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| 10/02/2008 | |||
| IVème conférence des ministres francophones de la Justice Sortie de crise et consolidation de la paix La Francophonie garde le cap de la reconstruction de l’Etat de droit | |||
| (MFI) Même si la tentation est grande, dans les Etats fragiles ou tout juste sortis de situations conflictuelles, d’adopter des solutions temporaires valables le temps d’une transition, telle n’est pas l’approche qui fonde l’action de la Francophonie. Conformément à sa conception d’une gouvernance démocratique privilégiant la coopération institutionnelle, la Francophonie préfère appuyer les institutions existantes ou nouvellement créées en renforçant leurs capacités et, au besoin, en les accompagnant dans l’exercice de leurs fonctions. En ligne de mire : une reconstruction durable, pas à pas, de l’Etat de droit. | |||
| En 2006, la République démocratique du Congo (RDC) achève la préparation des élections générales qui doivent marquer la fin de la transition, débutée quatre ans auparavant avec l’adoption de l’Acte final du dialogue inter-congolais. La question se pose de savoir qui va gérer le contentieux électoral des consultations présidentielles et législatives prévues. Selon les textes en vigueur, c’est la Cour suprême de Justice qui est compétente en la matière. Mais la réputation de l’institution est mise en cause dans des tracts qui circulent à Kinshasa. Des experts sud-africains proposent que le contentieux soit géré dans des « centres de négociation » à créer auprès de chaque bureau de vote. Une solution que ne retient pas la Francophonie, chargée par la communauté internationale de l’appui à la gestion du contentieux électoral. « Créer de tels centres de négociation, explique un expert de l’OIF, c’eût été ouvrir une véritable boîte de Pandore : ceux-ci auraient été le lieu de négociations interminables entre politiciens. Il valait mieux renforcer les compétences de la Cour, former ses membres, expliquer comment ce contentieux avait été géré dans d’autre pays… » On le sait, la Francophonie a décidé de s’impliquer résolument dans la prévention, le règlement et la gestion des crises au sein de son espace. L’OIF partage en effet avec d’autres organisations internationales une préoccupation commune, traduite formellement dans ses textes depuis l’adoption de la Charte rénovée de 1997 : celle de prévenir la naissance des conflits en exerçant une veille permanente des situations susceptibles de dégénérer en affrontements sanglants et d’œuvrer, en cas de leur survenue, en vue de leur apaisement et de leur règlement. L’action francophone s’inscrit ainsi dans un continuum – promotion et sauvegarde de la démocratie sont les deux faces d’une même pièce –, un accompagnement qui se manifeste à chaque étape de la vie de ses membres – et particulièrement de ceux qui traversent des épreuves – et dont le but ultime est le retour à l’Etat de droit. Une philosophie de prévention structurelle Qu’est-ce que l’Etat de droit ? Si la Déclaration de Bamako (2000) ne prétend pas répondre à une telle question, susceptible d’appeler de longs développements, elle précise tout au moins ce qu’il implique aux yeux de la Francophonie : « La soumission de l’ensemble des institutions à la loi, la séparation des pouvoirs, le libre exercice des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’égalité devant la loi des citoyens, femmes et hommes ». Autant « d’éléments constitutifs du régime démocratique », continue le texte de référence de la communauté francophone en matière de démocratie, droits et libertés. Un texte qui précise également que « la démocratie, cadre politique de l’Etat de droit et de la protection des droits de l’Homme, est le régime qui favorise le mieux la stabilité à long terme et la sécurité juridique ». La Déclaration de Bamako est ainsi portée par une philosophie de prévention structurelle liant démocratie, respect des droits de l’Homme, paix et développement durable. Cette approche par la prévention structurelle a été confirmée par la Déclaration de Saint-Boniface (2006), selon laquelle les francophones, « persuadés que l’instauration du dialogue des cultures et des civilisations, comme l’affermissement de la solidarité entre les Nations, sont de nature à réduire les tensions, à prévenir les conflits et à renforcer la lutte contre le terrorisme », se sont dits convaincus « que la prévention des crises et des conflits repose aussi sur la sécurité de l’individu, la satisfaction de ses besoins vitaux, notamment celui de vivre en paix, le respect de tous ses droits, y compris le droit au développement, toutes exigences conditionnées par l’existence d’un État de droit démocratique ». Ainsi, la construction d’un État soucieux des droits de l’Homme et des règles de la démocratie reste la meilleure assurance contre l’éclatement de conflits internes. S’attaquer aux causes internes des conflits Les déclarations de Bamako et de Saint-Boniface ont donc pris en compte une évolution majeure du monde contemporain : depuis une vingtaine d’années, la majorité des conflits se déroule à l’intérieur des États et non entre les États eux-mêmes. L’émergence d’une conflictualité interne n’élimine pas des guerres motivées par une lutte sur les ressources, des disputes frontalières ou des volontés de puissance et d’hégémonie. Mais le déplacement sur les causalités internes souligne bien l’existence de fragilités structurelles au niveau de la construction de l’État, la faiblesse des institutions – l’autoritarisme, souligne la Francophonie, est un facteur certain de risque, car une faible participation politique fausse le jeu des institutions et bloque l’alternance, favorisant les tentatives de renversement des autorités en place –, une intégration citoyenne insuffisante ou encore des conditions socio-économiques qui nourrissent les revendications. Les protestations que les violations des droits génèrent sont souvent le prélude à des situations d’affrontements plus durs. Des outils éprouvés Pour briser le cercle vicieux dans lequel le sous-développement entraîne l’insécurité et la faiblesse des institutions, la Francophonie a, ces dernières années, accompagné les transitions en cours au Burundi, en Côte d’Ivoire, aux Comores, en RDC, en RCA, etc. ; elle a aussi mis en œuvre, au Togo et en Mauritanie, conformément au chapitre 5 de la Déclaration de Bamako, une stratégie de soutien multiforme et continu aux processus de retour à la légalité constitutionnelle et d’approfondissement de la démocratie. Ce faisant, elle s’est attachée à éprouver ses instruments et ses outils : soutien aux dialogues et fora nationaux, assistance en matière d’élaboration et de vulgarisation des textes fondamentaux, renforcement des capacités des acteurs et des institutions de la transition (Haïti, Mauritanie, Centrafrique, Comores, RDC, Burundi), actions spécifiques en faveur des femmes (Centrafrique, RDC), renforcement des capacités des médias, compte tenu de leur rôle déterminant dans la pacification et la réconciliation nationale (Haïti, Côte d’Ivoire, RDC, Mauritanie). Le savoir-faire francophone, désormais largement expérimenté, repose sur des traditions juridiques partagées privilégiant le dialogue, l’échange d’expérience et de pratiques utiles, dans le respect des dynamiques endogènes. La Déclaration de Bucarest, adoptée par le XIe Sommet de la Francophonie, a d’ailleurs voulu entériner ces acquis, dans une section au libellé nouveau de « foyers de crise et sorties de crise », en mettant l’accent sur les processus développés en République centrafricaine, au Burundi, aux Comores, en Haïti et en RDC, sans pour autant ignorer les défis auxquels la plupart de ces pays restent confrontés, requérant une solidarité et une vigilance accrues. | |||
| Ariane Poissonnier | |||
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