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16/04/2007
Présidentielle française 2007 (1)
L’Afrique de facto dans la campagne


(MFI) Composante importante de la politique étrangère de la France et principal bénéficiaire de son aide publique au développement (APD), l’Afrique se trouve de facto en bonne place dans la campagne présidentielle de 2007 où candidats de droite comme de gauche la lient intimement à l’immigration, que celle-ci soit légale ou clandestine.

Le co-développement est le mot-clé de la « coopération rénovée » que prônent les principaux candidats, qui estiment que le départ du président Jacques Chirac, après douze ans à la tête de l’Etat, marque la fin d’une époque de relations particulières – la "FranceAfrique", synonyme de "copinage" et de réseaux occultes même si chacun lui donne un contenu différent. Ce qui ne manque pas de susciter les critiques d’associations comme le Centre de recherche et d’information sur le développement (Crid), qui rassemble 50 associations françaises de solidarité internationale et dont le président, Gustave Massiah, considère que le co-développement n’est qu’un « alibi qui sert à masquer la politique répressive vis-à-vis des migrants ».
Les candidats des principaux partis en lice – douze en tout, de l’extrême-droite jusqu’à l’extrême-gauche ou l’altermondialisme – ont multiplié les déclarations sur la coopération et l’immigration dans des discours, des réunions électorales mais aussi sur leurs sites web et blogs. La volonté affichée de "transparence" s’est manifestée, entre autres, par des engagements signés sous les yeux des caméras, notamment à propos du conflit sanglant au Darfour dans l’ouest du Soudan.

Les candidats se positionnent par rapport au Darfour

Répondant à l’appel du collectif Urgence Darfour, plusieurs candidats se sont ainsi exprimés en direct ou par messagers interposés. Ségolène Royal, la candidate du Parti socialiste (PS) et le centriste François Bayrou, de l’Union pour la démocratie française (UDF), ont endossé l’appel au boycott des Jeux olympiques de Pékin en 2008, pour faire pression sur la Chine qui – pétrole oblige – soutient le régime soudanais de Khartoum, accusé d’être à l’origine des exactions dans le Darfour. Dominique Voynet, candidate des Verts (écologistes) a dénoncé l’inertie de la communauté internationale, flagrante selon elle lorsque le gouvernement commettant des atrocités dirige un pays riche en ressources naturelles, qu’il s’agisse de bois, de pétrole ou de diamants. Nicolas Sarkozy, favori des sondages, président de l’Union pour un mouvement populaire (UMP, qui a pris la succession du RPR de Jacques Chirac), a fait savoir pour sa part qu’il était favorable à des mesures unilatérales de la France, comme le refus de visas aux dignitaires du régime soudanais.

Un émissaire de l’UMP remet un message à Nelson Mandela

La plupart des candidats se sont entourés de conseillers en politique étrangère et africaine, notamment d’anciens ministres, de députés nationaux ou européens qui suivent également de près les problèmes de l’immigration. Ils ont aussi cherché à coopter des intellectuels, des artistes et des personnalités issues de l’immigration. Ainsi, Michel Barnier, ancien ministre des Affaires étrangères et Commissaire européen, est le conseiller politique pour les affaires internationales de Nicolas Sarkozy, qui travaille aussi de près avec ses anciens collaborateurs du ministère de l’Intérieur et d’anciens préfets comme celui de Bretagne, Claude Guéant, devenu son directeur de campagne.
Le candidat de l’UMP, qui s’est rendu en 2006 au Bénin et au Mali puis au Sénégal – peu avant la visite dans ce pays, où elle est née, de sa rivale Ségolène Royale –, n’a pas manqué de dépêcher d’autres émissaires en Afrique : début avril, à moins de trois semaines du premier tour, il a envoyé le député souvent controversé du Raincy, Eric Raoult, en Afrique du Sud pour y rencontrer les Français présents mais aussi remettre un message à l’ancien président Nelson Mandela. Michel Barnier explique que son candidat est très attaché à un partenariat nouveau avec l’Afrique. Concernant « l’immigration choisie » prônée par Nicolas Sarkozy, il met l’accent sur le co-développement qui pour lui consiste « à aider les pays à développer leur propre économie ».

Les socialistes pour la création d’une Agence du développement indépendante

De son côté, Harlem Désir, fondateur de l’association SOS Racisme, député européen et chargé de la mondialisation au sein du PS, souligne que Ségolène Royal, deuxième pour le moment dans les sondages, réclame une rénovation de la politique africaine de la France, mettant l’accent sur la transparence. Les socialistes sont favorables à la création d’une Agence du développement indépendante qui, selon Jean-Louis Bianco, co-directeur de la campagne de Ségolène Royal et ancien ministre et secrétaire général de l’Elysée sous François Mitterrand, devrait collaborer avec les ONG et les collectivités locales. Le PS estime que le co-développement devrait être plus ambitieux et permettre des allers-retours et des échanges entre pays riches et pauvres.
Harlem Désir s’est rendu plusieurs fois en Afrique avec Thomas Melonio, délégué national Afrique du PS, et a notamment participé au forum social de Nairobi en janvier 2007. Ségolène Royal s’est aussi attachée l’ancien dirigeant de l’association écologiste Greenpeace, Bruno Rebelle, chargé du développement durable dans sa campagne, et bénéficie des conseils de personnalités comme l’écrivain Erik Orsenna ou l’ancien ministre et co-fondateur de Médecins sans frontières Bernard Kouchner, qui connaissent bien l’Afrique.

UDF et Verts : plus de solidarité avec l’Afrique

Du côté de l’UDF, le député de Nice Rudy Salles défend la politique de son candidat François Bayrou. Troisième dans les sondages devant Jean-Marie Le Pen du Front national (extrême-droite), Bayrou est l’homme surprise de cette campagne présidentielle. Il veut avant tout, souligne Rudy Salles, une relation plus solidaire avec l’Afrique.
Les Verts pour leur part s’intéressent depuis longtemps à l’Afrique, dans le cadre notamment du développement durable que défend Dominique Voynet. Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l’Homme au parlement européen, souligne que sa candidate défend une politique d’aide transparente et équitable pour les pays pauvres. Elle souligne que le co-développement devrait être un développement solidaire, partagé, décidé à égalité entre les pays du Nord et du Sud. « Mais on a le sentiment que c’est devenu une espèce de fourre-tout dans lequel on peut se donner bonne conscience sans aller au fond des problèmes », reconnaît-elle.

Marie Joannidis

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