Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Politique Diplomatie Liste des articles

15/07/2008
Sommet de Paris pour la Méditerranée (2)
Des projets « à géométrie variable » rassemblant les Etats désireux d’y participer


(MFI) La nouvelle union saura-t-elle dépasser le catalogue des grands principes : accès à l’eau, à l’alimentation, à l’énergie, aux soins, partage des savoirs et de l’éducation, construction d’universités communes, création de conditions permettant à toutes les jeunesses de circuler librement tout en assurant la sécurité des personnes et des biens ? Les premiers projets avalisés donneront le la.

Dépollution de la Méditerranée

L’initiative Horizon 2020, créée en 2006 lors du 10e anniversaire du Processus de Barcelone, le précédent partenariat euro-méditerranéen, vise à protéger la Méditerranée contre la pollution. La Banque européenne d’investissement (BEI) estime le coût de cette initiative à 2 milliards d’euros. Le président français a annoncé le 13 juillet que la France va consacrer 730 millions d’euros à cette initiative via l’Agence française de développement, dont 230 millions ont déjà été accordés à des projets de dépollution au Maroc, en Tunisie et en Egypte. Dans le cadre de projets identifiés par les pays partenaires, l’AFD, dont le rôle est d’accompagner des « politiques nationales et régionales cohérentes » s’attaquant aux causes de la pollution, travaillera en coopération étroite avec la Commission européenne, la BEI et la KfW allemande.

Autoroutes maritimes et terrestres

La très forte croissance des trafics maritime et terrestre prévue à l’horizon 2025 a obligé à concevoir des projets, répertoriés depuis 2005, facilitant et sécurisant les échanges tout en préservant l’environnement. Parmi les actions listées dans le Plan d’action régional de transport pour la région Méditerranée (Part 2007-2013) : les autoroutes de la mer, un système de transport multimodal qui combine des services intégrés tout au long de la chaîne de transport de marchandises – terre, mer, transit portuaire, passage des frontières. Il devrait accroître la part maritime des échanges commerciaux tout en améliorant les voies terrestres pour une meilleure fluidité du commerce transméditerranéen. Ces projets nécessitent de lourds investissements. Ceux concernant le Sud et l’Est de la Méditerranée ont fait l’objet d’appel à projets pilotes dont les résultats sont attendus en juillet 2008.
En outre, la modernisation des trains de la rive Sud est à l’étude, avec pour ambition, à terme, de réaliser notamment une « ceinture ferroviaire » de Casablanca à Istanbul.

Sécurisation de l’espace maritime méditerranéen

Le développement des autoroutes de la mer est aussi conçu pour sécuriser l’ensemble de l’espace maritime. Le bassin méditerranéen est, on le sait, le point de rencontre de toutes les filières d’acheminement des drogues. Pour lutter plus efficacement contre le trafic de stupéfiants, la France a proposé de renforcer la coopération opérationnelle en créant un Centre de coordination de la lutte anti-drogue en mer Méditerranée – proposition avalisée lors du sommet de Paris. Projet pilote, le Ceclad-Med ouvrira ses portes à l’automne 2008 à Toulon. Il accueillera des officiers de liaison d’Espagne et du Maroc directement concernés. « Mais les Italiens voudraient les voir s’étendre à l’ensemble du Bassin », précise Nathalie Pilhes.
Plus largement, la France propose qu’un Comité transméditerranéen réunissant les autorités pilotes en charge de la sécurité et de la sûreté maritimes renforce les capacités de surveillance et la coopération entre acteurs maritimes et portuaires.

Création d’un Fonds méditerranéen de la sécurité maritime

Le sommet de Paris a également avalisé la création d’un Fonds méditerranéen de la sécurité maritime au financement public-privé. Il est basé sur la mise en œuvre du principe innovant de « tarification de l’usage des biens communs de la planète », à l’image du prélèvement effectué lors du transit de marchandises par le canal de Suez. Ce modèle de contribution « risqueur-payeur » vise à réunir 500 millions d’euros de ressources annuelles pour alimenter ce fonds, dont l’action sera partagée entre interventions et investissements. Il sera ouvert aux prises de participation privées ainsi qu’aux fonds d’investissements souverains originaires des rives Sud du bassin, dont le volume actuel est estimé à 850 milliards d’euros. Au total, il pourrait mobiliser environ 2,5 milliards d’euros dès sa création.

Création d’un Collège méditerranéen de protection civile

La création d’un Collège méditerranéen de protection civile permettra de développer une perception partagée des risques : une solidarité concrète fédérant l’ensemble des acteurs impliqués dans la prévention, l’alerte ou l’aide à la gestion opérationnelle et à la coordination post-catastrophe (tremblements de terre, feux de forêts, inondations).
France, Italie, Portugal et Espagne ont déjà créé, en 2006, dans le cadre de l’UE, une coopération entre protections civiles nationales, la Force d’intervention rapide (FIRE 4), élargie à la Grèce (FIRE 5) et prochainement à la Slovénie (FIRE 6). L’UPM envisage l’extension de la FIRE aux pays de la rive Sud. A plus long terme, la constitution de modules permettra de mutualiser les moyens et capacités des actions de protection civile.

Un Centre euro-méditerranéen de l’environnement et des risques

En France, le Centre euro-méditerranéen de l’environnement et des risques (CEMER) mobilise déjà plus de 70 acteurs travaillant sur les différentes thématiques environnementales – la première expérimentation doit avoir lieu fin 2008. Dans le cadre de l’UPM, elle a proposé d’associer six pays (Maroc, Tunisie Italie, Egypte, France, Allemagne), dont certains (Maroc) ont donné leur accord pour implanter des centres CEMER permettant, entre autres, de mettre en place des systèmes de surveillance environnementaux.
Enfin, des systèmes d’assurance pour prévenir et sensibiliser aux risques sont à l’étude pour les grandes concentrations urbaines et industrielles.

Financement des infrastructures urbaines

La Caisse des dépôts et consignations (CDC, France) et la Cassa depositi e prestiti (CDP, Italie) ont décidé de soutenir l’UPM dans une perspective de développement durable. Les deux Caisses ont ainsi lancé à la veille du sommet l’initiative InfraMed, destinée à financer les infrastructures urbaines, le transport et l’énergie au Sud et à l’Est de la Méditerranée. Un groupe de travail devra encore finaliser les contours de ce nouveau partenariat qui devrait être opérationnel au premier semestre 2009. Objectif : créer un fonds d’un montant global de 600 millions d’euros, qui sera ouvert, sur le long terme, à d’autres investisseurs d’Europe et de Méditerranée.

Production d’eau potable

Le groupe Suez a annoncé qu’il venait d’emporter le contrat d’étude de faisabilité du projet de canal de transfert d’eau vers la Mer Morte, concernant Jordaniens, Israéliens et Palestiniens. Il devrait contribuer à restaurer le niveau de la mer et participer « à la production d’eau potable par dessalement pour l’ensemble de la région ». Le Groupe indique qu’en 2007, son chiffre d’affaires global « sur l’ensemble de la zone méditerranéenne » s’est élevé « à environ 16 milliards d’euros».

Antoinette Delafin

retour