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| 29/01/2008 | |||
| Union africaine : l’heure de vérité | |||
| (MFI) L’Union africaine, qui a remplacé en 2002 l’Organisation de l’unité africaine devenue obsolète, est désormais au pied du mur : elle doit tout faire pour porter remède à un continent qui continue à s’enflammer, malgré les progrès réalisés en matière de croissance économique et de timides victoires dans la lutte contre la pauvreté. | |||
| Principal défi du dixième sommet de l’UA consacré à l’industrialisation de l’Afrique, qui se tient du 31 janvier au 2 février à Addis-Abeba, siège de l’organisation panafricaine : le renforcement de ses principaux organes, en commençant par la Commission, créée sur le modèle européen. Officiellement, les chefs d’Etat et de gouvernement des 53 membres doivent élire le nouveau président de la commission et ses autres membres, l’actuel dirigeant, l’ancien chef d’Etat malien Alpha Oumar Konaré, ayant indiqué qu’il ne se représentait pas. Sur les six candidats en lice pour cette présidence, deux restent encore dans la course, un Gabonais et une Zambienne. Candidat du bloc francophone, Jean Ping, ministre gabonais des Affaires étrangères, est aussi soutenu par les pays d’Afrique centrale et jouit d’une très bonne image de marque notamment après sa présidence de l’Assemblée générale de l’Onu, qu’il a assurée avec succès. Mais il pourrait pâtir, estiment des observateurs diplomatiques, de l’image trop pro-française de son pays et de son président, Omar Bongo. Face à lui, la Zambienne Inonge Mbikusita Lewanika, ambassadeur aux Etats-Unis, est moins connue bien qu’elle ait été candidate aux élections présidentielles de 2001. Elle bénéficie du soutien des anglophones et des pays d’Afrique australe, qui estiment que leur tour est venu d’assumer la présidence de la Commission africaine. De nombreux dysfonctionnements Mais rien n’est encore joué, selon ces observateurs diplomatiques, car plusieurs éléments sont venus perturber l’ordre des choses. Tout d’abord la publication d’un « audit », en fait une étude d’évaluation, qui est sur la table du sommet, après avoir été examiné par le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine, et qui dresse un bilan critique du système dans son ensemble. Cette étude qui formule 172 recommandations fait état de nombreux dysfonctionnements qui freinent les objectifs fixés. Réalisé à la demande des chefs d’Etat et de gouvernement africains lors du sommet d’Accra, au Ghana, en juillet dernier, l’audit a été conduit par un comité d’experts de haut niveau dirigé par le professeur nigérian Adebayo Adedeji, désigné par le président en exercice de l’organisation, le président du Ghana, John Agyekum Kufuor. Adedeji, commissaire fédéral au développement économique du Nigeria dans les années soixante-dix, a joué un rôle de premier plan dans les négociations qui ont mené à la création de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Au poste de Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) de 1975 à 1993, il a activement soutenu la formation d’autres alliances régionales, dont l’Accord de commerce préférentiel (ACP) qui est par la suite devenu le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). Il dirige actuellement l’African Centre for Development and Strategic Studies, un institut de recherche basé à Ijebu Ode (Nigeria). L’audit, qui s’est déroulé du 10 septembre au 18 décembre 2007, a analysé en profondeur les organes et institutions de l’Union ainsi que la nature des relations qui les lient, relevant des dysfonctionnements importants dans leur organisation et leur gestion. « S’il n’y a pas d’accord concernant la présidence de la Commission africaine, le sommet pourrait prolonger le mandat de Konaré, d’autant plus que les conclusions de l’audit rejoignent ses demandes qui ont justifié sa non-candidature, c’est-à-dire le renforcement du rôle du président par rapport aux autres commissaires afin de rendre l’ensemble de la commission plus efficace », souligne un diplomate averti. D’autant plus que le colonel libyen Muammar Kadhafi joue une fois de plus les perturbateurs en présentant, après la clôture du dépôt des candidatures, celle d’Ali Triki, ce qui pourrait aussi profiter au prolongement du mandat du président actuel. Ali Triki est le secrétaire aux Affaires de l’Union africaine auprès du comité populaire général libyen des Relations extérieures et de la coopération internationale, et émissaire au Kenya. L’épineuse question du financement En créant l’Union africaine, sur le modèle de l’Union européenne, les Africains ont voulu mieux coordonner leurs efforts afin de faire entendre leur voix sur le plan international, mettant d’abord l’accent sur l’intégration régionale. Celle-ci reste cependant tributaire de la volonté des pays concernés et des conflits régionaux ou internes qui les déchirent. L’OUA avait été affaiblie par les clivages politiques résultant de la guerre froide et de l’affrontement Est-Ouest, mais l’Union africaine continue à pâtir de la faiblesse de ses moyens d’intervention, y compris militaires pour le maintien de la paix, face à la multiplication des conflits locaux comme on le voit au Darfour ou aujourd’hui au Kenya. Le projet d’Union africaine a été lancé par le dirigeant libyen Muammar Kadhafi qui avait l’ambition de voir un jour la naissance des « États-Unis d’Afrique », sorte de grande fédération regroupant tous les pays africains qui reste toujours un vœu pieux. Un autre enjeu de la nouvelle Union reste la mobilisation de l’ensemble de la société civile, et non pas des seuls politiques, alors qu’une proportion élevée de la population est victime de la pauvreté, des conflits et de fléaux comme le VIH/sida. De même, le financement de l’UA demeure un sujet de préoccupation, à l’instar de l’OUA qui n’a jamais réussi à apurer les arriérés dus par ses membres. | |||
| Marie Joannidis | |||
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