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10/07/2007
Questions internationales (2)
La Camorra fait les poubelles


(MFI) Naples et sa région croulent sous les tas d’immondices jamais ramassés. La Camorra gère en effet un millier de décharges clandestines et gare à quiconque oserait la concurrencer dans ce secteur. La revente des ordures lui rapporterait 600 millions d’euros par an. Une situation qui représente un grave danger environnemental et sanitaire.

Dans la province de la Campanie, l’entrée de nombreuses communes est bordée de haies de détritus : sacs d’ordures éventrés, réfrigérateurs hors d’usage, pneus déjantés... Dans les campagnes, on croise régulièrement des décharges sauvages d’où s’élèvent des fumerolles suspectes. A Naples même, les rues sont jonchées d’ordures au point que des écoles, dont les élèves incommodés par les odeurs tombaient malades, ont dû fermer. Parfois, les riverains excédés mettent le feu aux dépotoirs au mépris des règles de sécurité. « Fin juin, il y aura au total un million de tonnes de déchets abandonnés dans la nature, ou stockés dans des lieux temporaires voire enterrés n’importe où, sans considération pour l’environnement. Si rien n’est fait, la situation va devenir explosive. Avec l’arrivée des fortes chaleurs, des épidémies sont à craindre », avertit Guido Bertolaso, le commissaire chargé par le gouvernement central de la gestion des déchets dans la région.

La Camorra et les industriels également coupables

Cette situation – unique en Italie – est due à la négligence des autorités régionales. Il n’existe qu’une seule décharge officielle et un seul incinérateur dans toute la Campanie, une province de six millions d’habitants qui produit quotidiennement 7 300 tonnes de déchets. Mais l’autre responsable est la Camorra qui, depuis trente ans, contrôle la gestion des ordures. Elle les ramasse donc à son rythme, en fonction de ses intérêts et menace les éboueurs qui feraient trop de zèle. La mafia napolitaine posséderait un millier de décharges clandestines. A en croire l’association écologiste Legambiente, ce secteur d’activité lui rapporterait 600 millions d’euros par an, grâce à la revente de la ferraille, du cuivre, des objets récupérables… Mais pour Legambiente, les industriels italiens sont tout aussi coupables que la Camorra. Dans le seul souci du profit, ils revendent leurs déchets toxiques à des clans mafieux trois fois moins cher qu’au prix du marché, sans se soucier de savoir s’ils seront effectivement re-traités. Des déchets toxiques seraient également importés de l’étranger. Dans les environs de la ville de Caserte, les collines éventrées par des centaines de carrières illégales abritent des immondices d’origine douteuse.

Des cancers en forte hausse

Au-delà de l’aspect légal, l’enjeu environnemental et sanitaire est fondamental. Chercheur à l’université de Pise, le Dr Alfredo Mazza a établi un lien entre la présence de déchets illégaux et la hausse de la mortalité par cancer. « Ces dernières années, au moins 250 000 personnes ont été exposées à des polluants toxiques. Dans la moitié sud de la Péninsule, la fréquence des cancers du larynx, de la vessie et du foie est en hausse alors qu’elle baisse dans les régions industrialisées du nord. De la part de la Camorra, c’est aussi criminel que de tirer sur un rival », soutient l’universitaire. Depuis 2003, la vente de lait de brebis est interdite dans 22 communes de la région après le signalement de plusieurs morts et malformations parmi les troupeaux. L’Organisation mondiale de la santé parle, elle, d’une surmortalité de 12 % par rapport au reste de l’Italie chez ceux qui habitent dans un rayon d’un kilomètre autour des décharges clandestines.
Nommé en 2005, Guido Bertolaso, le commissaire chargé de la gestion des déchets dans la Campanie, a été surpris qu’on lui impose deux gardes du corps. Il comprend mieux pourquoi aujourd’hui. Son principal adjoint a été arrêté fin avril par les carabiniers ; il était membre de la Camorra.

Jean Piel

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