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| 11/09/2007 | |||
| Questions internationales (2) L’unité de la Belgique a encore des défenseurs | |||
| (MFI) Les Belges sont encore nombreux à défendre l’unité de leur pays, et jamais l’hostilité entre Flamands et Wallons n’a entraîné de violences inter-communautaires. Les disparités économiques entre les provinces sont réelles, mais la partition pénaliserait l’ensemble du royaume. Des journalistes et des hommes politiques prennent des initiatives pour défendre l’unité de la Belgique. | |||
| « C’est vrai que je n’ai pas d’amis flamands, et que les rares fois où je suis allé en Flandre, on m’a regardé comme une bête curieuse. Mais de là à faire de la Wallonie et de la Flandre des pays différents… Je n’ai pas d’hostilité contre les Flamands. La Belgique est déjà un petit pays ; si on la divise, elle deviendra minuscule », raconte Robert, un lycéen wallon interviewé par Le Monde diplomatique. Des journalistes flamands et wallons en stage « chez l’autre » Si la Belgique traverse actuellement une grave crise politique et que la Flandre affiche des velléités indépendantistes, les Belges sont néanmoins encore nombreux à défendre l’unité de leur pays. Les deux principaux quotidiens du pays, Le Soir et De Standaard, ont ainsi décidé depuis le début de la crise d’échanger des journalistes qui décrivent ensuite dans leurs journaux d’origine la vie et les conditions de travail « chez l’autre », quitte à briser quelques clichés. « Mes collègues wallons travaillent plus lentement que nous, mais au moins ils se disent bonjour le matin. Moi qui suis allé plusieurs fois en Afrique, pour la première fois on m’a envoyé en reportage dans une ville wallonne », écrit ainsi Karel Verhoeven. « C’était intéressant, j’ai découvert un nouveau pays et de nouvelles mœurs », reconnaît son homologue Paul Gérard. Les sceptiques noteront cependant que le jour de la publication des premiers articles, Le Soir avait titré « Belgique, encore », et De Standaard « La confrontation Nord-Sud ». Des titres révélateurs de la différence d’état d’esprit entre les deux provinces. Dans un chat avec les lecteurs du Monde, Jean-Pierre Stroobants, le correspondant du quotidien français à Bruxelles, estimait, pour sa part, que « la séparation du pays semble se rapprocher. Ce n’est toutefois pas l’hypothèse la plus probable dans la crise actuelle. Une majorité de Belges reste favorable à l’unité du royaume, incarnée par la monarchie. Je suis persuadé qu’un référendum sur la question ne donnerait pas la victoire aux séparatistes ». En effet, un sondage réalisé le 30 août révélait que 70,5 % des personnes interrogées croyaient encore en l’avenir de la Belgique. L’indépendance de la Flandre et de la Wallonie ferait peur plus qu’elle ne séduirait. Quant au scénario du rattachement de la Wallonie à la France et de la Flandre aux Pays-Bas, il est défendu par moins de 2 % des sondés. Et envisagé ni par Paris ni par La Haye. « La Belgique reste un pays étonnant derrière sa réputation de sage endormi, avec des histoires et un fonctionnement dignes des Shadoks. Cela contribue à son charme. Une fois la tempête de l’actuelle crise politique retombée, les gens retrouveront leurs esprits et défendront l’unité du pays. Mais cela n’interdit pas des revendications régionalistes, comme partout en Europe », souligne le journaliste Guido Fonteyn. Une économie qui a besoin d’unité Le roi Albert II a néanmoins jugé la situation suffisamment inquiétante pour sortir de sa réserve habituelle : « La solution aux problèmes de notre pays ne passe ni par un repli sur soi de chaque région, ni par le développement de sous-nationalismes, ni par un séparatisme explicite ou feutré ». De son côté, Jan Van Doren, l’un des dirigeants du patronat flamand, rappelle que « l’ampleur de la dette de l’Etat central rendrait difficile une partition. Certes, les performances de l’économie flamande sont réelles, mais la prudence reste de mise. La région manque de main d’œuvre, sa population vieillit plus vite que celle de Wallonie et elle dépend totalement de l’extérieur en matière d’approvisionnement. La Wallonie a adopté récemment un « plan Marshall » pour réformer son économie ; elle pourrait connaître d’excellents résultats d’ici quelques années ». En outre, les deux régions restent les premières clientes l’une de l’autre. Quant aux dépenses de santé qui entraînent d’importants transferts de fonds via la Sécurité sociale de la Flandre vers la Wallonie, elles croissent plus rapidement dans la moitié nord que dans la moitié sud du pays. Ces transferts pourraient donc être inversés plus vite que certains le pensent. Quel statut pour Bruxelles ? La partition de la Belgique poserait aussi le délicat problème de Bruxelles. Aujourd’hui, la capitale est une entité autonome, disposant de son propre Parlement. Mais elle est revendiquée par les Flamands comme par les Wallons. Sans compter sa dimension européenne. « Bruxelles, c’est la Jérusalem de l’Europe », s’amuse un diplomate français. « La ville est beaucoup trop internationale pour participer à ce type de querelles. Certes les francophones y sont majoritaires, mais Flamands et Wallons ont appris à y travailler ensemble et ils sont sans cesse en contact avec des fonctionnaires européens. Bruxelles est avant tout la capitale de l’UE et pourrait constituer un modèle pour le reste de la Belgique », estiment en substance les défenseurs de l’unité du royaume. Les optimistes soulignent que cette hostilité – ou cette incompréhension – entre Flamands et Wallons n’a jamais débouché sur la violence. Seule l’extrême-droite flamingante ne la rejette pas. Mais sinon, on n’a jamais vu de francophones se faire tabasser à Anvers, ni de Flamands agressés à Charleroi. « Quand on songe à ce que les différences ethniques et linguistiques ont provoqué en Yougoslavie, on peut être rassuré sur l’avenir de la Belgique. Si la partition doit avoir lieu, elle se fera sans effusion de sang, à la tchécoslovaque », insiste Guido Fonteyn dans Le Monde Diplomatique. Trouver un Premier ministre acceptable par tous Dans l’immédiat, le roi a chargé le président du Parlement, Herman Van Rompuy, d’essayer de former un nouveau gouvernement. Celui-ci consulte activement, dans l’espoir de trouver un Premier ministre acceptable par les deux communautés. « Il faut d’abord définir des objectifs communs puis chercher les acteurs les mieux à même de les réaliser. La priorité aujourd’hui est de rendre l’Etat belge plus efficace. Il faut encore décentraliser certains pouvoirs, mais ne pas hésiter à en recentraliser d’autres », défend dans Le Monde Rudy Aernoudt, le secrétaire général du ministère flamand de l’Economie. De son côté, La Libre Belgique a publié une chronique dans laquelle le journal estime qu’« il est possible, en se situant au-delà des médiocrités partisanes, de réécrire l’histoire de notre pays. Il faut enseigner aux enfants des écoles l’histoire de la Belgique et non celle de leur seule province. Tous devraient obligatoirement apprendre la langue de l’autre. Enrichissons-nous de nos différences plutôt que de cultiver le cliché d’une Wallonie économiquement atone et socialement assistée vivant aux crochets de la riche et vertueuse Flandre. Que chacun fasse un pas vers l’autre. L’histoire de la Belgique ne s’écrira pas l’un contre l’autre, ce serait l’explosion. Elle ne s’écrira pas non plus l’un sans l’autre, ce serait l’évaporation. Elle ne peut que s’écrire l’un avec l’autre, ensemble ». | |||
| Jean Piel | |||
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