Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Politique Diplomatie Liste des articles

12/02/2008
L’Union africaine peut-elle régler les conflits du continent ?

(MFI) Toujours secouée par des conflits régionaux ou internes comme au Darfour, au Tchad, en Somalie, au Kenya et jusqu’aux Comores, l’Afrique est encore à la recherche des moyens qui lui permettront de régler ses problèmes, à travers notamment son organisation continentale, l’Union africaine, qui manque de ressources financières et matérielles.

Lors du coup d’Etat manqué contre le président tchadien Idriss Deby, l’Union africaine (UA) réunie au sommet, à Addis-Abeba, début février 2008, n’a pu que proposer une médiation des dirigeants libyen et du Congo Brazzaville, le colonel Muammar Kadhafi et le président Denis Sassou Nguesso. De même, la mission de bons offices de son président sortant, le chef d’Etat ghanéen John Kufuor, ayant échoué, l’organisation panafricaine s’est appuyée sur l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, ghanéen également, pour essayer de mettre fin aux violences au Kenya qui, de politiques, sont devenues ethniques. Une crise qui ébranle le Kenya depuis la réélection contestée du président Mwai Kibaki en décembre 2007.

Comment convaincre ses membres de fournir des troupes

Concernant le Darfour, le gouvernement du Soudan, les Nations unies (Onu) et l’Union africaine ont certes signé le statut des forces de l’opération hybride UA-Onu (Minuad), statut qui fournit le cadre légal de la Mission, notamment celui des activités de ses forces militaires, de sa police et de son personnel civil. Mais, selon Jean-Marie Guéhenno, responsable du maintien de la paix à l’Onu, la Minuad reste sous-équipée. Il y a maintenant 9 000 membres de la Minuad sur le terrain, alors que le calendrier prévoyait 20 000 soldats et policiers, a-t-il déploré, précisant que cette mission manque encore d’équipements aériens de base : des hélicoptères de transport et tactiques. Selon lui, deux pays seulement ont offert de tels équipements : le Bangladesh et l’Ethiopie. De plus, c’est une force européenne, l’Eufor Tchad-RCA, qui est censée venir protéger les frontières du Tchad et de la RCA avec le Soudan et sécuriser les camps des milliers de réfugiés qui ont fui les combats au Darfour
En Somalie, l’Union africaine a engagé, en mars 2007, une force de paix (Amisom) pour tenter de stabiliser le pays, mais l’organisation ne parvient pas à convaincre ses membres de fournir des troupes. La Somalie est en guerre civile depuis la chute du président Mohamed Siad Barre, en janvier 1991. Les attentats et les attaques se multiplient notamment à Mogadiscio, la capitale, depuis la défaite des islamistes en décembre 2006-janvier 2007 ; ceux-ci avaient perdu les régions sous leur contrôle dans le sud et le centre du pays au cours d’une offensive des troupes éthiopiennes venues soutenir le gouvernement de transition somalien. Selon l’Onu, au moins 600 000 personnes ont quitté Mogadiscio depuis le début de 2007 à cause de ces combats.
L’Union africaine tente enfin de régler, pour le moment sans succès, le conflit entre le pouvoir fédéral comorien et les autorités de l’île autonome d’Anjouan. L’Union des Comores est secouée depuis des années par des conflits de compétence entre les trois îles (Grande Comore, Anjouan, Mohéli), dotées chacune de leurs propres institutions, et l’Etat fédéral. Le colonel Mohamed Bacar, réélu président d’Anjouan le 10 juin 2007 à la suite d’une élection rejetée à la fois par l’UA – qui a une mission militaire aux Comores dirigée par l’Afrique du Sud – et l’Etat fédéral, refuse depuis d’organiser de nouvelles élections.

Conclure dès que possible le traité, encore en discussion, sur le commerce des armes

Selon plusieurs ONG dont la britannique Oxfam, les conflits armés coûtent environ 18 milliards de dollars par an à l’Afrique, mettant sérieusement à mal le développement. Les armes les plus utilisées dans les conflits africains sont les fusils d’assaut Kalachnikov. La grande majorité de ces armes et de leurs munitions – environ 95 % – proviennent de l’extérieur de l’Afrique.
Ces organisations évaluent à environ 300 milliards de dollars les pertes dues aux conflits depuis 1990, c’est-à-dire la fin de la guerre froide, en Algérie, en Angola, au Burundi, en République centrafricaine, au Tchad, en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo, en Côte d’Ivoire, à Djibouti, en Érythrée, en Éthiopie, au Ghana, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Liberia, au Niger, au Nigeria, au Rwanda, au Sénégal, en Sierra Leone, en Afrique du Sud, au Soudan et en Ouganda. Cette somme correspond, selon elles, à l’aide internationale des principaux donateurs au cours de cette même période. Si cet argent ne s’était pas perdu à cause des conflits armés, il aurait pu résoudre le problème du VIH/sida en Afrique ou faire face aux besoins de l’Afrique en matière d’éducation, d’eau potable et d’hygiène, et prévenir la tuberculose et la malaria. Elles invitent donc le Groupe d’experts de l’Onu mis sur pied en 2008 pour travailler sur le Traité sur le commerce des armes à assurer un progrès rapide vers un accord solide et efficace.
L’Union africaine, qui reconnaît pour le moment ses limites et travaille aussi bien avec l’Onu que l’Union européenne, mais aussi les Etats-Unis, réclame toujours plus d’aide et souhaite consolider ses moyens de maintien de la paix. Mais de nombreux dirigeants africains respectent toujours le sacro-saint principe de non-immixtion dans les affaires intérieures de leurs voisins, comme le montre leur tiédeur concernant la condamnation du régime de Robert Mugabe qui en indispose pourtant beaucoup. « Après tout, même les Européens ne sont pas intervenus dans le conflit en Irlande du Nord ou celui de l’ETA en Espagne », soulignent en privé certains responsables africains, qui jugent trop sévère la réaction de la communauté internationale quand il s’agit d’Afrique, que ce soit pour les conflits, le respect des droits de l’homme ou la corruption.

Marie Joannidis

retour