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| 10/02/2008 | |||
| IVème conférence des ministres francophones de la Justice Diversité juridique (2) La réponse francophone aux problèmes de la mondialisation du droit | |||
| (MFI) La valorisation de la diversité juridique n’est pas un nouveau « gadget francophone », mais bien une réponse pragmatique aux défis posés par la mondialisation du droit. | |||
Il faut prendre en compte avec réalisme la concurrence entre tradition continentale et anglo-américaine. Derrière le droit, se trouvent les hommes et leurs intérêts. Dans cet affrontement, le common law est beaucoup mieux porté et valorisé que le droit romano-germanique. Il dispose d’atouts majeurs : il constitue d’abord le système juridique de la plus grande puissance mondiale, il repose ensuite sur l’anglais devenu la langue internationale des affaires et bénéficie enfin du relais des puissantes sociétés d’avocat américaines (les 500 plus grandes sont exclusivement de common law), ou d’organisme de type American Bar Association, l’association nationale des juristes des Etats-Unis. Les solicitors anglais se sont engagés dans la bataille du droit avec moins de complexes et de scrupules que leurs homologues civilistes en développant des stratégies de marketing juridique assez agressives. La Law Society anglaise a, par exemple, tout récemment publié un rapport préfacé par le secrétaire d’Etat à la Justice, Jack Straw, intitulé « Jurisdiction of choice » (24 novembre 2007), dans lequel elle explique sans nuance que le droit anglais est de loin le meilleur pour les affaires. Y sont longuement exposées les raisons pour lesquelles les opérateurs privés auraient intérêt à voir régir leurs contrats par celui-ci… Aucun système de droit n’est tout à fait autonome Si la confrontation des systèmes juridiques semble ainsi inévitable, cela ne signifie pas que les systèmes juridiques sont imperméables entre eux. Aucun système de droit n’est tout à fait autonome, la mondialisation et l’européanisation du droit ont substantiellement modifié les droits nationaux en encourageant les processus d’hybridation entre systèmes. « Les réalités juridiques dans le monde obéissent au paradigme de la complexification et interdisent les visions manichéennes », rappelle le professeur Jean du Bois de Gaudusson. Mais, poursuit-il, « il reste que les systèmes juridiques conservent leur identité, un certain nombres de caractéristiques propres et sauf cas de… force majeure on ne voit pas pourquoi tel ou tel pays basculerait de l’un à l’autre, et particulièrement du droit romano-germanique à la common law ». Comment éviter les tentations hégémoniques d’un système ou d’un autre ? Comment améliorer la qualité des normes juridiques tout en respectant les traditions culturelles et historiques des différents pays du monde ? C’est à cette subtile équation que la Francophonie entend répondre en promouvant la « diversité juridique ». La « juri-diversité », tout aussi importante que la « bio-diversité » « Le thème de la diversité occupe désormais une place centrale dans le discours de la Francophonie » précise M. du Bois de Gaudusson. Mais ajoute-t-il, « pour la Francophonie comme pour la France - les intérêts de l’une et de l’autre ne se confondant pas en tous points –, cette référence n’est pas simplement tactique : elle repose aussi sur la conviction profonde qu’il est nécessaire de préserver la « juri-diversité », qui est tout aussi importante que la « bio-diversité », menacée par un mouvement d’uniformisation et de standardisation qui serait le seul de nature à favoriser le développement économique dans le monde. » La « diversité juridique » permet ainsi non seulement de limiter toute tentative de domination d’un système sur l’autre mais aussi de rappeler que, en dépit de la légitimité et de la pertinence d’une analyse économique du droit, la justice ne saurait être entièrement soumise aux lois du marché. Pour autant, la diversité juridique doit-elle être considérée comme une fin en soi ? Le danger de s’exposer dans un pareil cas à des risques de cristallisation sous la forme de repli identitaire est réel. Or, la promotion de la diversité juridique ne doit pas conduire à un relativisme absolu – source évidente d’impuissance – pour faire face aux problèmes communs mondiaux : écologiques, démocratiques, ou économiques. La « diversité juridique » n’a pas comme vocation de proscrire toute réflexion sur un droit commun. C’est d’ailleurs dans cette perspective que se situe Mme Mireille Delmas-Marty, professeur au Collège de France. Elle préconise d’opter pour « un pluralisme ordonné, seul capable de renoncer à un pluralisme de séparation sans adhérer, pour autant, à l’utopie de l’unité juridique du monde ». Il reste donc aux francophones à puiser dans la diversité des expériences qui les unit afin d’affiner encore leur nouvelle « politique juridique », en vue d’élaborer les réponses les plus pragmatiques aux défis posés par la mondialisation du droit. C’est une condition nécessaire mais non suffisante pour que la « diversité juridique » puisse connaître, à son tour, un fabuleux destin. | |||
| Olivier Rabaey | |||
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