| |||
| 25/11/2008 | |||
| Chronique Environnement : L’Afrique parle d’une seule voix pour réformer le MDP ; Requiem pour les requins de la Méditerranée ; Des nuages de pollution au-dessus de l’Asie. | |||
| L’Afrique parle d’une seule voix pour réformer le MDP (MFI) A l’occasion de la conférence des ministres africains de l’Environnement, organisée le 19 novembre à Alger, l’ensemble des pays du continent a adopté une plate-forme commune en vue des prochaines négociations onusiennes sur le réchauffement climatique. « L’Afrique entend parler d’une seule voix dans ce domaine. Elle veut peser pour qu’un accord soit conclu lors de la conférence de Copenhague en décembre 2009, et ainsi prolonger le Protocole de Kyoto », a déclaré Abdelkader Messahel, le ministre algérien des Affaires africaines. Jusqu’à présent, les 53 pays africains, souvent divisés, assistaient en spectateurs aux négociations sur le climat, pesant peu face à l’Union européenne, à la Chine et aux Etats-Unis. Cette plate-forme africaine commune préconise une réforme du mécanisme de développement propre ; mécanisme défini par le Protocole de Kyoto et qui permet aux pays industriels de compenser une partie de leurs émissions de CO2 en investissant dans des projets de développement propre dans les pays du Sud, notamment en matière énergétique. « Les pays africains ne reçoivent que 2 % du total des MDP alors que l’Inde, la Chine et le Brésil en reçoivent 75 %. Le financement des MDP n’est pas adapté à l’Afrique ; il faut le réformer », a défendu Cherif Rahmani, le ministre algérien de l’Environnement. Cette plate-forme africaine prévoit également la création d’une « task-force » qui permettra au continent d’intervenir plus efficacement dans le débat sur le réchauffement, notamment entre deux conférences onusiennes. Parlant au nom de toute l’Afrique, cette « task-force », qui se veut plus rapide et plus flexible, sera composée dans un premier temps de l’Algérie, de l’Afrique du Sud et du Soudan. Deux autres pays – qu’il reste à désigner – pourraient la rejoindre. Enfin, la plate-forme africaine appelle à la création d’une « alliance intercontinentale » qui reste à définir, mais dont l’idée est d’être un cadre de partage d’expériences et de technologies en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Pour les observateurs, il s’agit là de l’annonce d’un renforcement de la coopération entre l’Afrique et l’Europe. « L’Afrique n’est responsable que de 3 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, mais elle risque d’être la principale victime du réchauffement. Historiquement, le continent n’a jamais pollué la planète. Les pays industriels doivent assumer leur passif historique et ne pas prendre prétexte de l’actuelle crise financière pour renier leurs engagements », a conclu Cherif Rahmani. La conférence d’Alger a aussi été l’occasion pour l’Afrique de réaffirmer ses priorités en matière environnementale : adoption d’un protocole distinct de celui de Kyoto prenant en compte la désertification et la dégradation des sols ; mécanisme financier récompensant la lutte contre la déforestation ; protection des réfugiés climatiques ; défense des ressources en eau. Requiem pour les requins de la Méditerranée (MFI) Il y a cinquante ans encore, la mer Méditerranée abritait en abondance 47 espèces de requins, parmi lesquels des grands prédateurs. Aujourd’hui, on ne croise plus que cinq espèces de squales qui ne comptent, pour certaines, que quelques individus. Tel est le résultat d’une étude menée par l’université de Dalhousie (Canada). A en croire Francesco Ferreti, l’un des auteurs de l’étude : « Le nombre de requins en Méditerranée a diminué de 97 % en un siècle. Et les rescapés sont en danger critique d’extinction. Ainsi, on sait que le requin-marteau nage toujours dans les eaux méditerranéennes. Mais personne n’en a vu récemment. Il y en a probablement moins de dix. » Il n’existe aucun quota de pêche pour les requins capturés en Méditerranée à des fins commerciales. Mais l’essentiel du déclin démographique est accidentel, à savoir les prises non voulues lors de la pêche d’autres poissons, notamment la pêche à l’espadon. En outre, les requins pêchés en Méditerranée sont parmi les plus petits au monde. « En frappant les jeunes, la surpêche affecte le potentiel de reproduction des requins. En effets, ceux-ci arrivent à maturité sexuelle tardivement et ils ont peu de petits au cours de leur vie puisque leur temps de gestation est de deux ans », explique Francesco Ferreti. Les requins jouent un rôle-clé dans l’équilibre des écosystèmes marins. Leur disparition aura donc des répercussions en chaîne sur toute la vie sous-marine en Méditerranée. Des nuages de pollution au-dessus de l’Asie (MFI) Les fumées des usines, du trafic automobile et de toutes les combustions fossiles forment, surtout au-dessus de l’Asie, des nuages bruns d’une épaisseur parfois supérieure à 3 km et qui aggravent le réchauffement climatique. C’est ce qu’ont observé des scientifiques lors d’une étude menée pour le PNUE, le Programme des Nations unies pour l’environnement. Ces nuages sont également présents au-dessus de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Afrique du Sud. Mais ils sont plus inquiétants en Asie du fait de la densité démographique et du développement économique de la région. Sur 13 mégapoles touchées par ce phénomène dans le monde, dix sont asiatiques. Composés de particules de carbone et de suies, ces nuages – souvent invisibles à l’œil nu – contribuent au réchauffement en absorbant les rayons solaires. Ils affectent le régime des pluies en retenant l’eau plus longtemps et détériorent la qualité de l’air, d’où une fréquence accrue des maladies respiratoires dans les grandes villes asiatiques. Selon Veerabhadram Ramanathan, qui a coordonné cette étude : « La surmortalité due à la pollution atmosphérique en Asie est d’environ 340 000 morts par an. ». Les scientifiques craignent également que ces nuages bruns affectent la production agricole dont les rendements sont liés à la capacité de photosynthèse des plantes. | |||
| Jean Piel | |||
|