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MFI HEBDO: Politique Diplomatie Liste des articles

24/12/2007
Questions internationales (2)
Ce qui attend le monde en 2008


(MFI) De l’élection d’un nouveau président aux Etats-Unis et en Russie aux Jeux olympiques de Pékin en passant par la probable indépendance du Kosovo et la poursuite de la guerre en Irak, l’année 2008 sera riche en événements. Entre dangers et espoirs.

En politique étrangère comme en d’autres domaines, il est difficile de faire des prédictions. Néanmoins, certaines tendances se dégagent pour les douze mois à venir ; 2008 sera ainsi une année électorale dans deux pays d’influence : les Etats-Unis et la Russie. A en croire les sondages, les Républicains devraient quitter la Maison-Blanche, après huit années de présidence de George Bush. Mais d’ici novembre, beaucoup de choses peuvent se passer qui influenceront le scrutin. Quant aux Démocrates, ils doivent encore choisir leur candidat, entre Barack Obama et Hillary Clinton. Mais les deux renouvellent déjà à leur manière la scène politique américaine : un Noir et une femme.

Une élection sans surprise à Moscou

En Russie par contre, le scénario semble écrit d’avance ; en mars, c’est la continuité qui l’emportera. Comme George Bush, Vladimir Poutine est au pouvoir depuis huit ans, et comme lui il ne peut pas constitutionnellement se représenter à l’élection présidentielle. Mais à la différence du président américain, le chef du Kremlin entend bien rester maître du jeu. Il a donc choisi son candidat à la présidence – l’actuel vice-Premier ministre, Dmitri Medvedev – et a annoncé qu’il en serait le Premier ministre. Un « coup d’Etat constitutionnel » dénoncé par l’opposition puisque le chef du gouvernement aura alors plus de pouvoir que le chef de l’Etat. Mais Vladimir Poutine jouit d’une côte de popularité de plus de 80 %, et la majorité des Russes souhaite le voir rester aux affaires. Reste à savoir si Poutine Premier ministre aura autant de pouvoir que Poutine chef du Kremlin. Depuis la désignation comme dauphin de Dmitri Medvedev, les guerres de clans s’enveniment au sein de l’élite d’une Russie en pleine dérive autoritaire. En outre, comme le rappelle Boris Doubine, le directeur du centre d’études politiques Levada, à Moscou : « L’histoire nous a appris à nous méfier des leaders soi-disant effacés. Ils peuvent se découvrir de vastes ambitions une fois en poste. »

Cinq ans de guerre en Irak

Au Proche-Orient, trois pays continueront à retenir l’attention : l’Iran, l’Irak et Israël. L’Etat hébreu célèbrera en 2008 le 60è anniversaire de sa création ; le 60è anniversaire de la Nakba, la catastrophe, pour les Palestiniens. Washington continue de croire – ou de faire croire – en la création d’un Etat palestinien avant la fin de l’année. La récente conférence d’Annapolis – qui a sonné la reprise des discussions entre Tel Aviv et Ramallah – autorise un certain espoir, tout comme la rencontre de Paris entre pays donateurs, qui a accordé une aide financière de 7,4 milliards de dollars à l’Autorité palestinienne, supérieure aux 5,6 milliards qu’elle réclamait. Néanmoins, l’histoire des relations israélo-palestiniennes est une succession de rendez-vous ratés, de revirements de situation, d’espoirs déçus. Les conditions d’une co-existence pacifique ne semblent réunies ni en Israël – où la classe politique et l’opinion restent divisées quant à l’opportunité de telles discussions – ni en Palestine, où le Hamas – qui contrôle la bande de Gaza – se dit opposé à tout pourparler avec l’Etat hébreu et reste en conflit avec le Fatah du président Mahmoud Abbas.
C’est un autre anniversaire que l’Irak célèbrera au mois de mars : le 5è de l’invasion américano-britannique. La situation est trop volatile pour oser la moindre prévision quant à l’évolution du pays. Depuis début novembre, le nombre d’attentats diminue et certains réfugiés reviennent à Bagdad. Les Britanniques ont rendu le contrôle de la région de Bassora à l’armée irakienne, et Londres a annoncé qu’elle réduirait son contingent à 2 500 hommes (4 500 actuellement) avant le mois de juin 2008. Il est trop tôt néanmoins pour parler d’un retour au calme dans l’ancienne Mésopotamie. Les relations restent délétères entre sunnites et chiites, le gouvernement de Nouri Al-Maliki peine toujours à imposer son autorité et les milices – formées sur une base confessionnelle ou tribale – règnent en maître. La guerre civile peut redémarrer du jour au lendemain, et les Etats-Unis n’entendent pas se retirer du pays – ni même réduire significativement leur présence – en 2008. Si on compare la situation de l’Irak à celle de l’Afghanistan où, six ans après l’intervention américaine, la reconstruction reste un vœu pieux, les Talibans renforcent leur pouvoir et la production d’opium bat des records, l’optimisme n’est pas de mise.
L’Iran enfin restera, en 2008, au centre des préoccupations du fait de ses ambitions nucléaires. Le récent rapport des services de renseignement américains soulignant que Téhéran a arrêté son programme atomique militaire en 2003 n’a pas levé la menace d’une attaque militaire américaine, même si celle-ci apparaît moins probable. Plusieurs pays – dont la France – estiment qu’il faut maintenir la pression sur le régime des mollahs tant que celui-ci ne mettra pas un terme à son programme d’enrichissement d’uranium. Un scénario refusé par les dirigeants iraniens qui insistent sur le caractère civil de leur projet. Menacé de nouvelles sanctions à l’Onu, l’Iran compte sur la Russie et la Chine pour contrer l’éventuelle adoption d’un embargo. Les critiques croissantes contre le président Mahmoud Ahmadinejad, au sein même des cercles dirigeants, pourraient cependant inciter Téhéran à ralentir son programme nucléaire et à modérer son soutien à des mouvements considérés comme des facteurs de déstabilisation au Proche-Orient, que ce soit le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien ou différentes milices chiites irakiennes. D’autant que des élections législatives se tiendront au printemps 2008.

Reprise des troubles dans les Balkans ?

L’Europe connaîtra au moins deux temps forts en 2008 : la très probable indépendance du Kosovo, qui se séparera alors de la Serbie ; une indépendance souhaitée par l’Union européenne et les Etats-Unis, mais qui provoque la colère de Moscou, allié traditionnel de la Serbie. La déclaration d’indépendance pourrait entraîner de graves violences dans la région.
Second point fort, la présidence française de l’Union européenne qui succédera, à compter du 1er juillet, à la Slovénie. Paris a déjà annoncé ses priorités : une politique d’immigration plus intégrée, des projets énergétiques qui tiennent compte du réchauffement climatique et la relance de l’Europe de la défense. Déjà à l’initiative du Traité simplifié sur les institutions adopté le 13 décembre à Lisbonne, le président Nicolas Sarkozy en profitera certainement aussi pour faire avancer son projet d’Union méditerranéenne. Celle-ci pourrait être officiellement inaugurée le 13 juillet.

Adios Fidel

Alors que l’Asie entrera au mois de février dans l’année du rat, un animal censé être vif et malin, la Chine accueillera au mois d’août les Jeux olympiques. Certains espèrent que l’événement obligera Pékin – un temps au moins – à davantage respecter les droits de l’homme. Avec plus de 2000 exécutions en 2006, la Chine représente à elle seule 92 % des peines capitales dans le monde. Les J.O. permettront en tout cas au pays de poursuivre – voire d’accélérer – son impressionnante croissance économique. L’Amérique latine pourrait aussi connaître un événement marquant en 2008 : le retrait de Fidel Castro. Agé de 81 ans, le leader cubain – gravement malade – n’a pas été vu en public depuis juillet 2006. La réalité du pouvoir appartient actuellement à son frère Raul. A la tête de l’Etat depuis 1959, le Lider Maximo a lui-même évoqué son départ dans une lettre où il exprime sa volonté de « ne pas s’accrocher au pouvoir et de laisser la place à des personnes plus jeunes ». La retraite de Fidel Castro ne devrait cependant pas entraîner de bouleversements politiques à Cuba ; dans un premier temps du moins.
Entre élections jouées d’avance en Russie, tensions persistantes au Moyen-Orient, programme nucléaire iranien et troubles probables au Kosovo, certains observateurs voient en 2008 l’année de tous les dangers. D’autant que les cours du pétrole continuent de grimper et que le réchauffement climatique ne cesse de s’aggraver. On peut cependant avoir une lecture plus optimiste des événements : une présidence moins belliqueuse aux Etats-Unis, une possible amélioration des relations israélo-palestiniennes, un Iran moins provocateur, une meilleure prise de conscience des dangers du climat, sans oublier le réchauffement des relations intercorénnes depuis que Pyongyang a renoncé à son programme nucléaire : 2008 serait alors l’année de tous les espoirs.

Jean Piel

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