| |||
| 07/08/2007 | |||
| Questions internationales (1) A 100 ans, les scouts sont toujours prêts | |||
| (MFI) Le mouvement créé par Baden-Powell célèbre son centenaire par un Jamboree, un grand rassemblement, près de Londres, au Royaume-Uni. Mouvement ringard voire paramilitaire pour les uns, école de la vie et du respect de la nature pour les autres, le scoutisme compte 28 millions de membres dans le monde. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’une organisation catholique et occidentale : la majorité des membres se trouvent en Asie, et l’islam en est la première religion. Les feux de camp ont cédé la place aux voyages et aux missions humanitaires. Mais en Europe, le scoutisme est en perte de vitesse. | |||
| Comment est né le mouvement scout ? D’une certaine façon, le scoutisme est né en Afrique. Officier de l’armée britannique, Robert Baden-Powell commandait le bataillon chargé en 1899 de défendre la ville de Mafeking, en Afrique du sud, alors assiégée par des troupes boers quatre fois plus nombreuses. Malgré ce déficit numérique, Baden-Powell remporta la victoire après 217 jours de siège, notamment grâce à l’aide des jeunes garçons de la ville – surnommés les Cadets de Mafeking – qu’il utilisa comme messagers, sentinelles ou éclaireurs. La preuve selon lui qu’un jeune est capable de réussir des missions difficiles si on lui fait confiance. A son retour en Grande-Bretagne, le colonel Baden-Powell est accueilli en héros. Son livre, Scouting for boys, dans lequel il explique les moyens de s’orienter en forêt, de progresser sans bruit, d’utiliser la nature pour sa survie, rencontre un grand succès. Parallèlement, Baden-Powell est marqué par le nombre de jeunes délinquants, désœuvrés, qui fument et boivent. Pendant l’été 1907 – il a alors 50 ans – il organise un camp destiné à une vingtaine de jeunes essentiellement issus de quartiers défavorisés, sur l’île de Brownsea, dans le sud du Royaume-Uni. Son but est de leur donner confiance en eux-mêmes, grâce à une vie en plein air où ils doivent remplir des missions et respecter l’environnement, où le jeu et le défi sont les bases de toute activité. Comme il l’a écrit : « Il s’agissait d’utiliser des tactiques de guerre pour réussir la paix. » Le succès est immédiat. En quelques années, des groupes scouts voient le jour en Grande-Bretagne, en Irlande, aux Etats-Unis, en Belgique, en France, en Suède… Mais aussi en Inde, à Singapour, au Chili, en Argentine, en Nouvelle-Zélande. Le scoutisme est-il vraiment un mouvement international ? Les scouts aiment à se présenter comme le plus important mouvement de jeunesse au monde. En effet, on en compte 28 millions à travers 155 pays, et 500 millions de terriens sont ou ont été scouts (*. Seuls cinq pays interdisent le scoutisme : la Chine, la Corée du Nord, le Laos, la Birmanie et Cuba. La moitié de ces 28 millions de scouts – 15,6 millions précisément – réside en Asie. Certains pays enregistrent des effectifs impressionnants : plus de 8 millions d’adeptes en Indonésie, 2,5 millions en Inde, 1,8 millions aux Philippines, 1,2 millions en Thaïlande, 720 000 au Bangladesh… « C’est un continent paradoxal. Soit le scoutisme y est interdit, soit il y rencontre un succès phénoménal. Celui-ci est peut-être dû au fort sens du groupe en Asie, au goût pour l’action collective, pour l’organisation, pour la spiritualité aussi. C’est aussi parfois la seule activité proposée aux jeunes », tente d’expliquer Michel Seyrat, ancien dirigeant des Scouts de France et auteur de 100 ans de scoutisme. La seconde région grande pourvoyeuse de scouts est le continent américain, avec un peu plus de 7 millions de membres, dont 4,3 millions aux Etats-Unis et 2,7 millions en Amérique latine. Dans l’Union européenne, le scoutisme réunit près de 2 millions de jeunes, dont 400 000 rien qu’en Grande-Bretagne. Même si le mouvement de Baden-Powell trouve pour partie ses racines en Afrique, on y compte à peine 1 million de scouts, cela pour des raisons logistiques, financières et géopolitiques (voir article ci-joint). Enfin les scouts ne sont pas inconnus au Proche-Orient où ils sont environ 200 000, dont 74 500 en Egypte. Cette répartition géographique permet de briser l’un des mythes les plus tenaces sur le scoutisme : il ne s’agit pas d’un mouvement occidental, blanc et catholique. La première religion chez les scouts est l’islam. Comment a évolué le scoutisme depuis Baden-Powell ? La philosophie du scoutisme est toujours et partout la même : favoriser le développement des jeunes en les aidant à réaliser leurs capacités physiques, intellectuelles et sociales au sein d’un groupe. Ils doivent développer le sens des responsabilités, respecter les valeurs de leur milieu social, protéger la nature et s’impliquer dans des activités d’entraide. Comme le dit la promesse scoute, ils ont des devoirs envers Dieu, envers leur pays et envers eux-mêmes (voir encadré ci-contre). Le scoutisme est attaché aux valeurs traditionnelles et à un certain sens de la chevalerie. L’application de cette pédagogie est très diverse, d’un pays à l’autre mais aussi d’un mouvement à l’autre. Car le scoutisme est loin d’être unifié. En effet, le terme « scout » n’est pas une appellation contrôlée. N’importe qui peut créer un groupe. Ainsi en France, il existe 80 mouvements différents, mais seulement 5 sont reconnus par les instances internationales du scoutisme. En Allemagne, on en compte une vingtaine. C’est la même chose en Russie, en Jordanie ou en Inde. La différence entre ces groupes repose souvent sur une base religieuse, sur l’acceptation ou non de la mixité, sur le caractère plus ou moins martial des activités. La personnalité des chefs compte beaucoup aussi. A lire l’histoire du scoutisme en Europe, on réalise comment des groupes se font et se défont, comment le mouvement même évolue, en fonction de rivalités de personnes et d’ambitions personnelles. Le respect des autres enseigné aux louveteaux semble bien loin. Comme le résume Michel Seyrat : « Le scoutisme de Baden-Powell est né de deux sources distinctes, et cela se retrouve aujourd’hui dans l’esprit et la pédagogie des groupes. La première de ces sources est l’expérience militaire de Baden-Powell, d’où des groupes plutôt virils, à la discipline stricte, souvent traditionnels religieusement. La seconde source est l’expérience sociale de Baden-Powell lors de son premier camp à Brownsea, qui a favorisé des mouvements uniquement axés sur le développement physique, intellectuel et social des enfants. » Avec ses 80 mouvements, la France est un florilège en la matière. La Fédération du scoutisme français – membre de l’Organisation mondiale du mouvement scout – compte cinq branches : les Scouts et Guides de France (majoritaire, catholique, plutôt progressiste), les Scouts musulmans de France, les Eclaireurs (laïques), les Eclaireurs unionistes (protestants) et les Scouts Israélites de France. La division se fait donc sur une base religieuse. Les Scouts d’Europe ne sont pas reconnus par la Fédération du scoutisme français. Catholiques également, ils sont plus conservateurs, refusent la mixité et proposent des activités plus « musclées ». Il existe aussi une myriade de petits mouvements – aux effectifs souvent squelettiques – comme les Scouts de Doran ou les Scouts Godefroy de Bouillon, ouvertement traditionalistes voire proches de l’extrême droite. D’une manière générale, cette division du mouvement scout est beaucoup plus marquée en Europe que dans le reste du monde. Les activités sont-elles toujours les mêmes ? Au-delà des camps en plein air et des activités ludiques réservées aux plus jeunes, les scouts participent souvent à des programmes humanitaires, à l’étranger ou dans leur pays. Le thème du centenaire est d’ailleurs « Un monde, une promesse », comme pour réaffirmer l’engagement international du scoutisme. « Nous sommes un mouvement éducatif et un mouvement mondial. Il est donc de notre devoir de contribuer à la création d’un monde meilleur », soutenait Guillaume Légaut, le président des Scouts et Guides de France, dans une interview au quotidien La Croix. Défini en 2002, le programme Scouts du monde – réservé aux 15 / 26 ans – prévoit ainsi une pléiade d’actions humanitaires et de formations au management interculturel : de l’aide aux enfants des banlieues défavorisées en Europe à la construction d’écoles en Afrique en passant par la réhabilitation de bidonvilles en Inde ou des animations en faveur des enfants des rues en Amérique latine. Des actions critiquées cependant comme en témoigne ce message d’un internaute sur le blog du quotidien Libération : « Il ne s’agit que d’actions ponctuelles qui en rien ne remettent en cause les racines du sous-développement. On se donne bonne conscience. C’est du paternalisme, les scouts blancs du Nord vont aider les gentils pauvres du Sud. Mais ils ne connaissent pas la réalité des pays où ils interviennent, ni les conséquences sociales de leurs actions. » Une accusation pas toujours injustifiée, mais qui pourrait s’adresser à nombre d’acteurs de l’humanitaire… et qui, surtout, néglige les actions des scouts des pays du Sud. Parfois implanté par les colonisateurs, le scoutisme depuis les indépendances a souvent participé au développement des pays émergents. Ainsi au Pakistan – où on compte 500 000 scouts – ceux-ci ont été en première ligne dans l’aide aux victimes du tremblement de terre qui a ravagé le Cachemire en octobre 2005. Dans le très traditionnel Baloutchistan, les pionniers – en collaboration avec l’Unicef – mènent des campagnes de sensibilisation pour l’éducation des filles. Au Brésil, ils cherchent à désarmer les jeunes dans les favelas ; en Egypte, ils proposent des cours du soir aux enfants contraints de travailler. On pourrait ainsi multiplier les exemples. « Les scouts sont de bons relais de nos actions. Ils appartiennent au tissu local, partagent la même religion que ceux à qui ils s’adressent, représentent un mouvement structuré, sans idéologie, soucieux d’agir pour le bien de tous. Ils ont une légitimité parfois plus forte que des travailleurs humanitaires inconnus des populations. Par contre, ils sont jeunes et peu expérimentés », souligne Antonia Paradela, la porte-parole de l’Unicef au Pakistan. Où en est le mouvement en Europe ? De nouveau autorisé depuis la chute du communisme, le scoutisme rencontre un succès certain en Europe de l’Est. Les louveteaux remplacent les pionniers d’hier. On compte ainsi plus de 60 000 scouts en Pologne. Moscou en annonce 23 000, mais il y avait 22 millions de pionniers en URSS. Dans ces pays, le scoutisme est très traditionnel, assez militaire et proche des églises catholiques ou orthodoxes. En Europe de l’Ouest, le scoutisme est en perte de vitesse. En France, les effectifs ont chuté de 30 % au cours des années quatre-vingt-dix pour se stabiliser aujourd’hui à 140 000 membres, dont 64 000 aux Scouts et Guides de France. En cause : un accident de mer qui a coûté la vie à quatre enfants en 1998, certes au sein d’un mouvement non reconnu, mais cela fut préjudiciable à l’ensemble du scoutisme ; la difficulté de recruter des encadrants ; l’offre de loisirs nettement plus importante aujourd’hui qu’hier ; une image ringarde aussi du scoutisme. Nombreux sont les comiques qui jouent des sketchs habillés en uniforme bleu marine, un béret enfoncé jusqu’aux oreilles, des grosses lunettes sur les yeux, de l’acné plein le visage, chantant faux devant un feu de camp, niais dans leur rapport avec les filles…. « Comment, en 2007, peut-on accepter que des adultes organisent des activités où les enfants sont en uniforme », s’interrogeait un internaute sur le blog de Libération. Guillaume Légaut le reconnaît : « Nous avons du mal à nous adapter à l’évolution de la société. Notre image est vieillotte. Nous ne sommes pourtant pas une organisation paramilitaire. Au contraire, nous sommes respectueux du pluralisme. » Autre difficulté pour le scoutisme en Europe : l’idée qu’il est réservé à la bourgeoisie catholique. Ses dirigeants disent vouloir s’ouvrir à tous les milieux sociaux ; en vain. Une enquête menée en 2006 par le sociologue Marc Uhalde montre une forte homogénéité dans le recrutement des enfants : famille nombreuse, catholique, aux revenus confortables, suivant de près l’éducation de leurs enfants, insérée socialement ce qui leur permet de bien connaître les chefs et cheftaines qui sont souvent les aînés d’amis de la famille… Terrible constat pour les dirigeants du scoutisme : les résultats étaient les mêmes lors d’une enquête menée en 1976 ! Pourtant, les scouts de France ont fait leur aggiornamento au début des années 90 : pédagogie repensée, activités élargies, uniforme limité à une chemise de couleur, mixité autorisée, messe non-obligatoire. Mais cela ne suffit visiblement pas. « Il existe un fossé énorme entre la volonté affichée d’ouverture et la réalité concrète du mouvement. Un enfant qui sort d’un certain schéma sera mal accueilli chez les scouts », constate Marc Uhalde. Aujourd’hui, les scouts espèrent recruter grâce à leur image de « plus jeune ONG du monde », mettant en avant les nombreux chantiers humanitaires menés par le mouvement. Mais est-il nécessaire d’être scout pour cela ? (*) Tous les chiffres datent de 2004. Il s’agit des scouts affiliés à l’Organisation mondiale du mouvement scout. Loi et promesse scoutes La promesse : Sur mon honneur, je promets de faire tout mon possible pour servir Dieu et mon pays, aider mon prochain en tout moment, obéir à la loi scoute. La loi : Le scout n’a qu’une parole Le scout est loyal Le scout se rend utile et aide son prochain Le scout est un ami pour tous et un frère pour tous les autres scouts Le scout est courtois Le scout est bon pour les animaux Le scout obéit sans discussion à ses parents, à son chef de patrouille et à son chef Le scout sourit et siffle en toute difficulté Le scout est économe Le scout est propre dans ses pensées, ses paroles et ses actes Source : http://www.scout.org | |||
| Jean Piel | |||
|