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26/06/2007
Questions internationales (1)
Les dix années qui n’ont pas changé Hongkong


(MFI) Le 1er juillet 1997, le Royaume-Uni rétrocédait Hongkong à la Chine populaire. Beaucoup craignaient alors le pire. Dix ans après, force est de constater que le territoire n’a pas été bouleversé. Les libertés politiques sont respectées et l’économie est prospère. La société civile est même de plus en plus dynamique. Néanmoins, Pékin contrôle étroitement le choix des dirigeants et veille à ce que la démocratisation ne dépasse pas une certaine ligne rouge.

La situation politique à Hongkong a-t-elle changé depuis la rétrocession à la Chine ?

Dans les mois précédant le retour de la colonie britannique dans le giron chinois, le 1er juillet 1997, beaucoup redoutaient une reprise en main musclée d’une région au mode de vie bien plus libéral que celui de l’Empire du milieu. En déclarant avant même le jour de la rétrocession que « les choses ne seront plus jamais comme avant à Hongkong », les autorités chinoises avaient attisé ces craintes. Des dizaines de milliers de personnes avaient fait la queue pendant des jours pour obtenir un passeport britannique et pouvoir ainsi quitter le territoire.
Dix ans après, force est de constater que la vie n’a pas changé à Hongkong. L’armée chinoise est étonnement discrète. Les rues et les stations de métro ont conservé leurs noms anglais. Les grandes artères connaissent l’animation frénétique de toujours, entre encombrements, cadres pressés et néons multicolores. Les restaurants et les clubs osés accueillent une clientèle nombreuse, tandis que les personnes âgées font leur gymnastique matinale au parc Victoria. Dans les buildings futuristes qui dessinent le célèbre front de mer de Hongkong, c’est « business as usual ». Comme le soulignait dans l’hebdomadaire Time Magazine l’avocat Daniel Fung : « Un point essentiel est que le système juridique hérité des Britanniques n’a pas été remis en cause. Les procédures, les droits de la défense, la liberté des magistrats, sont les mêmes. C’est important pour les Hongkongais comme pour les investisseurs étrangers. » « La liberté de la presse, ajoute Katty Chang, journaliste au webzine Yazhou Shibao Zaixian, n’a pas été remise en cause. Les journaux mènent des enquêtes sur des affaires de corruption ici, écrivent sur la situation politique à Pékin, publient des caricatures des dirigeants. De même, la créativité des studios de cinéma ne s’est pas tarie. »
Les autorités chinoises ont donc respecté le principe sur lequel a été décidée la rétrocession, à savoir “un pays, deux systèmes”. Hongkong s’appuie sur la Loi fondamentale, une mini-constitution qui maintient en l’état, et jusqu’en 2047 (soit cinquante ans après la rétrocession), les droits politiques, économiques et sociaux des habitants de la Région administrative spéciale. Hongkong jouit d’une large autonomie, avec son parlement et son gouvernement, même si Pékin garde la haute main sur les affaires locales.

Peut-on alors parler de démocratie à Hongkong ?

Au temps de la colonisation britannique (1842-1997), parler de démocratie à Hongkong aurait été abusif. La réalité du pouvoir appartenait au gouverneur nommé par la Reine. Le Conseil législatif n’avait que des prérogatives réduites. La démocratie existait dans la liberté de la presse, d’association, de voyage, de création d’entreprises… Mais peu en terme d’offres électorales. C’est globalement la situation qui perdure aujourd’hui.
Hongkong est dirigé depuis mars 2005 par Donald Tsang, un ex-haut fonctionnaire de l’administration britannique, âgé de 63 ans, évidemment proche de Pékin. Il a été désigné par le Comité électoral, un collège de 800 membres dont la moitié est nommée par les autorités chinoises et l’autre moitié élue par les représentants des partis politiques et des organisations professionnelles, soit seulement 200 000 électeurs. Si en 2005, son élection avait été une formalité, en mars 2007 par contre, il avait face à lui un adversaire du Parti démocrate, l’avocat Alan Leong. Certes le résultat était couru d’avance du fait de la composition du corps électoral et du soutien de Pékin à Donald Tsang. Néanmoins, la présence d’un candidat démocrate a imposé une vraie campagne électorale. Les deux hommes ont serré des mains sur les marchés, écouté les doléances des uns et des autres, confronté leurs programmes lors de débats télévisés. La vie politique de Hongkong a alors semblé dynamique, et Pékin – qui ne prenait aucun risque dans l’opération – s’en est réjoui. « C’est un système pervers, déplore Emily Lau, l’égérie de l’opposition. On a tous les ingrédients de la démocratie, plusieurs candidats, des affiches, des débats, mais en réalité les dés sont pipés ; le candidat de Pékin est sûr de l’emporter. La Chine passe même pour un bon élève de la démocratie ! »
Le constat est le même au Conseil législatif. Non seulement ses pouvoirs sont limités, mais seuls 24 de ses 60 membres sont élus au suffrage universel. « Si on additionne Comité électoral et Conseil législatif, seules 24 personnes sur les 860 qui ont un pouvoir politique à Hongkong sont élues par la population. Difficile de faire évoluer le débat démocratique dans ces conditions », regrettait Emily Lau dans une interview à l’hebdomadaire L’Express.
« Dans l’expression “un pays, deux systèmes”, le premier terme est plus important que le second pour les autorités chinoises. Si celles-ci respectent les libertés fondamentales à Hongkong, c’est aussi pour rassurer Taiwan qui était le premier destinataire de ce montage institutionnel. C’est un moyen de dire aux Taiwanais : “N’ayez pas peur ; regardez Hongkong, les libertés sont respectées. Les gens vivent bien, l’économie est dynamique.” Mais il existe une ligne rouge à ne pas franchir, celle du libre choix des dirigeants », analyse Zhang Longxi, professeur de sciences politiques à l’université de Hongkong. La différence avec Taiwan cependant est que ses habitants ne se sentent plus chinois, alors que les Hongkongais n’ont jamais coupé le lien culturel et émotionnel avec la République populaire. « En 1997, la rétrocession inquiétait, mais il y avait aussi une fierté de redevenir chinois », reconnaît Emily Lau. La dirigeante démocrate sait aussi que la bonne santé de l’économie – Hongkong est la ville la plus riche d’Asie – rassure les Hongkongais (voir article ci-joint). Des Hongkongais conscients que la bonne marche des affaires dépend étroitement des relations avec leur puissant voisin.

Quelles critiques les habitants de Hongkong adressent-ils aux dirigeants chinois ?

La Loi fondamentale, définie entre Britanniques et Chinois avant la rétrocession, prévoit l’élection des dirigeants de Hongkong au suffrage universel, mais sans préciser de calendrier. Pékin a affirmé avec vigueur qu’il n’en était pas question dans l’immédiat. La perspective d’une « contagion démocratique » vers le continent – dont la société est déjà bouleversée par le développement économique – inquiète les dirigeants chinois. Ils entendent en outre contrôler l’ancienne colonie britannique. A Hongkong même, les grands patrons se méfient d’une trop grande démocratisation, synonyme à leurs yeux de pouvoir accru des syndicats et de revendications sociales. Pas d’idéologie de leur part, mais une crainte de perte de compétitivité. Un avis partagé par Donald Tsang qui déclarait récemment : « Le suffrage universel porte en lui les germes de la division. S’enliser dans des querelles politiques nuirait au développement de Hongkong ».
Ces obstacles n’empêchent pas les habitants de manifester leur colère quand ils le veulent. Ils sont des dizaines de milliers à descendre dans la rue chaque année le 1er juillet pour rappeler aux dirigeants chinois le statut particulier de leur territoire. En 2003, ces manifestations ont même attiré un demi-million de personnes (sur une population de 7 millions). Cette année-là en effet, Pékin avait tenté d’imposer une loi soi-disant anti-subversion qui menaçait les libertés publiques. Face à la mobilisation populaire, les autorités ont fait marche arrière.
Comme le souligne Jimmy Cheung, journaliste au South China Morning Post : « L’abrogation de la loi anti-subversion prouve que la mobilisation des citoyens est payante. Mais elle prouve aussi que nous devons rester vigilants. Avec les autorités chinoises, lorsque les atteintes aux droits humains n’entrent pas directement par la porte, elles s’introduisent discrètement par la fenêtre. » C’est aussi l’avis de nombreux observateurs pour qui Pékin ne commettra pas l’erreur d’une violation massive des droits humains à Hongkong ; en provoquant un scandale international, cela freinerait les investisseurs étrangers et inquièterait encore plus Taiwan.
Mais certaines libertés sont grignotées progressivement. Ainsi la presse est moins critique qu’auparavant. L’arrestation – pour des motifs farfelus – de journalistes hongkongais lors de voyages en Chine – même suivie de libération rapide – entraîne une certaine autocensure. Pour ne pas perdre de marchés, les patrons de presse – qui souvent investissent dans d’autres secteurs en Chine – n’hésitent pas à licencier les fortes têtes. En 2005, trois animateurs d’une émission radiophonique particulièrement caustique contre Pékin ont été remerciés. Les opposants les plus farouches ont parfois été réduits au silence. C’est le cas d’Anson Chan, que beaucoup voyait déjà chef de l’exécutif à la place de Donald Tsang, qui a démissionné de ses mandats suite à « d’amicales pressions » pour avoir trop défendu la démocratie. « Aussi longtemps que le suffrage universel n’aura pas été adopté, nous devrons exprimer notre mécontentement. Même si l’économie se porte bien et que Donald Tsang est populaire », estime Emily Lau.

La société civile hongkongaise est-elle organisée ?

Paradoxalement, l’influence du Parti démocrate s’érode ces dernières années. Les Hongkongais ont vu que la rétrocession n’avait pas entraîné tous les bouleversements redoutés. Ils reprochent à la principale formation d’opposition de suivre une ligne très idéologique, de beaucoup s’exprimer via les médias sans être assez proche des réalités du terrain. « Les habitants du territoire veulent qu’on leur parle du chômage, de l’inflation, de l’urbanisme, des frais de scolarité. Pas de la menace communiste », explique Zhang Longxi.
Hongkong a cependant vu se développer un fort mouvement citoyen. Les associations sont nombreuses qui défendent les droits de l’Homme, la protection d’un quartier, les consommateurs, l’accès à la culture, les usagers des transports… L’écologie est un thème particulièrement sensible dans une région terriblement polluée du fait de l’activité de la ville elle-même et de la proximité des cités-usines de Chine continentale. La pollution atmosphérique serait responsable de 4000 morts chaque année, à en croire Greenpeace. Sous la pression de la rue, le gouvernement local a investi 700 millions de dollars dans la lutte contre la pollution en 2006. « Cette mobilisation citoyenne prouve que, contrairement à leur réputation, les habitants de Hongkong ne pensent pas qu’à l’argent. Ils sont même de plus en plus politisés. Mais cela ne signifie plus être hostile à Pékin », résume Emily Lau.

Jean Piel

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