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| 16/09/2008 | |||
| Barack Obama : « Un homme politique postmoderne » | |||
| (MFI) Dans Obama, le roman de la nouvelle Amérique, un des très nombreux livres consacrés au candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis, Audrey Claire retrace le parcours de cette « étoile montante » à l’identité politique « fluide et complexe ». | |||
| « La féroce urgence du moment ». C’est ainsi que Barack Obama motive sa candidature au Parti démocrate en janvier 2007. L’expression, employée en avril 1967 par Martin Luther King, fait référence à la guerre du Vietnam qui menaçait à l’époque « la survie de la civilisation ». Le parallèle fait mouche. « Après huit années de gouvernement Bush, le pays est fatigué », explique Audrey Claire, spécialiste en stratégie politique et financière, et auteur d’Obama, le roman de la nouvelle Amérique, un des très nombreux livres consacrés à l’ascension fulgurante du jeune sénateur de l’Illinois (47 ans). « Attaques sur les libertés civiles, accusations de torture, malversations et corruption pendant la guerre en Irak »… Plus que d’alternance, les Etats-Unis ont besoin de nouvelles perspectives pour pouvoir à nouveau se regarder dans le miroir sans rougir. Lors de la Convention de Denver (Colorado), fin août 2008, cette ambition de réconcilier le pays avec le reste du monde a compté dans la victoire de Barack Obama sur Hillary Clinton. Un moment historique où, pour la première fois – au détriment de celles ou ceux qui rêvaient de voir une femme élue le 4 novembre 2008 –, un Noir venait d’être désigné officiellement candidat démocrate à la Maison blanche. La sénatrice de New York a su s’incliner devant son rival, priant les délégués d’interrompre leur vote et de l’élire par acclamation tandis que la foule, émue aux larmes, répétait inlassablement : « Yes we can ». L’esprit américain habite le candidat démocrate Engouement obamesque, Obamania des obamistes... « Comment cet homme inconnu hier peut-il susciter autant d’émotions ? (…) Qu’est-ce qui se cache derrière l’enthousiasme des foules qui l’acclament ? (…) Ce qui était une brise, un chuchotement à peine audible, est devenu un vrai vent de changement », rapporte Audrey Claire. Le changement dans lequel on peut croire, ouvrage de Barack Obama sorti le 9 septembre dernier, développe d’ailleurs les grands axes de la politique qu’il mènerait une fois élu. Au-delà du catalogue, son approche de la société est « ancrée dans certaines valeurs qui remontent aux pionniers de l’Amérique, mais aussi dans d’autres tout à fait nouvelles », analyse Audrey Claire. L’esprit américain habite le candidat démocrate dont les références vont d’Abraham Lincoln à Martin Luther King et à John Fitzgerald Kennedy, en passant par Alexis de Tocqueville. « Etre à la hauteur de nos aînés et de la promesse des générations futures », avait-il dit dans un discours très remarqué prononcé devant la Convention en 2004. « Je parle de mon rêve : ensemble, notre rêve peut devenir commun », a-t-il espéré en écho le 28 août 2008 lors de son investiture, rappelant une fois de plus dans la foulée ses origines : africaine par son père, venu du Kenya pour étudier aux Etats-Unis ; et américaine par sa mère, issue d’une famille du Midwest (Kansas) installée à Hawaï, et dont les ancêtres sont métissés d’Ecossais, d’Irlandais et d’Indiens Cherokee. « Le profond espoir que suscite Obama tient beaucoup à son parcours personnel, unique pour un prétendant à la présidence des Etats-Unis », estime le New York Times Magazine*. Dans les années soixante, raconte Audrey Claire, « le mariage mixte était encore interdit dans la moitié des Etats américains ». Divorcée quand Barack avait deux ans, sa mère lui a fait partager pendant quatre ans sa vie en Indonésie où elle s’était remariée. De retour à Hawaï, « Barry » est en partie élevé par ses grands-parents, peu fortunés mais qui le soutiennent dans son cursus scolaire. Quittant le calme de son île natale, il entre à Columbia University (New York), découvrant de « nouveaux horizons ». Il n’est plus « le seul enfant noir de la classe ». Et poursuit sa quête identitaire, prenant soin « de s’entourer d’autres étudiants noirs ». C’est à cette époque qu’il prend goût à la scène. Lors d’une manifestation anti-apartheid, il est chargé de faire un discours « qu’interrompraient quelques amis déguisés en paramilitaires qui devaient l’emmener – métaphore du silence imposé aux Noirs. » L’auditoire en a le souffle coupé. Puis, à la mort de son père, en 1982, un déclic se produit. N’admettant « ni la vision romantique de la « négritude » [développée par sa mère] ni la pauvreté réelle qui semblait souvent aller de pair » avec la communauté noire américaine à laquelle il est assimilé sans vraiment lui appartenir, il s’engage dans ce qui sera « une rédemption ». Pendant deux ans, il est animateur social dans les quartiers sud de Chicago, là où des familles « frappées par la fermeture des usines se battaient pour ne pas qu’on leur coupe l’électricité ». Un épisode qu’il commente dans Dreams from My Father, ouvrage devenu un best-seller : « Il y avait aussi de la poésie – un monde lumineux toujours présent en dessous de la surface…» Parallèlement, il se met à « fréquenter les églises par obligation professionnelle », réalisant comme il le dit dans The Audacity of Hope « que sans appartenir à une communauté de croyance particulière, je serais toujours condamné à rester à part, libre comme ma mère l’avait été, mais comme elle totalement seul ». Elitiste et populaire à la fois Audrey Claire rapporte encore les étapes de sa carrière fulgurante, son intégration à Harvard où il est le premier Africain-Américain à être élu président de la prestigieuse Harvard Law Review, sa rencontre avec sa future femme, Michelle, qui travaille dans le même cabinet d’avocats que lui, et bien sûr ses premiers pas en politique, à Chicago puis comme sénateur de l’Illinois à Washington… Barack Obama est « un homme politique postmoderne », conclut-elle, estimant que son identité politique « fluide et complexe » symbolise le nouveau visage de l’Amérique. « Noir dans une société majoritairement blanche, jeune dans un environnement qui valorise l’expérience », il est aussi bien familier de la côte Est que du Midwest. Mais son « ambivalence – ou versatilité – n’est pas seulement géographique ». Elitiste et populaire, qui a reçu la meilleure éducation mais qui a aussi vécu dans les quartiers pauvres, il est, citant son conseiller politique David Axelrod, « un intellectuel aux idées compliquées, éduqué à Harvard, mais en même temps un garçon qui a été élevé par une mère seule et qui n’était pas là tout le temps ». Unité, rassemblement : sa grande force « a toujours été d’être fédérateur ». Autour de valeurs davantage « basées sur l’acceptation de la diversité et de la différence que sur un projet commun clairement défini ». Dans une société éclatée, il offre « une vision de diversité assumée », un discours « spirituel avant d’être social ». Etre ou non chrétien, opposé ou non à l’immigration n’empêche pas d’être obamiste. Une philosophie qu’elle définit comme « l’abandon de la recherche ultime de la vérité ». Pour autant, « Obama pourra-t-il changer l’Amérique comme il le promet ? » Pour le savoir, encore faut-il que le « miracle Obama » se transforme en réalité le 4 novembre. Ce qui n’est pas gagné d’avance ! * La révolution Obama. Courrier international, Juin, juillet, août 2008. 7,50 euros. Obama, le roman de la nouvelle Amérique, par Audrey Claire. Préface de Vladimir Fédorovski. Paris, éditions du Rocher, 2008, 17,90 euros. Ouvrages de Barack Obama : - Change we can believe in. Barack Obama’s Plan to renew America’s promise. Random House Inc., 2008 ; - Dreams from my father : A Story of Race and Inheritance, Three rivers press, 2004 ; - The Audacity of Hope : Thoughts on Reclaiming the American Dream. Crown publishers, 2006. | |||
| Antoinette Delafin | |||
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