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27/10/2009
Première mondiale : Union africaine : protéger les déplacés et réfugiés

(MFI) Adoptée le 23 octobre 2009 à Kampala, la convention sur les déplacés internes, rapatriés et réfugiés, destinée à protéger les quelque 17 millions de déracinés d'Afrique, est unique en son genre. Cette convention impose aux pays signataires de venir en aide aux déplacés internes, et entend devenir un outil de prévention des déplacements forcés.

L'Union africaine (UA) a adopté, lors d'un sommet spécial à Kampala, en Ouganda, les 22 et 23 octobre 2009, une Convention destinée à protéger les déplacés internes. Cette convention impose aux pays signataires de venir en aide aux déplacés internes, et entend devenir un outil de prévention des déplacements forcés. Adoptée par l'UA, et déjà signée* par 17 des 53 Etats membres qui ont décidé d'entamer le processus de ratification, elle doit servir de « cadre légal et institutionnel contraignant pour la prévention des déplacements internes et l'assistance aux déplacés ». Les Etats ont aussi adopté une déclaration de principe, dite de Kampala, sur les réfugiés, rapatriés et déplacés, s'engageant notamment à lutter contre l'impunité en assurant « la responsabilité individuelle pour les actes de déplacement arbitraire, en accord avec les lois intérieures et le droit criminel international ». Dans son discours d'ouverture, le président ougandais Yoweri Museveni a affirmé « qu'aucun pays ne devrait être autorisé à rejeter ses propres citoyens ».

« Une fois encore, l'Afrique ouvre la marche »

Au-delà des conflits armés, la convention couvre les causes principales du déplacement, y compris les obligations des gouvernements envers leurs citoyens fuyant des catastrophes naturelles ou causées par l'homme ainsi que les personnes déracinées de leurs terres accaparées dans le cadre de projets de développement. Les personnes déracinées de force trouveront dans la convention l'éventail complet des droits dont ils devraient bénéficier - avant, pendant et après le déplacement. « Chaque déplacé du fait d'un conflit ou d'une catastrophe naturelle est une personne, souvent une femme ou un enfant, qui pourrait souffrir de malnutrition ou vivre dans la crainte d'un recrutement forcé ou d'un viol, une personne dont le potentiel n'est pas exploité, dont les rêves ne se matérialisent pas et qui ne peut contribuer à la société. Vous êtes réunis pour forger un avenir meilleur », a estimé le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés António Guterres devant les délégués présents. Le statut de réfugié et le déplacement interne « ne doivent pas constituer un héritage se transmettant génération après génération », a ajouté le Haut Commissaire, qui s'adressait à la conférence au nom du secrétaire général des Nations unies Ban ki-Moon. « Une fois encore, l'Afrique ouvre la marche », a conclu António Guterres. En effet, « en adoptant cette convention, nous mettons aussi au défi la communauté internationale, en particulier l'Onu, pour qu'elle commence à adopter un instrument similaire qui s'appliquera au monde entier pour garantir les droits des déplacés », a souligné le président zambien Rupiah Banda. La convention entrera en vigueur après la ratification d'au moins 15 Etats membres de l'Union africaine. Son succès se mesurera véritablement « lorsque nous commencerons à voir que le déplacement décroît, que davantage de solutions efficaces sont mises en ouvre pour les personnes déplacées et enfin, avant tout, quand les souffrances immenses causées à un si grand nombre de déplacés sur ce continent disparaîtront », a souligné un haut fonctionnaire de l'Onu. Selon le HCR, le phénomène du déplacement interne continue à croître sur le continent africain, alors même que le nombre des réfugiés diminue progressivement. Au début de 2009, l'Afrique abritait environ 11,6 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays, soit 45 % de la population déplacée interne à travers le monde. Le continent compte également 2 659 000 réfugiés et demandeurs d'asile. Quelque 2 millions de personnes sont devenues des déplacés internes l'année dernière.

Né en 1951, le HCR ne devait exister que trois ans.

Créé par une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 1950, le HCR ne disposait en 1951que d'une équipe de 33 personnes et d'un budget de 300 000 dollars. Son mandat initial, qui devait se limiter à trois ans, consistait à aider la réinstallation d'un million de réfugiés déracinés en Europe par la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, l'agence onusienne, dont le siège se trouve à Genève, est présente dans plus de 120 pays. La sécurité des réfugiés et déplacés mais aussi des travailleurs humanitaires constitue une des grandes préoccupations actuelles des organisations humanitaires de l'Onu mais aussi des autres comme le Comité international de la croix rouge (CICR). Le HCR avait décidé ces dernières années de limiter son action aux réfugiés, faute de moyens, laissant de côté les déplacés. Mais les chiffres ont la vie dure et la poursuite des conflits et leur cohorte de déplacés, tout comme l'accaparement des terres dans certains pays, ont remis ce problème sur le devant de l'actualité.
Marie Joannidis


* Le président Yoweri Museveni a signé le premier ce texte, s'engageant à le faire ratifier dans les plus brefs délais. Les autres signataires sont la Zambie, le Zimbabwe, la Somalie, la République arabe Sahraouie (reconnue seulement par l'UA), le Burundi, le Rwanda, la Guinée équatoriale, la Centrafrique, la Namibie, l'Ethiopie, la Gambie, le Congo, le Nigeria, Djibouti, le Libéria et la Sierra Leone.



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