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| 16/12/2008 | |||
| Questions internationales (2) L’armée du pape | |||
| (MFI) La sécurité du souverain pontife est assurée par les soldats de la garde suisse. Une tradition qui remonte à 1505. Au-delà de leur uniforme, bariolé, les gardes suisses sont armés et entraînés aux techniques de protection rapprochée. Mais la sécurité du Saint-Siège est aussi assurée par la police italienne et la gendarmerie vaticane. Trois entités entre lesquelles la coordination fait parfois défaut. | |||
| C’est la plus petite armée du monde, la plus ancienne et l’une des rares dédiée à la protection d’un seul homme : le pape. C’est aussi la plus photogénique, avec son uniforme bouffant, bleu, jaune et rouge, son casque à deux pointes (morione), surmonté d’un plumet coloré et sa fraise d’un blanc immaculé portée autour du cou, sans oublier sa hallebarde (2,30 m). Il s’agit là bien sûr du costume d’apparat car pour les services ordinaires, ils portent un simple uniforme en tissu bleu et un béret alpin. Critères : être suisse, de sexe masculin, catholique et irréprochable C’est le pape Jules II qui, en juin 1505, demanda à la Diète fédérale de lui fournir une armée. A l’époque, les soldats suisses étaient les plus réputés d’Europe. Depuis, la tradition s’est perpétuée. La garde suisse est l’armée unique de l’Etat du Vatican ; c’est aussi la seule force mercenaire autorisée par le droit helvétique. Ses 110 membres prêtent toujours le même serment : « Je jure de servir fidèlement, loyalement et de bonne foi le souverain pontife régnant et ses légitimes successeurs, de me dévouer pour eux de toutes mes forces, sacrifiant si nécessaire ma vie pour leur défense. » Pour postuler, il faut être citoyen suisse, catholique, avoir entre dix-neuf et trente ans, mesurer au moins 1,74 mètre et jouir d’une « réputation irréprochable ». Il faut également avoir effectué son service militaire et être titulaire du baccalauréat. Dernière condition : être un homme célibataire. Le mariage n’est autorisé qu’à partir du grade de caporal. Quant à l’exclusion des femmes, un ancien colonel la justifiait ainsi : « Les gardes sont jeunes, la caserne est petite et il ne doit pas y avoir de problèmes. Je ne dis pas que les femmes ne sont pas aptes à servir dans les forces de sécurité, c’est plutôt une question de discipline. Les gardes sont au service exclusif de Dieu et du pape. » Ces conditions strictes n’empêchent pas les candidatures d’affluer. « L’uniforme, le prestige de la fonction, la découverte d’un nouveau pays, la perspective de voyager, une aventure hors du commun… Toutes ces raisons m’ont incité à présenter ma candidature. En outre, avoir été garde suisse permet de trouver un bon emploi de retour au pays », expliquait Emmanuel Zufferey, agriculteur de formation et garde suisse de 2002 à 2006, dans le journal genevois L’Hebdo. Un protocole parfois contraire à la sécurité Pour certains, les gardes suisses ne sont que le symbole bariolé de fastes vaticanes d’un autre âge. « Pour les touristes, nous sommes comme Mickey à Disneyland. On nous prend sans cesse en photo ; on sert de piquet d’information dans toutes les langues », poursuit-il. Heureusement, ces bains de foule alternent avec des moments plus calmes, comme les heures passées au côté du pape lors des audiences pontificales ou les offices religieux ». En dehors des obligations protocolaires en uniforme d’apparat, les gardes suisses assurent surtout la sécurité des bureaux et des appartements privés du souverain pontife, et sa protection rapprochée lors de ses déplacements hors du Vatican. Disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, les gardes suisses alternent deux jours de travail et un jour de repos. Durant leurs loisirs, ils sont obligés d’apprendre l’italien et de faire du karaté. Nourris et logés, ils sont payés 1 200 euros net par mois. Leur vie de caserne n’est pas synonyme de vie de couvent. On les croise souvent dans les trattorie et les bars du Borgo Pio. Beaucoup se marient avec des Italiennes rencontrées dans le quartier. Mais la garde suisse a connu ses heures sombres, notamment lors de l’attentat contre Jean-Paul II, commis par Ali Agça le 13 mai 1981 place Saint-Pierre. Un échec probablement dû au poids de la tradition et du protocole. A l’époque, la règle interdisait de tourner le dos au Saint-Père. « C’est pour cela que nous n’avons rien vu venir. Si nous avions fait face à la foule, nous aurions sans doute remarqué Ali Agça et l’aurions empêché de tirer », se souvient Bernard Moret, garde suisse de 1979 à 1999 cité par Le Monde. Depuis, cette règle de politesse incompatible avec la sécurité a été abandonnée, le recrutement et la formation des gardes renforcés. Désormais, la troupe s’entraîne au maniement des armes et aux techniques de protection rapprochée, comme tout corps d’élite. La concurrence de la gendarmerie vaticane La garde suisse n’est pas la seule à assurer la sécurité du Vatican. La police italienne intervient place Saint-Pierre, notamment pour surveiller les nombreux pickpockets. Surtout, la gendarmerie vaticane, forte de 130 hommes, surveille les enceintes de la Cité papale, protège son réseau informatique, effectue des missions de renseignement, dispose du pouvoir de mener une enquête judiciaire et de procéder à une arrestation - ce que les gardes suisses n’ont pas le droit de faire -, et renforcent la protection rapprochée du pape lors des voyages à l’étranger. Ces gendarmes sont tous issus des forces spéciales de l’armée italienne. Comme l’explique Eric Frattini, l’un des meilleurs spécialistes des services secrets italiens, cité par El Publico : « La principale mission de cette gendarmerie est d’assurer l’ordre et la sécurité sur le territoire du Vatican. En la matière, le Vatican est confronté aux mêmes risques que Paris, Londres ou Madrid. Un attentat d’Al-Qaeda sur la place Saint-Pierre aurait un énorme retentissement international et serait vécu comme une victoire par les groupes islamistes. » Les observateurs soulignent cependant un manque de coordination, voire une rivalité, entre la garde suisse et la gendarmerie vaticane. Au risque d’affaiblir la sécurité de la Cité papale et de son hôte principal. | |||
| Jean Piel | |||
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