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22/05/2007
Communauté des Etats indépendants
Un anniversaire dans un climat lourd de tensions


(MFI) Un numéro spécial du Courrier des pays de l’Est, publié par la Documentation française, dresse le bilan pour l’année 2006 de chacun des pays-membres de la Communauté des Etats indépendants, la CEI, qui en quinze ans d’existence n’a pas vraiment fait la preuve de son utilité.

La Communauté des Etats indépendants – ex-Union soviétique moins les pays baltes – a fêté son quinzième anniversaire fin 2006 « dans un climat lourd de tensions », estime ce numéro spécial du Courrier des pays de l’Est intitulé La Russie et les autres pays de la CEI en 2006. Née en décembre 1991, l’organisation commune réunit douze des quinze républiques de l’ex-URSS, et parmi elles, la Russie dont la superficie est passée de 22,4 millions de km2 au temps de l’Union soviétique à 17 millions aujourd’hui. Ce dossier, enrichi de données chronologiques, procède à l’analyse critique de la situation politique, économique et sociale de chacun de ces pays répartis en trois grandes régions : pays européens (Russie, Ukraine, Biélorussie, Moldavie), Sud Caucase (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) et Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan).
« Guerre du gaz » en janvier 2006 à propos du prix des livraisons russes à l’Ukraine ; bras de fer un an plus tard sur le tarif des fournitures russes d’hydrocarbures à la Biélorussie ; embargo décrété par Moscou en mars 2006 sur les importations de vins et de produits alimentaires moldaves et géorgiens… « Dans ces différents litiges, la CEI n’a jamais été en mesure de jouer les arbitres », rappelle Le Courrier, expliquant que les négociations ont lieu de façon bilatérale, et « plutôt à l’avantage de l’ancienne puissance tutélaire ». Celle-ci justifie cette préférence du tête à tête – que d’aucuns qualifient de néo-impérialiste – par un souci « de mettre fin au système « paternaliste » de subventions à ses partenaires, hérité de la période soviétique ». La Russie applique d’ailleurs aussi bien ce régime à la Biélorussie qu’à tout autre pays – brouillant ce faisant l’idée très répandue « d’une CEI partagée entre un noyau dur [ses alliés et clients] et des Etats s’organisant pour échapper à sa tutelle, éventuellement en se rapprochant de l’Union européenne et de l’Otan ».

Des élections entachées d’irrégularités

Trait commun des pays de la CEI, « tous se montrent assez peu regardants à l’égard des principes de la démocratie » tandis que, parallèlement, « l’espoir mis dans les « hommes nouveaux », portés au pouvoir en 2004-2005 par les « révolutions de couleur » en Géorgie, en Ukraine, au Kirghizstan, s’est peu à peu dissipé ». En effet, la plupart des élections qui ont eu lieu en 2006-2007 ont été « entachées d’irrégularités », des présidentielles en Biélorussie, au Tadjikistan et au Turkménistan aux législatives en Ukraine et en Azerbaïdjan. Des élections qui n’ont pas permis l’alternance – sauf en Ukraine. Quant aux dirigeants qui n’ont pas achevé leurs mandats, « ils s’emploient à verrouiller leur environnement de façon à assurer leur maintien au pouvoir ou, à défaut, celui de leur camp, continuant à tenir les médias sous une étroite surveillance , à embastiller les opposants et à rogner les libertés du citoyen ».
Sans compter que les « assassinats anonymes de personnalités dérangeantes pour l’ordre poutinien font manifestement l’affaire du Kremlin ». Celui de la journaliste Anna Politkovskaïa a particulièrement frappé les esprits, notamment en Occident. Ils ne doivent cependant pas occulter « les actes de violence quasi quotidiens à l’encontre d’Africains, d’Asiatiques et, surtout, de Caucasiens, qui firent une quarantaine de morts et bien des blessés », rapportent l’universitaire Françoise Daucé et l’économiste Gilles Walter. Dans un article intitulé La Russie entre dérive politique et succès économiques, ils pointent « cette montée inquiétante de la barbarie, la mollesse de la réaction de la société civile et, plus encore, des autorités, [qui] en dit long sur la dérive politique que connaît le pays ».

Pas non plus de « satisfecit » économique à la CEI

La revue n’accorde pas non plus de « satisfecit » à la CEI au niveau économique même si l’ensemble de ses Etats est globalement sorti de la crise engendrée par la transformation du système soviétique en économie de marché. Toutefois, ils « enregistrent des taux de croissance à faire pâlir les pays occidentaux », à l’instar de l’Azerbaïdjan qui détient le record mondial avec 25 % environ. Reste que « ce cycle vertueux est assombri par l’ampleur de la corruption ». Il est aussi mis à mal par l’éviction, notamment en Russie, au Kazakhstan et en Ouzbékistan « des investisseurs étrangers des secteurs de l’énergie et des matières premières que l’Etat a repris sous son giron ». A ce bilan en demi-teinte, il faut encore ajouter la pauvreté qui touche des segments plus ou moins importants de la population selon les pays, la Moldavie et le Tadjikistan se situant de ce point de vue tous les deux au bas de l’échelle mondiale. Au final donc, « quinze ans assez peu concluants » pour la CEI.

Antoinette Delafin


La Russie et les autres pays de la CEI en 2006, Le Courrier des pays de l’Est n°1059, janvier-février 2007, Paris, La Documentation française, 218 pp. 19 euros.



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