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| 02/10/2007 | |||
| Un tour du monde très éclectique | |||
| (MFI) Depuis deux ans, L’état du monde a changé de formule. Nouvelles relations internationales, sociétés et développement, enjeux régionaux, grands ensembles continentaux… Au total, une centaine d’analyses, émanant des meilleurs spécialistes, qui brossent L’état du monde 2008. | |||
| La nouvelle formule de L’état du monde, introduite l’an dernier, ce sont d’abord des « regards et des approches différents. Articles et auteurs se parlent d’un espace à l’autre. Un dialogue à travers des dossiers invisibles qui font surgir les grandes tendances pour l’avenir », résume Sandrine Tolotti, rédactrice en chef d’Alternatives internationales, et codirectrice de cette édition 2008 avec Bertrand Badie, professeur à l’Institut des sciences politiques de Paris. Depuis 1980, les éditions La Découverte proposaient une revue annuelle pointue de l’actualité politique et économique des 226 États et territoires du monde (l’Onu compte 192 Etats membres), devenue une référence au fil du temps pour les chercheurs, les enseignants ou les journalistes. Le célèbre annuaire accorde désormais davantage de place aux analyses transnationales et ne propose de bilan annuel que pour une sélection de 27 Etats*. « Les trois quarts de l’espace, précise Sandrine Tolotti, sont consacrés à l’ascension des puissances émergentes du Sud ; à l’échec de la doctrine néo-conservatrice ; aux questions d’environnement, de recherche climatique ou encore aux épidémies de maladies chroniques... » Des enjeux qui s’entrechoquent Les thèmes traités abordent aussi bien l’Alliance atlantique, les ambitions russes, la Banque mondiale, la puissance économique chinoise, les conflits africains, la course aux armements, les mutations de la famille, les Eglises évangéliques... Avec un double fil conducteur : d’une part la transversalité, celle des tensions identitaires, du développement ou de la démographie. Et d’autre part les questions sociales internationales, celles qui privilégient l’étude des épidémies dont les conséquences en termes de morts sont plus graves que celles d’une potentielle explosion d’une bombe atomique (André Cicolella, Les enjeux de l’épidémie des maladies chroniques, p. 90) ou l’étude des carences alimentaires – qui tuent plus que l’attentat du World Trade Center. « Produire une politique étrangère est d’autant plus redoutable, aujourd’hui, que les enjeux s’entrechoquent et, pire encore, affectent ou font réagir en même temps les stratèges cyniques et les comportements sociaux les plus anonymes et les moins contrôlables », estime Bertrand Badie dans l’Avant-propos (p. 7) – qui signe aussi Les désillusions de l’intervention internationale (p.22). Depuis la fin de la Guerre froide, le monde est devenu « plus complexe, mobile, extraordinairement volatile ». Le but de l’ouvrage est donc de donner des clés pour « comprendre les mécanismes interdépendants de l’espace mondial » car les conflits en cours répondent « à des lignes de partage dont l’intelligibilité est de plus en plus difficile ». Ainsi en va-t-il du conflit du Moyen-Orient, dont « la mère » serait le conflit israélo-palestinien, et qui est devenu « le grand cratère du monde » – liant l’Afghanistan, potentiellement l’Iran, l’Irak, le Liban. « Une guerre ininterrompue de la Méditerranée au-delà de l’Indus. » Notre sécurité dépend de la sécurité alimentaire mondiale Quels sont précisément les ressorts de ces conflits ? En première ligne, non plus les Etats mais les acteurs sociaux, soit six milliards et demi d’individus. Des conflits qui ont de multiples casquettes, religieuse, ethnique, identitaire. C’est pourquoi une des grandes hypothèses de cette nouvelle formule est de regarder le monde à partir des sociétés et de leurs grands débats en cours – plutôt qu’à partir des Etats, de la diplomatie ou des états-majors militaires. Ainsi, sur la question des migrations, Bertrand Badie affirme que « notre sécurité ne dépend pas des reconduites à la frontière mais de la sécurité alimentaire mondiale. C’est ça l’état du monde ». On lira notamment avec intérêt, dans la partie « Afrique » de cet ouvrage très riche, la contribution de Laurent Fourchard sur Les tendances de la période – jeu d’intérêts contradictoires entre anciens colonisateurs, entrée en scène de la Chine qui « propose à ses partenaires des crédits à taux réduit et sans conditionnalité », ambivalence de la politique française « entre tentation de retrait et volonté de maintenir ses alliés traditionnels » et politique des Etats-Unis toujours dominée « par la lutte anti-terroriste et la sécurisation des approvisionnements pétroliers ». Le continent africain est également exploré dans la partie sur les Enjeux régionaux. Notamment à travers les deux articles de Roland Marchal, sociologue et politologue (CNRS, CERI - Sciences Po), bien connu des auditeurs de Radio France Internationale. L’un porte sur La régionalisation des guerres africaines (conflits du fleuve Mano ou dans l’Est de la République démocratique du Congo, guerre du Darfour). L’autre, intitulé Au Darfour, entre jeux de puissance et impuissance internationale, analyse les données complexes d’une crise « aussi mal connue que médiatisée ». Enfin, dans la partie Sociétés et développement humain, André Corten (Sciences politiques, UQAM) développe une étude comparative sur Les mutations inattendues de la mouvance évangélique. Il nous conduit de l’Afrique à l’Amérique latine et aux Etats-Unis – où l’on apprend que « plus des deux tiers des 70 millions d’évangéliques américains ont voté pour George W. Bush en 2004 ». Au total, un tour du monde très éclectique sur les grandes questions qui agitent la planète mais sans doute tout aussi catastrophiste, à sa manière, que les nombreux annuaires concurrents publiés à l’occasion de la « rentrée » éditoriale en France. | |||
| Antoinette Delafin * Un bilan 2006-2007 portant sur tous les autres pays ou territoires est disponible sur le site Internet L’Encyclopédie de l’Etat du monde (etatdumonde.com). L’Etat du monde 2008. Paris, Editions La Découverte, 2007, 25 euros. | |||
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