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| 16/04/2007 | |||
| Présidentielle française 2007 (3) Immigration, le sujet qui fâche | |||
| (MFI) Le problème de l’immigration divise les candidats de droite et de gauche, même si tous affirment vouloir trouver une solution équitable et aider les Africains à rester chez eux à travers notamment le co-développement. Nicolas Sarkozy rejoint certaines thèses de l’extrême-droite en liant insécurité et chômage à l’afflux d’étrangers en situation régulière ou clandestine, thèse réfutée par les candidats de gauche mais aussi le centriste François Bayrou. | |||
| Le candidat de l’UMP qui a quitté tout récemment ses fonctions de ministre de l’Intérieur, préconise « l’immigration choisie » et la création d’un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale « pour dire à ceux qui vont venir qu’ils doivent adhérer à des valeurs qu’ils vont enrichir de leur propre identité et sur lesquelles nous ne sommes pas prêts à transiger ». Ce dernier projet a non seulement suscité le rejet catégorique de la gauche mais aussi des réserves dans son propre camp. Ce message, qu’il a voulu faire passer lui-même en Afrique, se heurte également à la méfiance de nombreux Africains même si des pays comme le Mali ou le Sénégal se déclarent prêts à examiner avec l’Union européenne les moyens de contrôler l’exode de leurs populations, notamment les jeunes, prêts à risquer leurs vies pour rejoindre ce qu’ils considèrent comme des eldorado. « Immigration choisie » pour Nicolas Sarkozy « Il y a 200 millions de migrants aujourd’hui dans le monde. Entre 2005 et 2050, les Nations unies prévoient le départ de 98 millions de personnes des pays en développement vers les pays développés. C’est dire l’urgence de porter la question de l’immigration au plus haut niveau de nos discussions internationales et européennes », affirme Nicolas Sarkozy. Pour lui, un traité multilatéral doit fixer des droits et des devoirs pour les pays d’origine (droit de circulation de ses ressortissants, droit d’être aidé en cas d’afflux de réfugiés, devoir de reprendre ses clandestins…) et pour les pays d’accueil (droit de fixer des plafonds d’immigration, interdiction de piller les cerveaux des pays en développement…). Il souhaite la création d’une agence mondiale de l’immigration chargée de le faire respecter. Il affirme aussi que la lutte contre les filières clandestines, les passeurs sans scrupule, les esclavagistes modernes « doit être une priorité de la coopération policière internationale », en particulier au sein de l’Union européenne. Parallèlement, il préconise un partenariat euro-africain liant l’aide au développement et la maîtrise des flux migratoires, une agence européenne du co-développement permettant de mobiliser vers des projets structurants dans leurs pays d’origine l’épargne des 12 millions de migrants en Europe. Au plan interne, Nicolas Sarkozy, qui a durci les conditions du regroupement familial qui doivent dépendre du revenu, du logement et la connaissance du français, est un farouche partisan de la politique d’immigration choisie. « Nous favoriserons la venue en France des meilleurs étudiants, chercheurs, ingénieurs, travailleurs qualifiés, artistes et intellectuels, ainsi que les personnes dont les compétences sont recherchées par notre économie, grâce à un système de points, en distinguant les flux provenant de pays émergents et ceux provenant de pays en développement, notamment africains », explique-t-il. « Notre politique d’immigration doit être à la fois ferme et humaine. Dès lors, si je souhaite qu’on expulse ceux qui n’ont pas de papiers, je veux aussi qu’on renforce les droits des immigrés en situation légale », souligne-t-il. « Immigration partagée » pour Royal, politique européenne pour Bayrou La candidate socialiste Ségolène Royal prône en revanche « une immigration partagée » qui passe « par une harmonisation des législations européennes et un contrat de responsabilité avec les pays d’Afrique pour une maîtrise durable des flux migratoires. Il faut agir avec tolérance, humanité et sans démagogie », souligne-t-elle. Elle estime que les citoyens s’accordent sur la nécessité d’adopter une approche globale de l’immigration, centrée sur l’intégration des immigrés en France et le co-développement avec les pays d’origine. « L’immigration choisie est profondément opportuniste et injuste à l’égard des pays d’origine », affirme Ségolène Royal qui souhaite aussi relancer la coopération euro-méditerranéenne et préconise l’institution d’un visa permettant des allers-retours multiples sur plusieurs années, afin que les migrations s’adaptent aux besoins réels du marché du travail. Le PS est partisan du rétablissement de la règle des dix ans de séjour en France pour la régularisation et cite des critères fondés sur la durée de présence en France, la scolarisation des enfants et la possession ou la promesse d’un contrat de travail. Il parle aussi du cas par cas plutôt que de la régularisation massive des sans-papiers à l’instar de l’Italie ou de l’Espagne. François Bayrou se veut avant tout modéré. Il est lui aussi favorable à la régularisation des sans-papiers « au cas par cas » et « sur des critères clairs » tout en rejetant la politique d’immigration choisie défendue par Nicolas Sarkozy dans laquelle il voit « la meilleure façon d’assécher les économies des pays en développement en les privant des ressources humaines fondamentales ». Il lui préfère une politique d’immigration européenne passant par « la définition d’une procédure unique ». Dominique Voynet en faveur d’un lien renforcé entre immigration et coopération La candidate des verts Dominique Voynet va beaucoup plus loin : régularisation de tous les sans-papiers et mise en place d’une autre politique de l’immigration tendant vers la liberté de circulation et d’établissement. « Il faut faciliter la délivrance de visas long séjour à entrées multiples pour permettre tant la venue que les retours des étrangers. Il faut permettre aux retraités étrangers ayant travaillé en France de percevoir leur retraite dans leur pays plutôt que de les obliger à rester en France. Il faut dépénaliser le séjour irrégulier. Il faut lutter contre le travail clandestin, les filières d’immigration et toutes les formes d’exploitation des étrangers et faire respecter le droit de vivre en famille », précise-t-elle. Elle demande le transfert des politiques d’immigration du ministère de l’Intérieur vers un ministère de la Coopération solidaire, rappelant que la France a tiré profit de ses anciennes colonies et qu’il était donc normal qu’elle aide ces pays en modifiant sa politique étrangère en direction des citoyens et non de gouvernements souvent arrivés au pouvoir par des coups d’Etat. « Si la politique de l’immigration française devait se limiter à donner des visas à des étrangers hautement qualifiés, cela serait une forme de néo-colonialisme », dit-elle. | |||
| Marie Joannidis | |||
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