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| 27/04/2007 | |||
| La voiture, une pandémie hautement mortelle | |||
| (MFI) L’Organisation mondiale de la santé lance un cri d’alarme. Avec près de 1,2 million de morts par an suite à des « accidents » de la circulation, le bilan de l’usage des véhicules motorisés dans le monde « s’apparente à celui d’une guerre mondiale ». Et l’Afrique a le triste privilège d’être le continent le plus dangereux. | |||
| Avait-on conscience que la voiture faisait autant de morts, de blessés, de handicapés et de miséreux suite à des soins coûteux ? L’expression même « accidents de la route » - qui fait penser à un événement inévitable, un malheur tombé du ciel – devrait être revue. Margaret Chan, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la récuse d’ailleurs. « Il ne s’agit pas d’accidents, il n’y a pas de fatalité, a-t-elle déclaré, nous devons rejeter l’idée qu’ils sont inévitables et adopter une approche préventive dynamique. » La route fait donc près de 1,2 million de morts chaque année, 12 millions en dix ans soit la population de bien des pays, et ce terrible bilan doublera d’ici à 2020 si rien n’est fait, prévient l’OMS. Sur ces morts, 90 % se produisent dans le Tiers Monde. Et l’Afrique est de loin le continent le plus dangereux avec plus de 24 morts pour cent mille habitants par an sur les routes – contre 18 au Moyen Orient et 11 dans les pays industrialisés, la Suède étant le pays qui compte le moins de morts sur la route. Une campagne de l’OMS et de l’ONU cible en priorité les jeunes, avec la « Première semaine des Nations unies pour la sécurité routière » du 23 au 29 avril 2007. Un rapport intitulé Les jeunes et la sécurité routière révèle que près de 400 000 jeunes de moins de vingt-cinq ans sont tués chaque année et que les traumatismes dus aux « accidents » de la circulation sont la première cause de mort chez les 15-19 ans, la deuxième chez les 10-14 ans et les 20-24 ans, la troisième chez les 5-9 ans. Sans compter les millions de blessés et de handicapés à vie. Des enfants de 5 à 10 ans Les morts et les blessés, les handicapés, sont-ils d’abord les conducteurs eux-mêmes ? La plupart du temps, non. L’immense majorité des victimes sont ce que les organisations internationales appellent des « usagers de la route vulnérables » : passagers dans des transports publics, des voitures ou des motocyclettes, et beaucoup de piétons. « En Afrique, où les taux de décès sont les plus élevés, 50 % des morts sont des enfants de 5 à 10 ans, souligne le Dr Etienne Krug, directeur du Département pour la prévention de la violence et des traumatismes à l’OMS. Des enfants qui se rendent à l’école, qui jouent dans la rue ou près d’un marché... » Quelles que soient la qualité ou la vétusté des véhicules et des infrastructures, elles ne peuvent à elles seules justifier cette hécatombe et ces souffrances. L’OMS en appelle donc à une plus grande responsabilisation des conducteurs – « On ne fait pas du 120 à l’heure sur une route mal entretenue ! On ne double pas sans visibilité ! » - ainsi que des pouvoirs publics. C’est en insistant sur un minimum de règles à respecter que les pays du Nord ont réduit le nombre de morts et de blessés : limitation de la vitesse, ceinture de sécurité, port du casque pour les motards et les cyclistes, instauration d’un examen pour l’octroi du permis de conduire, sanction de la conduite en état d’ivresse. A ceci, il faudrait ajouter des services de secours et d’urgences hospitalières performants, ainsi que des espaces de jeux sécurisés pour les jeunes enfants, préconise l’OMS. Dans chaque pays, il devrait y avoir un organisme public en charge de la sécurité routière, doté d’un minimum de moyens et interlocuteur de la coopération internationale en la matière. Et autant pour la pollution… Mais la catastrophe due à la circulation automobile est encore plus énorme puisqu’aux morts dues aux « accidents » (seul objet du présent rapport de l’OMS) il faudrait ajouter celles causées par la pollution de l’air. L’atmosphère est devenue irrespirable dans la plupart des villes du monde, et les cités africaines ne sont pas, là encore, les mieux loties. Selon les dernières estimations scientifiques (Cohen et al., 2004), la pollution de l’air urbain, causée en bonne partie par la circulation, provoquerait 800 000 morts prématurées chaque année dans le monde ! Et de nombreuses études récentes font le lien entre pollution urbaine et différents troubles de santé, jusqu’aux plus graves : irritation des yeux, du nez, de la gorge ; maux de tête, vertiges, nausées ; aggravation des inflammations, des maladies respiratoires, de la bronchite chronique, des allergies et de l’asthme ; risque accru de maladies cardiovasculaires (dont infarctus) et d’attaques cérébrales ; atteintes neurologiques chez les enfants ; cancers (notamment du poumon chez les non fumeurs, du nasopharynx, de la vessie, leucémies…). Il y a deux ans, une étude française suggérait que vivre près d’un garage ou d’une station-service pourrait quadrupler le risque de leucémie infantile. Une autre étude, britannique, parue dans le Journal of Epidemiology, montrait que des cancers de l’enfant sont fortement liés à la pollution de l’air par les gaz d’échappement des véhicules. « Vivre à moins de 500 mètres d’une gare routière ou d’un grand axe multiplie par 12 le risque pour un enfant de décéder d’un cancer », avait constaté le Pr George Knox de l’université de Birmingham. Outre le monoxyde de carbone, le dioxyde d’azote ou de soufre, le formaldéhyde ou le benzène largués par tous les véhicules, les fines particules émises par les moteurs diesel sont particulièrement nocives. Au total, combien de millions de morts sont-ils dus chaque année à une circulation devenue partout effrénée, et cela sans que cette circulation réponde la plupart du temps à de réels besoins humains ? | |||
| Henriette Sarraseca | |||
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