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08/01/2008
Kenya : une crise qui menace la sécurité et l’économie régionales

(MFI) La crise qui a éclaté au Kenya fin 2007, après des élections présidentielles contestées, et le cortège de violences ainsi que les déplacements de population qui en ont résulté constituent une menace sur le plan de la sécurité et de l’économie régionales. Et ce, aussi bien aux yeux des voisins africains que pour la communauté internationale, en particulier les Occidentaux.

Le Kenya occupe depuis longtemps un rôle agissant au sein de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui a elle-même souvent joué les médiateurs au plan régional. Ce rôle actif du Kenya s’est par exemple concrétisé lors de la fin du conflit du Sud Soudan, ou lors de la normalisation de la situation en Somalie, toujours considérée comme la plaie ouverte de la Corne de l’Afrique. Ainsi, c’est à Nairobi que l’accord de paix entre le Nord et le Sud Soudan (Comprehensive peace agreement) a été signé en janvier 2005 ; le Kenya a aussi accueilli, pendant deux ans, les pourparlers sur la Somalie qui ont permis la mise en place des institutions de transition. La situation de ce pays et ses conséquences régionales sont une des principales sources de préoccupation extérieure du Kenya, déjà inquiet de l’afflux de réfugiés somaliens après la déroute des Tribunaux Islamiques et leur repli dans les zones frontalières.
Les autorités de Nairobi sont également fortement impliquées dans les opérations de maintien de la paix de l’Onu ainsi que dans la coopération contre le terrorisme, sous la houlette notamment des Américains qui redoutent toujours l’implication du réseau Al-Qaïda en Afrique de l’Est, en particulier en Somalie. L’attentat sanglant d’août 1998 contre l’ambassade américaine à Nairobi et les menaces terroristes issues de la Corne de l’Afrique ont en effet amené le Kenya et les Etats-Unis, qui ont une base militaire à Djibouti, à nouer un partenariat étroit. Nairobi bénéficie d’une importante enveloppe pour aider ses forces de sécurité à contrer les activités terroristes de la région. Les relations avec Israël, notamment aux plans policier et militaire, ont également été renforcées après l’attentat du 28 novembre 2002 contre un hôtel de Mombasa, où séjournaient des touristes Israéliens.
Cet important rôle régional explique, estiment les observateurs, l’envoi rapide à Nairobi, peu après le déclenchement de la crise due élections présidentielles contestées, de la Sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, qui essaye de trouver un compromis politique, tout comme les efforts diplomatiques de la Grande-Bretagne – ancienne puissance coloniale – et de l’Union européenne, sans oublier ceux, encore timides, de l’Union africaine. Une déstabilisation du Kenya écarterait par ailleurs sa candidature pour accueillir le nouveau centre de commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), toujours à la recherche d’une base sur le continent.

Un centre économique régional en pleine expansion

Tout comme l’était la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest avant les conflits qu’elle a traversés depuis 1999, le Kenya est le pays le plus développé de la région et un véritable centre économique régional. Il connaissait avant les élections un taux de croissance de 7 %, s’appuyant sur des secteurs porteurs particulièrement performants, notamment le thé, le tourisme et l’horticulture, les transferts de la diaspora kenyane représentant sa première source de devises. Deux secteurs ont un potentiel réel de rayonnement régional et international : le secteur des services financiers et celui des technologies de l’information et de la communication.
L’alternance politique de 2002 avait permis au pays de bénéficier de nouveaux crédits, après un certain attentisme des bailleurs de fonds soucieux de tester l’engagement du gouvernement à lutter de manière effective et durable contre la corruption. Le soutien international s’est accéléré fin 2006. Et, depuis avril 2007, le Kenya a amélioré ses liens avec ses partenaires bilatéraux, dont la France à travers l’Agence française de développement, et multilatéraux à la suite de la reprise de ses relations avec le FMI. A l’instar de nombreux Etats africains, le Kenya a diversifié ses échanges commerciaux et se tourne de plus en plus vers l’Asie et le Golfe. Les Emirats arabes unis, l’Inde et la Chine sont ainsi parmi ses principaux fournisseurs. Le Kenya est aussi un point de transit commercial pour des pays comme l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.
Les principaux partenaires du Kenya, dont la Banque mondiale, et les agences de développement de nombreux donateurs bilatéraux et multilatéraux ont exprimé, début janvier 2008, leurs préoccupations, soulignant que les troubles dans certaines parties du pays pourraient menacer les progrès récents. « L’impact régional de la situation au Kenya pourrait être significatif », ont-ils souligné, précisant que ce pays est « le point de transit d’un quart du Produit national brut (PNB) de l’Ouganda et du Rwanda et un tiers de celui du Burundi ». De son côté, le nouveau directeur général du FMI, le Français Dominique Strauss Kahn, a également mis en garde contre l’impact de la crise sur l’approvisionnement des pays voisins, notamment en carburant.

Marie Joannidis

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