique au développement en faveur du Tiers-monde. Dans un autre registre, le programme Erasmus permet à des étudiants de n’importe quel pays de l’Union de passer un an dans une autre université européenne. Avec 150 000 étudiants concernés en 2005, il s’agit du plus important programme d’échange universitaire au monde. En matière de défense, 60 000 hommes sont engagés sous la bannière de brigades européennes ou de forces de police communes dans 17 pays à travers le monde, des Balkans à la RDC en passant par les territoires palestiniens. L’UE envoie souvent aussi des observateurs pour surveiller la transparence d’opérations électorales. Sur le plan économique enfin, l’Europe des 27 peut se targuer d’être le plus important espace commercial au monde, avec 450 millions de consommateurs. Le PIB européen était de 10 816 milliards d’euros en 2006 contre 10 037 aux Etats-Unis. Le chômage par contre est élevé – 8,7 % dans l’ensemble de l’UE – contre 5,1 % chez l’Oncle Sam. Si les inégalités sociales sont réelles dans chacun des 27 Etats membres, l’Europe néanmoins conserve un haut niveau de vie et une bonne protection sociale. Si elle n’a pas atteint tous ses objectifs, elle reste cependant une référence pour d’autres blocs régionaux –en Amérique latine et en Asie notamment- qui aspirent à suivre son exemple. | |||
| Jean Piel | |||
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