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| 26/06/2007 | |||
| Questions internationales (2) Hongkong - Chine : l’interdépendance économique | |||
| (MFI) Hongkong est la ville la plus riche d’Asie. Son économie – qui repose sur la Bourse et les finances – est essentielle à la Chine puisqu’elle sert de porte d’entrée vers l’Empire du milieu à de nombreuses entreprises occidentales. Mais si Pékin est un partenaire, c’est aussi de plus en plus un concurrent de Hongkong. | |||
| D’un côté, un territoire de 1092 km², forêt de buildings, d’autoroutes, de commerces aux néons multicolores, peuplé de 7 millions d’âmes et considéré comme l’une des économies les plus libérales de la planète. De l’autre, l’Empire du milieu, 9 596 960 km², 1,3 milliard d’habitants, la croissance la plus rapide au monde, un régime autoritaire où des centaines de millions d’habitants restent écrasés par la misère tandis qu’une poignée de tycoons affichent une richesse insolente. Rien n’oppose plus la Chine à Hongkong, et pourtant les deux entités dépendent étroitement l’une de l’autre au plan économique. Des ateliers textiles aux services financiers Hongkong a d’abord bâti son succès sur les produits textiles et électroniques bon marché, fabriqués dans des ateliers peu regardants sur les normes sociales. L’adoption par Pékin, en 1979, d’une politique d’ouverture économique sonne le début d’une coopération active. De nombreux entrepreneurs hongkongais délocalisent leurs usines vers les provinces côtières de Chine. Comme le racontait dans Times Magazine Jeffrey Lam, propriétaire d’une entreprise de jouets : « Dès 1980, j’ai ouvert deux sites de production à Guangdong. Aujourd’hui, je possède 13 usines en Chine. A l’époque, mon but était de réduire mes coûts de production car la main d’œuvre chinoise est bon marché. Mais investir dans la province d’origine de mes parents était important aussi. C’était un moyen de contribuer au développement de mon vrai pays. Aujourd’hui, la Chine m’offre non seulement de faibles coûts de production, mais aussi un marché exceptionnel. » Les entreprises manufacturières se délocalisant en Chine, Hongkong s’est reconverti dans le tertiaire : banques, assurances, services financiers, sociétés off-shore, base stratégique des compagnies occidentales désireuses d’investir en Asie… La colonie britannique se construit une réputation de place où l’on parle toutes les langues, où l’on trouve tous les produits, où l’on peut créer sa société en deux heures, où l’on travaille 24h/24. « Le New York asiatique », affirment certains, sans originalité. 1997 : rétrocession et crise financière La ville va cependant traverser des épreuves. En décembre 1997, la crise financière qui frappe toute l’Asie stoppe net son développement. Hongkong enregistre alors trois années de suite un taux de croissance négatif. Alors que l’on pense les affaires reparties, en 2003, l’épidémie de pneumonie atypique, le SRAS, lui fait mettre à nouveau un genou à terre. Mais à chaque fois, la Région administrative spéciale – son nom officiel pour Pékin – rebondit. Les chiffres parlent en sa faveur : un taux de croissance de 7,3 %, un PIB/habitant de 34 000 dollars, une inflation ramenée à 0,9 % et un taux de chômage de 5,5 % (ce qui est élevé en Asie). Hongkong est la ville la plus riche d’Asie, loin devant Singapour, Shanghaï et Tokyo. Si elle était indépendante, ce serait la 10è puissance commerciale au monde et la 3è en Asie. Son interdépendance avec la Chine populaire est évidente. Comme l’explique Jeffrey Lam : « Non seulement les entrepreneurs de Hongkong ont investi en Chine, mais ils y ont apporté un savoir-faire. Au début, les ouvriers chinois n’avaient aucune notion de la qualité, du respect des délais, des exigences de normes. Je me rappelle qu’un jour il a manqué de la peinture noire dans mon usine de Guangdong. Alors les ouvriers ont pris la première peinture qu’ils ont trouvé. J’ai dû jeter tous ces jouets qui étaient destinés à l’Europe car la peinture ne satisfaisait pas les normes de non-toxicité pour les enfants imposées par Bruxelles. Pour les ouvriers chinois, c’était incompréhensible ; ils estimaient le jouet bien fabriqué. Mais aujourd’hui, les ouvriers chinois sont les meilleurs et les plus productifs du monde. » Directeur de la Chambre de commerce de Hongkong, Gordon Wu ajoute : « Nous avons enseigné aux dirigeants chinois les moyens d’appréhender le marché mondial. Nous leur avons appris les notions de marketing, de niche commerciale, de droits des consommateurs, de stratégie financière ». Résultat : depuis 1980, Hongkong a délocalisé 57 500 usines en Chine. Surtout, l’ancienne colonie britannique a servi – et sert encore – de porte d’entrée vers l’Empire du milieu à de nombreux investisseurs étrangers. Le territoire rassure avec son cadre juridique établi, son système financier efficace, ses cadres anglophones. Principale place boursière et financière en Asie, Hongkong sert d’interface entre la Chine et le reste du monde. C’est une pièce majeure du système économique chinois. Pékin veut un Hongkong riche Mais la Chine est essentielle aussi pour Hongkong. Depuis 2001, Pékin y a investi 162 milliards de dollars, essentiellement sous la forme de participation financière dans des sociétés locales. L’année dernière, sur les 25 millions de touristes qui ont déambulé entre Kwoloon et le pic Victoria, 14 millions venaient de la République populaire. Comme l’explique Gordon Wu : « Les autorités chinoises font du maintien d’un niveau de vie élevé pour les habitants de Hongkong un impératif. Elles savent que ces derniers sont des pragmatiques ; tant qu’ils bénéficieront de bons revenus et de la liberté de voyager et de se distraire, ils ne réclameront pas plus de libertés politiques. Pékin espère contrôler Hongkong par l’économie à défaut de contrôler le mode de vie de ses habitants. » Le développement économique de la Chine n’aurait donc pas pu se faire sans Hongkong. Mais aujourd’hui, la bonne santé des affaires à Hongkong dépend de la Chine. Partenaire et concurrent L’ancienne colonie britannique fait face aujourd’hui à de redoutables défis. Sa population vieillit et les jeunes diplômés s’en vont, lassés de la pollution, du prix délirant des loyers, de l’étroitesse du territoire. A en croire les spécialistes de la région, depuis la rétrocession la ville est moins compétitive, moins bien gérée et l’écart entre les riches et les pauvres se creusent. Tout en restant faible, le nombre de pauvres aurait doublé depuis 1997. Hongkong fait face aussi à la concurrence croissante de villes comme Singapour ou Bangkok, où la qualité de la vie est meilleure, et qui ont su investir dans l’informatique et les biotechnologies alors que Hongkong reste uniquement une place financière. Or le gouvernement local ne semble guère avoir de vision d’avenir. Surtout, Hongkong subit la concurrence croissante de la Chine elle-même. Au même titre qu’il y a trente ans, les industries manufacturières ont déserté le territoire pour s’implanter en République populaire, les services financiers suivent aujourd’hui le même chemin. Les entreprises européennes ou américaines investissent désormais directement en Chine continentale, sans passer par la case Hongkong. Le risque aujourd’hui, pour l’ancienne colonie britannique, est de ne pas s’adapter aux nouvelles donnes internationales et paradoxalement peut-être de ne pas être assez intégrée à une Chine à la fois partenaire et concurrente. Comme le conclut Jeffrey Lam : « Nous avons appris la concurrence aux Chinois. Maintenant ce sont eux qui nous menacent et nous obligent à innover. » | |||
| Jean Piel | |||
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