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03/09/2008
Conférence de Kiev
Conseil de l’Europe : comment concilier migration et développement


(MFI) Les 47 pays membres du Conseil de l’Europe, réunis les 4 et 5 septembre 2008 à Kiev, en Ukraine, tentent de trouver des réponses communes ou harmonisées à la question de l’immigration tout en conciliant protection de leurs territoires, respect des droits de l’homme dont ils se réclament et aide au développement pour les plus pauvres. Concernés à des degrés variables selon les pays, les ministres veulent relever les défis posés par les migrations dans une Europe de plus en plus sécuritaire et y apporter des réponses concertées.

Créé le 5 mai 1949, le Conseil de l’Europe, dont le siège est à Strasbourg (France) et qui représente 800 millions d’Européens, rassemble 47 Etats membres, soit 20 de plus que l’Union européenne. Cette organisation internationale a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun. La Conférence des ministres responsables des questions de migration réunie à Kiev les 4 et 5 septembre 2008 – la 8è du genre –, a pour thème « Migrations économiques, cohésion sociale et développement : vers une approche intégrée ». Un intitulé qui reflète la diversité d’intérêts des Etats membres du Conseil et met l’accent sur la nécessité d’élaborer, à travers le renforcement du dialogue et du partenariat, une approche politique intégrée pour le traitement des problèmes actuels et de ceux qui se dessinent en matière de migrations.
La conférence offre, selon les organisateurs, aux ministres européens et à leurs invités venus du monde entier – y compris d’Afrique –, l’occasion de discuter et de convenir de solutions appropriées aux conditions qui prévalent dans leurs pays et découlent de l’augmentation des flux de migrants économiques, notamment de l’Est vers l’Ouest de l’Europe, et dans la partie orientale du continent européen.


Préserver la cohésion sociale, objectif des politiques d’intégration

Les débats, selon les documents préparatoires, portent sur la manière dont les gouvernements répondent à ce phénomène pour préserver la cohésion sociale, objectif des politiques d’intégration. Mais aussi sur le lien entre les migrations économiques et le développement, tant du point de vue des pays d’origine que des pays de destination, ainsi que l’impact de l’émigration sur le développement et les accords de co-développement. Les rapports entre migrations et développement sont une des grandes questions actuellement débattues à l’échelle internationale, tout comme la demande accrue de main d’œuvre économique, mais aussi le respect des droits des migrants, qu’ils soient légaux ou illégaux. Une déclaration finale doit être adoptée, ainsi qu’un rapport sur le thème général de la conférence et une évaluation des activités et mesures entreprises, par les Etats membres et le Conseil lui-même, depuis la 7è conférence ministérielle, à Helsinki en 2002.
Si le Pacte européen sur les migrations proposé par la France, qui préside actuellement l’Union européenne, ne fait pas partie des documents de travail, le ministre français Brice Hortefeux, présent à Kiev, ne manquera pas d’en faire mention. D’autant que plusieurs partenaires de Paris le trouvent « intéressant », même s’ils sont parfois irrités par l’attitude française, par trop « donneuse de leçon ».


De grandes disparités dans les politiques suivant les pays

Selon des experts du Conseil de l’Europe, beaucoup de pays cherchent le moyen d’ouvrir le marché de travail européen aux migrants tout en préservant leur sécurité. Ils admettent toutefois que l’opinion publique européenne ne favorise pas pour le moment une position très libérale et ouverte. Faisant état de grandes disparités dans les politiques d’immigration, ils estiment par exemple que la Grande-Bretagne reste le pays le plus ouvert, alors que l’Italie et l’Espagne ont fait des pas en arrière tout comme les Pays-Bas, la France adoptant, malgré les critiques, une position plutôt modérée. Le Danemark, pays très fermé, a adopté un nouveau programme plus souple, alors que l’Espagne est plus avancée en matière d’intégration. Parmi les nouveaux membres de l’UE, la République tchèque est considérée comme le pays qui s’ouvre.
« Le problème est que beaucoup de migrants clandestins restent dans les pays d’Europe de l’Est et que ce problème migratoire n’est pas très connu en France ou en Europe de l’Oouest en général », souligne Sergey Khrychikov, du Conseil de l’Europe. « Il y a un considérable flux migratoire en Pologne, en Roumanie ou en Moldavie et il est bon que la conférence de Kiev fasse mieux connaître le problème de ces pays », souligne-t-il.
Il estime aussi que l’idée de co-développement préconisé par la France fait son chemin. Après l’Espagne, la Belgique et la Grande-Bretagne ont commencé à signer ce genre d’accords qui, au départ, étaient destinés aux pays africains et qui s’étendent peu à peu à l’Europe de l’Est ou du Sud-Est, pour des pays comme la Croatie ou l’Albanie. « La notion progresse depuis deux ou trois ans », dit-il. Pour lui toutefois, la question des migrations n’est pas encore traitée comme un défi global qu’il faut aborder de manière intégrée. « La conférence a pour objectif de coordonner les efforts dans ce sens », précise-t-il.


Des statistiques incomplètes et pas toujours comparables

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et les Nations unies s’efforcent depuis longtemps d’harmoniser les statistiques mondiales en la matière. Mais selon l’Institut national français d’études démographiques (Ined), les flux d’immigration mesurés dans les différents pays de l’Union européenne varient beaucoup d’un pays à l’autre, et il en est de même des flux d’émigration car les statistiques ne sont pas élaborées de la même façon, ce qui complique les comparaisons. D’après Eurostat, on ignore le nombre d’entrées et de sorties en 2005 pour 7 des 27 pays membres, dont la France, et quand les chiffres existent, ils ne sont pas toujours fiables ni comparables d’un pays à l’autre.

Marie Joannidis


Kiev : participants et invités

(MFI) Outre les ministres concernés des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe, participent à la conférence de Kiev les ministres de plusieurs Etats jouissant du statut d’observateur auprès du Conseil (Canada, Etats-Unis, Japon, Mexique et Saint-Siège) ou coopérant avec les Etats membres sur les thèmes de la conférence (Afghanistan, Bangladesh, Cap-Vert, Chine, Congo, Inde, Irak, Kazakhstan, Kirghizstan, Liban, Liberia, Libye, Maroc, Nigeria, Ouzbékistan, Pakistan, Sénégal, Tadjikistan, Turkménistan, Vietnam). Sont également invités à participer la Commission européenne, le Conseil de l’Union européenne et d’autres organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales.

M. J.




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