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| 04/12/2007 | |||
| Humanitaire : de la famine « superstar » au business humanitaire | |||
| (MFI) Les grandes crises humanitaires, surtout lorsqu’elles sont médiatisées, suscitent depuis longtemps une prolifération d’ONG qui parfois disparaissent aussi vite qu’elles sont nées. Ces crises provoquent donc aussi de vifs débats entre ceux qui veulent « aider » à tout prix – comme les responsables de l’Arche de Zoé au Tchad –, caractérisés par l’amateurisme et une certaine arrogance occidentale, et les organisations familières des conflits qui se veulent professionnelles afin de sauver le maximum de vies. | |||
| Plus de 40 000 associations humanitaires en France ! La chercheuse Viviane Tchernonog, dans une enquête effectuée pour le CNRS et le Centre d’économie de la Sorbonne et publiée fin novembre 2007, a dénombré en 2006 en France très exactement 40 800 associations humanitaires (soit une augmentation de plus de 50 % en six ans) ayant un budget global de 2,6 milliards d’euros. Malgré cette profusion, la France se situe derrière certains partenaires européens ou nord-américains. Si la doctrine humanitaire moderne d’intervention sur le terrain est liée à la guerre du Biafra et à l’apparition sur le terrain des « French doctors », en l’occurrence de Médecins sans frontières (MSF), qui ont su médiatiser cette tragédie à la fin des années soixante, les changements géopolitiques intervenus depuis lors mais aussi les nouveaux moyens de communication disponibles ont changé la donne. Et en particulier Internet, qui favorise la circulation à grande vitesse de l’information – mais également parfois toutes les dérives. Alors que la mobilisation contre la famine au milieu des années quatre-vingt avait un côté « superstar », avec concerts et disques pour l’Ethiopie, celle en faveur des victimes du tsunami, la catastrophe naturelle qui a frappé l’Asie le 26 décembre 2004, a été sans précédent notamment grâce à la Toile. Pour Frédéric Joli, du Comité international de la Croix Rouge (CICR), le tsunami a créé une grande confusion dans laquelle « tout le monde pensait faire de l’humanitaire » et où il y eut une distorsion entre les besoins sur le terrain et la manne financière suscitée à travers le monde. Nouveaux types de conflit et difficultés d’accès Côté géopolitique, la fin de la guerre froide avec la chute du Mur de Berlin en 1989 et l’après 11-septembre (2001), qui a placé la lutte contre le terrorisme au premier rang des préoccupations internationales sous l’impulsion des Etats-Unis, ont fortement pesé sur l’humanitaire. « La fin de la guerre froide, précise Frédéric Joli, s’est soldée par une recomposition géostratégique inattendue avec l’apparition de nouveaux types de conflit, dans les Balkans ou en Afrique par exemple, ayant pour conséquence des difficultés d’accès et des problèmes de sécurité ». D’où, estime-t-il, « la nécessité de laisser de moins en moins de place à l’amateurisme, et de coordonner les efforts des humanitaires », même si ceux-ci ont, de tout temps, été concurrentiels. Pour Michèle Mercier, qui après vingt-cinq ans avec le CICR travaille désormais comme consultante humanitaire, la fin de la guerre froide a eu des conséquences positives au Cambodge, en Afrique du Sud ou en Amérique centrale ; elle a aussi provoqué le réveil des Nations unies, forçant l’Organisation à prendre sa place dans un nouveau contexte où, tout à coup, les Etats voulaient exercer à travers les dossiers humanitaires une influence sur telle ou telle région du monde, auparavant partagée entre les deux blocs… Ainsi, la période 1989-2000 a vu la tenue de grands sommets de l’Onu sur l’environnement, les femmes ou la population, pour aboutir au sommet du Millénaire… Vers 2000, le paysage humanitaire a également été marqué par l’irruption de personnalités privées comme Bill Gates ou John Turner, qui affectent une part de leurs (immenses) fortunes à des actions humanitaires via des fondations. A partir de 2001, les choses changent aussi sous l’effet de l’apparition du concept de guerre juste contre le terrorisme et de listes rouges des organisations et Etats voyous. « La perception américaine a affecté l’humanitaire car elle a rendu des zones ou des interlocuteurs non grata difficiles ou impossibles d’accès », estime ainsi Michèle Mercier. Un sentiment partagé par de nombreux humanitaires car cette évolution met en cause la pertinence du droit humanitaire international et notamment l’accès à toutes les victimes. Confusion des genres La nouvelle division du monde favorise par ailleurs de nombreux fanatismes qui se mêlent d’assistance et d’humanitaire, que ce soit le cas d’intégristes musulmans lors des tremblements de terre au Cachemire, ou de néo-chrétiens qui distribuent l’aide américaine en Afrique en fonction des positions sur l’avortement et sur l’abstinence sexuelle. Tant le CICR que MSF, souvent en première ligne sur les champs de bataille et de catastrophes naturelles, jugent dangereuse la récupération actuelle par les politiques et les militaires de l’action humanitaire. « En Afrique, les problèmes sont traités par de plus en plus d’acteurs, des humanitaires en concurrence avec des contingents militaires qui font de l’humanitaire ce qui amène parfois à une confusion des genres », estime un responsable du CICR. Pour ces organisations, il n’est pas question d’attendre un cessez-le-feu humanitaire qui n’a jamais vraiment marché pour intervenir. Il faut donc accepter les risques du métier même si dans des pays comme l’Afghanistan ou l’Irak, ou dans certaines régions d’Afrique ou d’Asie, la vie des humanitaires, comme d’ailleurs celle des journalistes, peut être mise en péril par des groupes armés qui mettent dans le même sac les puissances occupantes (comme les Américains) et les autres occidentaux. Le dialogue est donc à leurs yeux indispensable avec tous, y compris les porteurs d’armes, ceux qui sont responsables de la violation des règles du droit international humanitaire ou ceux qui sont responsables de la conduite des hostilités. | |||
| Marie Joannidis | |||
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