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22/05/2007
Questions internationales (3)
Afrique : la poudrière des villes


(MFI) L’urbanisation est récente en Afrique, et elle s’accélère. Les trois-quarts des citadins vivent dans des bidonvilles où règnent l’insécurité, la promiscuité, la pollution et la surmortalité infantile. Onu-Habitat multiplie les accords de réhabilitation avec les capitales pour éviter que la situation ne dégénère.

Ironie du sort ? Le siège d’Onu-Habitat – l’agence des Nations unies pour le logement et l’urbanisation – se trouve à Nairobi, la ville qui abrite le plus grand bidonville d’Afrique : Kibera, un million d’habitants, soit le tiers de la population de la capitale kényane, sur seulement 5 % du territoire de la ville ; 20 % des enfants de Kibera ne vont pas à l’école primaire ; 58 % des résidents n’ont pas accès à l’eau.

Un nombre record de bidonvilles

Kibera, un résumé de l’urbanisation en Afrique ? Pas impossible. Certes, le continent reste majoritairement rural ; 64 % des Africains vivent à la campagne. Mais c’est ici que l’urbanisation progresse le plus rapidement : +4,5 % par an jusqu’en 2030 selon les prévisions de l’Onu. L’Afrique sera alors un continent en majorité citadin. Lagos est d’ailleurs la ville qui connaît la plus forte croissance démographique au monde. Or cette urbanisation est mal gérée. En effet, 72 % des citadins en Afrique, soit environ 200 millions de personnes, vivent dans des bidonvilles. Ils étaient moitié moins en 1995. En comparaison, 32 % des Latino-Américains vivent en habitat précaire. Seuls l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie – ainsi que les archipels de l’océan Indien – ont des taux de bidonvilles inférieurs à 40 %. A contrario, Addis-Abeba bat le record avec moins de 10 % de ses habitants installés dans des conditions décentes. Et les perspectives ne sont guères réjouissantes : si rien n’est fait, les slums africains compteront 450 millions d’habitants en 2020 pour 750 millions de citadins sur le continent.

Une urbanisation sans développement

Comme l’explique Eduardo Moreno, d’Onu-Habitat : « La particularité de l’urbanisation dans la région subsaharienne, c’est qu’elle s’est faite – et se fait encore – sans développement économique significatif. Même si le secteur informel absorbe une partie des nouveaux urbains, beaucoup se trouvent dans l’incapacité, faute de ressources, d’obtenir un logement décent. Alors qu’en Europe ou en Amérique du Nord l’urbanisation a été liée à l’industrialisation, en Afrique urbanisation et développement sont déconnectés. L’exode rural est dû à la misère des campagnes, aux conflits, aux catastrophes écologiques, pas à l’attrait de la ville. C’est une urbanisation prématurée. » Face à cette situation, Onu-Habitat a conclu des conventions avec plusieurs pays africains pour les aider – financièrement et techniquement – à mieux planifier leurs villes. C’est le cas au Burundi, au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal dont la capitale, Dakar, célèbre ce mois-ci le 150è anniversaire de sa fondation, mais qui, avec 120 000 nouveaux habitants chaque année, a du mal à gérer sa croissance. « L’Afrique est déjà confrontée à suffisamment de drames entre les conflits, le changement climatique, la désertification, le chômage, la pauvreté, pour ne pas y ajouter les difficultés liées à une urbanisation mal maîtrisée comme la violence des bidonvilles, le sida, la mauvaise hygiène, la mortalité infantile, la déscolarisation. Autant de fléaux qui, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne sont pas une fatalité des grandes villes, en Afrique comme ailleurs. Mais il est inacceptable que dans le bidonville d’Harare, il n’y ait qu’un seul toilette pour 130 000 habitants, ou que les bébés du slum du Cap aient 5 fois plus de risque de mourir en bas âge que les nouveaux-nés des beaux quartiers », avertit Anna Tibaijuka, la directrice d’Onu-Habitat.

Le bon exemple nord-africain

En Afrique du Nord heureusement, le scénario prête plus à l’optimisme. Sur l’ensemble de la sous-région, les bidonvilles sont en recul : de 22 millions d’habitants (37,7 % de la population citadine) en 1990 à 21,5 millions (25,4%) en 2005. La Tunisie fait figure de modèle qui, bien qu’urbanisée à 66 %, a éradiqué presque complètement l’habitat insalubre. L’Algérie et l’Egypte, grâce à des investissements importants dans ce secteur, ont aussi fait reculer le nombre de taudis. Par contre, au Maroc la proportion de citadins vivant dans des conditions précaires reste élevée (34 %) et continue d’augmenter.
Comme l’écrivait la commission des Affaires étrangères du Parlement britannique : « La communauté internationale doit agir rapidement pour résoudre le problème de la pauvreté urbaine qui gangrène l’Afrique. Les bidonvilles sont habités par une population croissante, souvent jeune, généralement au chômage. Les villes africaines deviennent une poudrière de mécontentement, d’insécurité et d’instabilité politique. »

Jean Piel

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