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| 31/07/2007 | |||
| Chronique Environnement | |||
| Côte d’Ivoire : la déforestation en question (MFI) « Peuple ivoirien, sois vigilant, ta forêt se meurt » ; « Danger à l’horizon, sauvons nos forêts. » Ce sont quelques uns des slogans scandés par les centaines de manifestants qui, le 23 juillet, ont envahi les rues d’Abidjan à l’appel du Groupe écologique-Côte d’Ivoire (GECI) et d’Ecologia. Au centre de leurs accusations : des ministres et des hauts fonctionnaires qui vendraient illégalement des concessions aux industriels du bois, ou cèderaient à des agriculteurs des terrains à l’intérieur même des parcs nationaux. Ainsi le Parc national de la Marahoué, à 350 km au nord-ouest d’Abidjan, pourtant riche de 165 essences d’arbres différentes, ressemble aujourd’hui à un vaste gruyère, la forêt cédant souvent la place à des plantations de café et de cacao, à des ateliers et à des habitations. A en croire Jacob N’Zi, directeur du GECI : « Sur les 123 entreprises opérant dans le secteur de l’exploitation du bois, seulement deux respectent la législation. Les autres pratiquent des fraudes massives en ne respectant pas le quota de 2000 à 10 000 mètres cubes de bois par an selon les espèces, imposé par l’Etat. » Les militants écologistes ivoiriens espèrent l’adoption de mesures strictes contre la déforestation. La veille de leur manifestation, à l’occasion de la Journée de l’arbre, le président Laurent Gbagbo avait lui-même dénoncé « ces ministres prédateurs qui bradent des portions de forêts classées aux populations rurales ou aux industriels au mépris de la loi, fragilisant l’action et l’autorité des agents forestiers ». Pourtant mis en cause par les militants écologistes, le ministre de l’Environnement, Daniel Aka Ahizi, a pour sa part lancé l’idée d’une « épargne verte » : que chaque Ivoirien plante aujourd’hui plusieurs arbres et, dans vingt ans, ceux-ci constitueront un capital sûr pour leurs enfants et petits-enfants. Près de 300 000 hectares de forêts disparaîtraient chaque année en Côte d’Ivoire. Le pays, qui comptait 16 millions d’hectares de forêts dans les années soixante, n’en compte plus que six millions aujourd’hui. Ces forêts renferment souvent des bois précieux comme l’iroko, l’acajou ou le bahia. Responsable de l’ONG Ecologia, Kouadio Gnamien estime que le non-respect de la législation sur l’exploitation des forêts a fait perdre plus de 200 millions de dollars entre 2003 et 2006 à l’Etat ivoirien. Cette déforestation est notamment due à la culture du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, qui se pratique dans les zones boisées. Chine : une croissance très polluante… et mortelle (MFI) La Chine incarnerait-elle l’antithèse du développement durable ? Un rapport de la Banque mondiale soutient que l’impressionnante croissance chinoise est écologiquement non-viable. L’Empire du Milieu est déjà le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, devant les Etats-Unis ; 17 des 20 villes les plus polluées de la planète sont chinoises, et le tiers des cours d’eau est gravement pollué. L’année dernière, la plus grande réserve d’eau douce du nord de la Chine, le lac Baiyingdian, était à l’agonie, asphyxié par des algues vertes et des milliers de poissons morts. On pourrait encore évoquer la gestion des déchets ou la préservation de la biodiversité. Selon la Banque mondiale, l’impact environnemental de la croissance en Chine sera un jour insupportable ; c’est inéluctable. D’autant plus que les autorités disent vouloir quadrupler le PIB du pays d’ici 2020. Le coût humain de cette pollution est terriblement élevé. A en croire le rapport de l’institution financière, elle serait en effet à l’origine de 800 000 décès prématurés par an : 450 000 du fait de la pollution de l’air, 300 000 à cause de la toxicité des matériaux de construction et 60 000 (dont 30 000 enfants) à cause de l’eau insalubre. Encore s’agit-il de fourchettes basses. Le coût économique est aussi très lourd. Selon la plupart des experts, les atteintes à l’environnement font perdre à Pékin au moins 10 % de son PIB, soit plus de 225 milliards de dollars. Les autorités chinoises ne contestent pas ces chiffres, mais elles en interdisent la publication. Et cela parce que la pollution et ses conséquences sont l’une des premières causes de troubles sociaux en Chine. Elles rappellent néanmoins que le pays produit moins de gaz à effet de serre par habitant que les Etats-Unis, et que les investissements dans la protection de l’environnement ont été multipliés par dix depuis 2003. Mais elles reconnaissent aussi que la croissance économique reste la première des priorités. La crise de l’anchois illustre l’appauvrissement des océans (MFI) L’interdiction prononcée par la Commission européenne de pêcher l’anchois dans le golfe de Gascogne – au grand dam des pêcheurs français – est une nouvelle illustration de l’appauvrissement des ressources halieutiques, à en croire les scientifiques de l’Institut français de recherche pour l’exploitation des mers (Ifremer). Quelque 100 millions de tonnes de produits marins (poissons, mollusques et crustacés) sont consommés chaque année dans le monde depuis 2002, soit six fois plus qu’en 1950. La demande devrait encore augmenter de 2 % par an jusqu’à 2020. Or selon la FAO, la moitié des stocks halieutiques mondiaux sont exploités au maximum de leur potentiel depuis trente ans, un quart est sur-exploité ou déjà épuisé et un quart seulement est modérément exploité. Si la tendance actuelle se poursuit, la quasi-totalité des espèces de poissons et crustacés propres à la consommation aura disparu d’ici 2050. Un scénario catastrophe auquel ne croit pas Philippe Gros, directeur de recherche à l’Ifremer : « Les extrapolations sur la base de tendances passées sont rarement justes. La pêche évolue, les filets sont plus précis, les réglementations plus strictes, les rejets diminuent. Mais il est vrai que pour protéger certaines espèces, il faut impérativement réduire l’effort de pêche. » De son côté, l’Union européenne veut en finir avec le gaspillage, et revenir d’ici 2015 à un mode d’exploitation des ressources plus équilibré afin de ne pas compromettre l’avenir des stocks. Sa décision d’interdire la pêche à l’anchois a ainsi été prise après l’avis d’un comité scientifique. Le seuil de sécurité biologique de l’anchois – en deçà duquel l’espèce est menacée – se situe autour de 33 000 tonnes. Or en 2006, le stock d’anchois dans le golfe de Gascogne était de 18 600 tonnes. « L’expérience a montré que, quand on prononce un moratoire sur la pêche, la mer est bonne fille puisque les stocks se redressent rapidement », souligne Stephan Beaucher, de Greenpeace. Mais pour être efficace, un moratoire ne doit pas intervenir trop tard. Ainsi, l’interdiction de la pêche à la morue canadienne, prononcée en 1992, n’a toujours pas permis, quinze ans après, de reconstituer les stocks. | |||
| Jean Piel | |||
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