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02/06/2009
Tian’anmen, vingt ans après : lutter contre le silence et l’oubli

(MFI) Le 4 juin 2009 signera le 20e anniversaire du massacre de la place Tian’anmen. Comme chaque année, des manifestations sont prévues dans le monde entier. Pas partout. En Chine, elles n’ont tout simplement jamais commencé.

Trop de corruption, un népotisme inadmissible. En ce 17 avril 1989, à Pékin, des étudiants et intellectuels se regroupent pacifiquement –en hommage au réformateur Hu Yaobang, démis en 1987 et décédé deux jours plus tôt – pour exprimer leur mécontentement face au régime chinois, réclamer des réformes politiques et la démocratisation du régime. Les manifestations durent plusieurs semaines, s’étendent à plusieurs provinces, Fin mai, certains étudiants entament une grève de la faim. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, alors que la loi martiale a été déclarée quelques jours plus tôt, l’armée investit les lieux, écrasant ces étudiants, tirant sans arrêt sur la foule rassemblée. En une nuit, il y aurait eu, selon les différentes statistiques, entre 300 et 2 500 morts sur cette place. Sans compter les nombreux blessés, et les milliers d’étudiants et intellectuels persécutés et emprisonnés dans des conditions terribles. Certains sont encore enfermés aujourd’hui.
Pourtant, en Chine, personne ne mentionne jamais cet épisode. Depuis le drame, les autorités chinoises ont appliqué la loi du silence, interdisant toute manifestation autour de cet évènement tragique. Les plus jeunes n’ont jamais eu connaissance de cet évènement sanglant. La mémoire collective est amputée, déformée par une propagande efficace. Les Chinois ne peuvent pas renouer avec leur histoire, ni partager un hommage à la mémoire de ces manifestants, exécutés le 4 juin 1989. Alors pour ne pas oublier, des témoins de cet épisode, souvent exilés en Europe ou en Amérique, racontent ce qu’ils ont vu.


La chose la plus triste : onze jeunes écrasés par un char militaire

Zhou Qing, qui réside aujourd’hui en Allemagne, a pris part aux évènements de Tian’anmen. Cela lui a valu deux ans de réclusion. Quand il repense à cette période, il évoque les morts, mais aussi ceux qui ont été emprisonnés. Avoir vu des jeunes systématiquement violés, subissant les travaux forcés, mal nourris et enfermés parfois dans des cachots, soulève chez lui une très forte haine contre le gouvernement chinois. Modeste, il témoigne sans oublier que son sort aurait pu être pire : « Je suis un survivant, ce n’est pas la peine de parler de nous mais de ceux qui sont morts. »
Cai Chongguo, auteur du livre J’étais à Tian’anmen (éd. L’esprit du temps, mai 2009), a réussi à s’enfuir de Chine suite au massacre, alors qu’il était recherché par la police pour son implication dans la mobilisation. L’horreur de ce carnage est un souvenir encore bien présent. Il évoque notamment la chose la plus triste qu’il ait vue : onze jeunes écrasés par un char militaire. Aujourd’hui en exil, résidant dans la région parisienne, il lutte pour que la jeune génération comprenne ce qui s’est passé en 1989. Cai Chongguo soulève une question essentielle : depuis vingt ans personne ne parle de ça en Chine, alors comment faire pour comprendre la société chinoise ? « On n’arrive pas à comprendre notre propre identité », résume-t-il.
En effet, la propagande du gouvernement fonctionne. Lorsque Zhang Jian, autre rescapé des massacres du 4 juin, parle de ce qu’il a vu sur la place Tian’anmen la nuit du 4 juin, les jeunes ne le croient pas. Il faut leur faire tâter la balle logée dans sa cuisse pour être enfin crédible. Mais, même en montrant cette preuve, les jeunes Chinois ont du mal à comprendre que le Parti communiste chinois est responsable de ce massacre.
Pour Pierre Bergé, homme d’affaires et mécène français, engagé depuis de longues années pour la démocratie en Chine, la seule solution pour faire avancer les choses est que les gouvernements occidentaux s’en mêlent. Le gouvernement chinois doit proposer des réformes démocratiques, à commencer par le droit de commémorer ces évènements : « Je regrette profondément que les gouvernements, et notamment la France, patrie des droits de l’homme, ne pèsent pas de tout leur poids pour obliger la Chine à faire des progrès sur les droits de l’homme. » Et lorsqu’on lui demande comment, selon lui, les gouvernements occidentaux pourraient peser sur la balance, il répond simplement : « La première chose qu’un gouvernement doit faire, c’est avoir des convictions. Encore aujourd’hui, la lâcheté l’emporte sur les droits fondamentaux. »

Camille Dubruelh


Commémorations à Paris

(MFI) L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France) se mobilise en faveur des citoyens chinois qui défendent la mémoire de Tiananmen.
- 3 juin /19h-21h – veillée sur le parvis des droits de l’homme au Trocadéro à Paris
Un rassemblement se tiendra en hommage aux victimes de la répression de 1989, en présence de dissidents chinois et de personnalités. Les manifestants sont invités à venir avec une bougie, qu’ils allumeront pendant la veillée.
- 4 juin à partir de 19h : soirée spéciale à la Maison des métallos
Au programme : projections, discussions, concerts, témoignages de dissidents, lecture de poèmes, exposition de peintures d’un artiste chinois réfugié en France. A cette occasion, le documentaire Il n’y a pas eu de morts sur la place Tian’anmen, sera diffusé en avant-première. Il relate l’histoire de Zhang Jian, rescapé des massacres du 4 juin, blessés par trois balles cette nuit-là.
Entrée libre sur réservation : la Maison des métallos, 94 rue Jean Pierre Timbaud- Paris 11e
01 47 00 25 20 reservation@maisondesmetallos.org
L’ACAT propose aussi une pétition à signer en ligne, pour obtenir du gouvernement le droit de commémorer les évènements de Tian’anmen, et la fin des persécutions subies par les victimes de 1989 et leurs familles (http://www.acatfrance.fr/petition_detail.php?id=8)

C.D.




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