Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Politique Diplomatie Liste des articles

24/06/2008
Rapport de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme
Pour la liberté de témoigner, encore et toujours


(MFI) Arrestations arbitraires, condamnations au terme de procès inéquitables, placements en résidence surveillée : selon le rapport de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, des milliers d’entre eux subissent plus que jamais de fortes répressions à travers le monde. A l’occasion de la publication de son rapport annuel, le 19 juin 2008, l’observatoire revient sur la nécessité de protéger ceux qui risquent leur vie au nom de la défense des droits humains.

« L’Obstination du témoignage » : tel est le titre du rapport 2007 de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme. La mission de cet observatoire, créé conjointement en 1997 par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), est de protéger ceux qui dénoncent les violations des droits universels, « afin que leurs témoignages aient une résonance mondiale ».
Ronggye A’drak, moine tibétain placé en détention arbitraire en août 2007 après qu’il eut parlé à une large foule de l’importance du retour du Dalaï Lama au Tibet, est l’un des nombreux défenseurs des droits humains à avoir bénéficié de ce soutien l’an dernier. « La tenue des Jeux olympiques à Pékin en août 2008 avait laissé naître l’espoir que des progrès seraient accomplis en matière de droits de l’Homme en Chine, souligne le rapport. Mais ces espérances ont très vite été déçues. » Augmentation de la présence de migrants chinois au Tibet – suite notamment à l’achèvement en 2006 d’une ligne de chemin de fer reliant Lhassa, la capitale tibétaine, à la Chine –, militarisation de la région, répression exercée sur les Tibétains qui protestent contre les violations des droits de leur minorité.
« L’obsession de la sécurité prend le pas sur la nécessaire liberté des citoyens, constate Antoine Bernard, directeur exécutif de la FIDH. Pour lui, 2008 doit être l’année pour l’effectivité des engagements pris dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. « Car soixante ans après son adoption par l’Assemblée Générale des Nations unies, de nombreux Etats continuent de violer ce texte fondamental », s’indigne-t-il.

En Afrique, harcèlement et intimidations contre les militants

« Plusieurs militants africains ont subi des discriminations, sous forme, par exemple, de harcèlements ou d’intimidations, affirme Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH. En Côte d’Ivoire, des étudiants affiliés au pouvoir ont saccagé les locaux de défenseurs des droits de l’Homme. En République centrafricaine, des menaces et des campagnes de stigmatisations ont visé ceux qui protègent les victimes de crimes sexuels. » Pour Sidiki Kaba, certaines catégories de professions subissent une répression forte. C’est le cas des juges et des magistrats. « Il faut continuer à lutter pour l’indépendance de la justice, clef de voûte du système démocratique », s’exclame-t-il.
Le rapport de l’Observatoire dénonce le renforcement du contrôle de la presse et les intimidations à l’encontre des journalistes au Zimbabwe, en prévision des élections de 2008. Ainsi, le 3 août 2007, le président Robert Mugabe a signé une loi relative à l’interception des communications. Celle-ci autorise le gouvernement à intercepter les appels téléphoniques, les courriers électroniques et les fax afin de « protéger la sécurité nationale », sans autorisation préalable du juge. Par ailleurs, en avril 2007, le gouvernement a dressé une « liste noire » contenant les noms de 15 opposants, journalistes et défenseurs des droits de l’Homme. Deux d’entre eux – les journalistes Abel Mutsakani et Bill Saidi – ont été agressés en 2007. « Trois hommes armés ont tiré sur Abel Mutsakani, qui a été gravement blessé, en juillet, en Afrique du Sud, révèle le rapport. Quant à Bill Saidi, il a reçu une balle dans une enveloppe, en février 2007. »
Côté satisfaction, Sidiki Kaba note la multiplication des initiatives de la société civile, qui réussit à s’organiser malgré les obstacles. Il se félicite de l’arrestation, fin mai 2008, de Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (MLC), suspecté de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, pour viols, tortures et pillages commis en République centrafricaine en 2002 et 2003. « Les défenseurs des droits de l’homme ont dénoncé les crimes commis par les milices de Bemba, explique le président d’honneur de la FIDH. Ils se sont soulevés pour que nous ayons connaissance des violations des droits universels et pour que nous ne puissions pas dire que nous ne savions pas. »


Le rapport 2007 de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme est consultable sur le site internet de la FIDH : www.fidh.org

Martin Courcier

retour