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| 12/01/2010 | |||
| Dialogue sur le tabou arménien | |||
| (MFI) Dans une conversation à bâtons rompus, un Turc et un Arménien confrontent leurs parcours personnels et familiaux tout en évoquant les grands événements qui ont marqué l'histoire de leurs deux peuples. Avec en toile de fond le génocide arménien de 1915, c'est aussi une page méconnue de l'histoire européenne qui nous est livrée - entre Asie mineure et Europe orientale. | |||
| En décembre 2008, près de 30 000 Turcs signaient une pétition où ils demandaient pardon aux Arméniens pour la « Grande catastrophe », un terme pudique par lequel ils désignent le génocide arménien de 1915. « Merci aux citoyens turcs », répondaient dans la foulée une soixantaine d'Arméniens de la diaspora. C'était la première fois que les « ennemis » abordaient ce sujet tabou. Car le drame arménien n'a toujours pas trouvé d'apaisement en Turquie, où les signataires de la pétition ont d'ailleurs été inquiétés. Ariane Bonzon, une journaliste qui vit entre Paris et Istanbul, a voulu poursuivre cette amorce de dialogue, mettant face à face, dans un livre, le récit de l'un des signataires de la pétition, le Turc Ahmet Insel, directeur du département d'Economie de l'université de Galatasaray (Istanbul), et celui de l'un des initiateurs de la réponse, l'Arménien Michel Marian, philosophe et maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris. Deux familles dans la tourmente du début du XXe siècle Dans cette conversation à bâtons rompus réalisée au printemps 2009, les protagonistes racontent leurs parcours personnels et familiaux tout en évoquant les grands événements qui ont marqué l'histoire de leurs deux peuples. Deux familles, l'une arménienne, l'autre turque, « chacune à l'une des deux extrémités de l'Empire ottoman, plongées dans la tourmente du début du XXe siècle ». « Nos souvenirs d'enfance, Ahmet, diffèrent. Les miens sont centrés sur la famille, les tiens sur le voisinage. » Une partie de la famille de Michel a été tuée pendant le génocide et l'autre a fui pour se réfugier en Arménie soviétique ou en France. Celle d'Ahmet, « en partie victime du confit turco-grec, avant et après 14-18, ira s'installer à Istanbul ». Ainsi, l'histoire des deux familles, très présente dans l'esprit des descendants, « évoque une page méconnue de l'histoire européenne » La chape de plomb s'est abattue sur les millions d'Arméniens « En 1918, l'Empire ottoman finissant a bien tenté de faire juger l' "acte honteux" par ses tribunaux, rappelle Ariane Bonzon, quelques seconds couteaux ont été exécutés, mais l'affaire fut bien vite oubliée lorsque la République de Mustafa Kemal a voulu se construire une autre identité, turque et musulmane. Puis l'Europe a été emportée par d'autres dérives. » d'Arméniens vivant en République soviétique tandis que leurs frères de la diaspora réclamaient - dans l'indifférence générale - une reconnaissance du génocide. Une question qui est bien sûr au cour de ce dialogue. Mais ce qui n'avait pas été prévu, c'est que les deux hommes sont venus au rendez-vous avec « une cohorte de personnages d'autrefois, au premier rang desquels leurs propres grands-pères, Garnik Aslanian, fils de notable d'Erzurum et miraculeusement épargné par le génocide, et Ahmed Faïk, membre d'Union et progrès et kémaliste de la première heure ». Deux visions sur une même histoire. Et au final, un récit passionnant. Ahmet Insel, Michel Marian : Dialogue sur le tabou arménien. Animé par Ariane Bonzon. Editions Liana Levy. 15 euros. | |||
| Antoinette Delafin | |||
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