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24/12/2007
Afrique du Sud
Après l’élection de Jacob Zuma, les partenaires du pays se veulent confiants


(MFI) Les partenaires africains et étrangers de l’Afrique du Sud, qui reste la locomotive économique du continent, se veulent confiants après l’élection de Jacob Zuma à la tête du Congrès national africain (ANC), le parti majoritaire au pouvoir – ce qui lui ouvre largement la voie pour la présidence de ce pays en 2009 –, malgré les controverses qui entourent le personnage.

Jacob Zuma a été l’ancien vice-président du chef de l’Etat actuel, Thabo Mbeki, qui l’avait limogé en 2005 après des accusations de viol et de détournement de fonds pour lesquelles il a finalement été blanchi ou a bénéficié d’un non lieu, faute de preuves suffisantes. Il fait toutefois toujours face à de nouvelles menaces d’inculpation pour corruption. Sorti triomphalement vainqueur de la lutte pour la direction du parti contre Thabo Mbeki, qui ne peut plus se représenter pour un 3è mandat présidentiel, Jacob Zuma, qui appartient à l’ethnie zouloue, est considéré comme le défenseur des pauvres par les uns, comme un démagogue par les autres. Lui-même cherche à présenter une image pondérée. Il s’est ainsi engagé à travailler avec son rival et a affirmé vouloir concilier une politique propice aux investissements tout en « bâtissant une société solidaire ». « Nous avons besoin de créer un ANC uni. Nous avons besoin de guérir l’ANC », a-t-il déclaré.
L’Afrique du Sud fait partie des puissances émergentes – aux côtés de la Chine, l’Inde ou le Brésil – qui participent activement aux discussions dans les grandes enceintes internationales, y compris au G8. Le pays compte la majorité des sièges sociaux des plus grandes entreprises en Afrique ; il est devenu la principale porte d’entrée pour les marchés d’Afrique australe et est lui-même un investisseur majeur dans l’ensemble du continent africain. Il joue aussi un rôle politique modérateur en Afrique après les tâtonnements du début de l’ère post-apartheid. Mais si ce pays à revenu intermédiaire et en croissance continue concentre 40 % du PIB de l’Afrique sub-saharienne et a réussi à franchir sans heurts majeurs le passage vers une société multiraciale, il n’a pas encore réussi à réduire les fortes inégalités dues à la pauvreté et au chômage. Celles-ci sont aggravées par la pandémie du VIH-sida, qui touche un adulte sur cinq. « Nous devons, a précisé Jacob Zuma, nous montrer à la hauteur de notre slogan et construire une société bienveillante exempte de discrimination contre les personnes vivant avec le VIH/sida, tout en œuvrant à la prévention des infections. » Lors du procès pour viol, Jacob Zuma avait choqué beaucoup de monde en affirmant que se doucher après l’acte sexuel suffisait à prévenir cette maladie.

Des comptes publics sains

Le gouvernement de l’ANC a mené depuis son arrivée au pouvoir une politique économique prudente, d’inspiration libérale, saluée par le Fonds monétaire international et marquée par des comptes publics sains. Ce qui a suscité une excellente notation du pays par les agences spécialisées, sans toutefois masquer des faiblesses structurelles. Le gouvernement peine à mettre en œuvre des programmes à la hauteur des besoins en matière d’accès aux services de base, d’infrastructures, de lutte contre le sida, de réduction des inégalités et de qualification de la main d’œuvre issue des populations « historiquement désavantagées ». Un tiers de la population se situe en dessous du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour. Le taux de chômage atteint 28 % selon le BIT – qui l’estime à 34 % dans la population noire et 5 % dans la population blanche –, mais serait plus proche de 40 %. L’emploi précaire et les bas salaires tendent à se développer, creusant toujours plus les inégalités héritées de l’apartheid.
La conjoncture favorable des dernières années a toutefois facilité l’émergence d’une classe moyenne noire malgré certaines critiques à l’égard du Black economic empowerment et de ses critères d’application dans un contexte de sous-qualification de la main d’œuvre noire. Depuis la fin 2004, le gouvernement a lancé un vaste programme de travaux d’infrastructures, d’investissements publics et de dépenses sociales ainsi qu’une réforme structurelle des finances publiques ; le président Mbeki a mobilisé, dès 2006, des fonds importants pour lutter contre la pauvreté et le chômage et améliorer les infrastructures au niveau provincial.

Zuma s’est entouré de politiciens et d’hommes d’affaires avisés

Les déçus de la politique libérale de Thabo Mbeki ne manquent cependant pas, et Jacob Zuma a réussi à rassembler leurs voix, avec notamment le soutien de la confédération syndicale Cosatu et du Parti communiste, puissants alliés de l’ANC auxquels il a promis une collaboration plus étroite.
Des observateurs diplomatiques à Paris notent cependant qu’il a pris soin de se rendre à Londres et aux Etats-Unis juste avant de présenter sa candidature à la tête de l’ANC et qu’il s’est entouré de politiciens et d’hommes d’affaires avisés. Selon Jacob Zuma, les politiques économiques adoptées lors de la conférence ne sont pas synonyme de changement majeur dans la démarche suivie par le parti depuis son avènement au pouvoir. « Il n’y a par conséquent aucune raison pour la communauté nationale et internationale d’hommes d’affaires de s’inquiéter », a-t-il dit. Le président français Nicolas Sarkozy devrait se rendre en février 2008 en Afrique du Sud et en Angola.

Le nouveau président du parti sera-t-il un « Lula » africain ?

« Zuma a réussi a obtenir le soutien du chef historique de l’ANC, l’ancien président Nelson Mandela, et a cherché à rassurer la communauté internationale dès son élection », souligne l’un de ces observateurs, qui estime aussi que la situation catastrophique au Zimbabwe voisin sert de « repoussoir » pour toute velléité concernant la réforme agraire, même si celle-ci est trop lente et devrait s’accélérer. Selon la Banque mondiale, quelque 55 000 fermiers blancs détiennent toujours 85 % des terres agricoles.
Mais en cas de nouvelle inculpation de Jacob Zuma, les observateurs redoutent des troubles au sein d’une ANC qui reste divisée et d’une population noire qui s’estime toujours lésée malgré la discrimination positive en sa faveur. Quant aux Africains, ils connaissent bien le nouveau dirigeant de l’ANC qui a participé à plusieurs réunions de l’OUA puis de l’Union africaine. Son élection a d’ailleurs fortement satisfait le principal rival de l’Afrique du Sud dans la région, l’Angola, dont les dirigeants n’ont jamais eu d’atomes crochus avec Thabo Mbeki. « Zuma sera un Lula africain (du nom du président brésilien), a souligné un haut cadre du MPLA, le parti au pouvoir à Luanda, c’est-à-dire un adepte à la fois de populisme et de pragmatisme. »

Marie Joannidis

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