| |||
| 17/11/2009 | |||
| Crise guinéenne, risques régionaux (2)
Il y a trop d'armes en Afrique de l'Ouest | |||
| (MFI) La déstabilisation de la Guinée et les trafics d'armes dans la région menacent tous les voisins de la Guinée dont plusieurs sortent à peine de conflits civils interminables. | |||
| Etant donné le « rôle pivot » qu'a pu jouer la Guinée dans les conflits libériens et sierra-léonais, « certains des liens forgés à l'époque sont en train de réapparaître », avertit International Crisis Group (ICG) (1). Ainsi, la visite de Sidiki Konaté, porte-parole des Forces nouvelles, l'ancien mouvement rebelle de Côte d'Ivoire, le 14 septembre, « et ses déclarations en faveur de la junte », pourrait laisser augurer « de nouvelles alliances régionales », à un moment où la Côte d'Ivoire vient une nouvelle fois de différer la présidentielle et que les Com' Zones « font preuve d'une autonomie croissante vis-à-vis de leur ancien chef et maintenant Premier ministre, Guillaume Soro ». Ce dernier, à en croire le site rewmi.com, viendrait d'ailleurs de passer « deux jours sans mettre les pieds dehors », à Abidjan, « cible d'un groupe de mercenaires venu spécialement exécuter un contrat » contre lui. Bruits de bottes, miliciens, chiens de guerre, trafics d'armes illicites. Le dernier rapport de l'Onu fait encore état de violation de l'embargo imposé à la Côte d'Ivoire par le Conseil de sécurité. Notamment au Nord, où les armes qui parviennent aux ex-rebelles (en voie de démilitarisation et de réintégration ?) seraient vendues ou transiteraient par le Burkina Faso et par la Guinée par l'intermédiaire des fameux « bérets rouges » du capitaine Dadis Camara. Des armes cachées sous la coque des bateaux remontant le Djoliba Il y a décidément trop d'armes en circulation en Afrique de l'Ouest - entre 7 et 10 millions selon les estimations - entre les mains de toutes sortes de mouvements rebelles mais aussi de criminels. La prolifération d'armes légères, spécialement dans les pays voisins de la Guinée, concerne aussi la Guinée-Bissau, où le président Joao Bernardo Vieira, vieil ami du général Conté, a été brutalement assassiné en mars 2009, ainsi que son chef d'état-major. Au-delà, il concerne le Sénégal, et son foyer de tension permanent qu'est la Casamance. Sans oublier le Mali, dont le territoire est devenu le lit de tous les trafics illicites, transitant parfois sous les coques des bateaux qui remontent le grand fleuve Djoliba. Un exemple parmi d'autres. Par voie terrestre celui-ci : en février 2009, une importante saisie d'armes de guerre a été opérée à la frontière guinéenne par la douane malienne de Kouremalé, à une centaine de kilomètres de Bamako. L'arsenal saisi dans un camion remorque comportait notamment, dissimulé dans diverses marchandises, « 2 mortiers, 12 pistolets-mitrailleurs, 9 lance-roquettes de marque russe et tchèque, 12 roquettes, 12 allumeurs, des accessoires, deux plaques de base servant de support aux lance-roquettes », rapporte rewmi.com, ajoutant que ces armes « sont destinées aux véhicules de combat et aux chars » et « manipulables seulement par des spécialistes formés à cet effet ». S'agissait-il d'armes volées à l'armée guinéenne ou de matériel recyclé provenant des anciens conflits de la région du fleuve Mano ? Quelle était leur destination finale ? Le septentrion malien, à destination des différentes rébellions touarègues du Mali ou du Niger, ou de la nébuleuse d'Al-Qaeda au Maghreb islamique ? Le Sahel - entre Algérie, Mauritanie et Mali - est hélas aujourd'hui devenu une plaque tournante de tous les trafics. (1) Pour en finir avec le pouvoir militaire. Briefing Afrique de Crisis Group n°66, 16 octobre 2009. Les Etats exportateurs d'armes sont aussi responsables des conflits (MFI) Pour la Croix-Rouge, 90 % des conflits sont causés par la prolifération d'armes légères. On oublie trop souvent de mentionner que la plupart de ces armes entrent légalement dans les pays concernés. Un traité censé réglementer leur commerce (Arms trade treaty, ATT) était examiné en octobre à l'Onu. L'occasion pour un collectif d'ONG, Amnesty International et Oxfam en tête, de publier un rapport (Dying for action) qui met en avant la responsabilité des Etats exportateurs. Le 14 octobre, Amnesty International appelait plus précisément les Etats concernés à suspendre toute livraison de matériel militaire à la Guinée. La France, principal exportateur, venait de suspendre ce commerce avec les pays d'Afrique de l'Ouest après les tragiques événements du 28 Septembre à Conakry. AI a affirmé cependant qu'un officier de police avait été photographié à Conakry, le 1er octobre, portant un lance-grenade (Cougar 56 mm) et des grenades de fabrication française. La décision de la France était au demeurant jugée « trop tardive » par Brian Wood, le responsable de ces questions à AI, qui espère que le traité permettra enfin de mieux prévenir les crises humanitaires. Et de rappeler que la France, l'Espagne et le Portugal ont déclaré à l'Onu qu'entre 2006 et 2008, avoir exporté pour plus de 5m $ de munitions à ce pays. A. Delafin | |||
| Antoinette Delafin | |||
|