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| 07/08/2007 | |||
| Questions internationales (2) Les difficultés du scoutisme africain | |||
| (MFI) Un million de jeunes africains sont scouts. Un chiffre faible au regard de la population du continent, mais des problèmes financiers, logistiques voire politiques freinent le développement du mouvement. Lorsqu’elles existent, les troupes sont très actives dans leurs sociétés et défendent même des initiatives en faveur de la paix. | |||
| « L’existence de totem, le contact avec la nature, les feux de camp, la capacité à suivre une piste, l’appartenance à une meute comme on appartient à une tribu… Le scoutisme est profondément lié à la culture africaine », écrit Abdoulaye Séné, l’un des représentants du continent auprès de l’Organisation mondiale du mouvement scout. En effet, le scoutisme trouve pour partie ses racines en Afrique, plus précisément dans l’expérience militaire de Baden-Powell en Afrique du Sud. Officier de l’armée britannique, celui-ci commandait le bataillon chargé en 1899 de défendre la ville de Mafeking, assiégée par des soldats boers. Malgré une terrible infériorité numérique, Baden-Powell remporta la victoire après 217 jours de siège, notamment grâce à l’aide des jeunes garçons de la ville (les Cadets de Mafeking) qu’il utilisa comme messagers, sentinelles ou éclaireurs. La preuve selon lui qu’un jeune est capable de réussir des missions difficiles si on lui fait confiance. A sa retraite, Baden-Powell s’installa à Nyeri, à 120 km au nord de Nairobi, où il est mort et a été enterré en 1941. Pour célébrer le centenaire du scoutisme, une marche aux flambeaux a été organisée au Kenya en présence de scouts du monde entier. Une naissance très politique Certains historiens sont cependant très critiques sur l’attitude de Baden-Powell à Mafeking, qui aurait fait courir des risques inconsidérés aux jeunes cadets noirs, confiant les missions moins périlleuses aux blancs. L’histoire du scoutisme en Afrique est d’ailleurs liée à la colonisation. Les premières troupes ont été créées par des Français, des Belges ou des Britanniques dans les années trente, au Maghreb comme en Afrique subsaharienne. Les photos d’archive du scoutisme au Sénégal sont révélatrices de l’esprit de l’époque. On y voit par exemple un prêtre blanc à la barbe fournie et à la soutane immaculée, confortablement assis dans un fauteuil. A ses côtés, un chef de patrouille blanc, et autour d’eux une dizaine de jeunes louveteaux noirs, aux visages mi-souriants mi-apeurés. Dans certains pays, des meutes étaient réservées aux enfants de colons, d’autres aux enfants autochtones. « Le scoutisme a longtemps fait partie de la politique coloniale. Il s’agissait de diffuser le christianisme, les valeurs civilisatrices, l’amour pour la métropole. Il s’agissait aussi de former des cadres qui ne contesteraient pas la colonisation de leur pays, qui aimeraient Dieu et Paris », explique Marine Digabel, qui a consacré une thèse à l’histoire du scoutisme. Mais l’utilisation politique du mouvement connaît aussi ses revers. En Algérie, où le scoutisme a vu le jour en 1935 avec la fondation des Scouts musulmans algériens par Mohamed Bouras, les chefs – souvent proches des milieux nationalistes – propageaient les idées patriotiques auprès des jeunes, encouragés en cela par les imams. De nombreux scouts – kashaf en arabe – ont mis leur savoir-faire au service du FLN pendant la guerre d’indépendance. En Afrique du Nord comme en Afrique subsaharienne, plusieurs jeunes dirigeants après les indépendances étaient issus du scoutisme où ils avaient promis, selon la loi du mouvement, de « servir Dieu et la patrie ». Sur le continent, le scoutisme n’a pas échappé – et n’échappe pas toujours encore – à la récupération politique des mouvements de jeunesse. Des difficultés de recrutement On compte aujourd’hui un million de scouts en Afrique, dont près de 300 000 au Kenya. Le bureau régional de l’Organisation mondiale du mouvement scout se trouve d’ailleurs à Nairobi, avec des branches au Cap et à Dakar. Parmi les autres pays où louveteaux et rangers sont nombreux : la Tanzanie (90 000 membres), la République démocratique du Congo (71 400), le Nigeria (48 000) et le Sénégal (26 300). A contrario, les héritiers de Baden-Powell ne sont que 700 au Cap-Vert et à peine 400 au Lesotho. Un million d’adhérents, c’est peu dans un continent de 720 millions d’habitants, dont 65 % ont moins de 25 ans. Mais rejoindre un groupe scout n’est évidemment pas une priorité si le pays est en proie à une guerre civile, instable politiquement, ravagé par une catastrophe naturelle ou menacé par la famine. L’habitat très dispersé et le manque de moyens de transports ajoutent aux difficultés. « Nous nous heurtons à des contraintes financières et logistiques pour développer le scoutisme en Afrique. L’activité n’est pas chère, mais elle suppose de pouvoir acheter un uniforme, des badges. Il nous faut aussi trouver des locaux, organiser des sorties… Tout cela n’est pas toujours facile », reconnaît Abdoulaye Séné. « Le scoutisme suppose aussi un certain niveau d’éducation. Il faut déjà savoir que cela existe. Paradoxalement, alors que le mouvement est orienté vers les activités de plein air, c’est surtout en ville qu’il recrute », ajoute Marine Digabel. Priorité aux missions humanitaires Les troupes existantes sont cependant très actives. Comment souvent dans les pays en développement, elles mènent de nombreuses missions humanitaires. On peut ainsi citer, pêle-mêle, la sensibilisation aux dangers du sida en Afrique du Sud, un projet de lutte contre le travail des enfants en Mauritanie, la scolarisation de jeunes réfugiés dans des camps au Burundi, des chantiers de reconstruction au Rwanda et en RDC… La région des Grands lacs a également été le cadre d’initiatives en faveur de la paix. Ainsi un jumelage a vu le jour entre des troupes scoutes du Congo, du Burundi et du Rwanda à une époque où les gouvernants de ces trois pays ne parvenaient pas à s’asseoir à la même table de négociations. « Evidemment, cela n’a pas changé l’histoire de la région, mais cela faisait figure d’exemple. Cela prouvait que le dialogue est toujours possible, que la paix n’est pas une utopie », se félicite Abdoulaye Séné. A l’occasion du centenaire du scoutisme, les responsables africains du mouvement ont adopté un plan de développement sur dix ans. « Il faut que nous puissions proposer cette activité à tous les jeunes Africains, que ceux-ci aient la possibilité, s’ils le souhaitent, de rejoindre une troupe. L’offre est encore insuffisante en Afrique », écrit le document. Un document qui insiste encore et toujours sur le devoir des scouts africains de participer à la lutte contre la misère, contre le sida, contre le travail forcé et la criminalité. Vaste ambition. | |||
| Jean Piel | |||
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