Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Science Technologie Liste des articles

18/08/2009
Chronique Environnement : Les négociations sur le climat sont au point mort ; La mouche tsé-tsé s’attaque aux villes ; Les poissons plus petits à cause du réchauffement.

Les négociations sur le climat sont au point mort

(MFI) Organisée dans le cadre de la Convention de l’Onu sur le changement climatique, la conférence préparatoire de Bonn s’est achevée le 14 août sur un constat d’échec. Cela augure mal du résultat de la conférence de Copenhague, censée définir, en décembre prochain, un traité succédant au protocole de Kyoto. Les discussions ont achoppé sur trois dossiers. L’Inde exige – et avec elle plusieurs pays émergents – une clause interdisant toute action contre les exportations d’un pays sur la base de sa politique climatique. Delhi a en ligne de mire les Etats-Unis où la Chambre des Représentants a adopté un projet de loi prévoyant des sanctions contre les pays qui ne limiteraient pas leurs émissions de gaz à effet de serre. « C’est du protectionnisme sous étiquette verte », a dénoncé Shyam Saran, le délégué indien à Bonn.
Second point de désaccord : les pays industrialisés, qui sont les seuls à être obligés de réduire leurs émissions de CO2 dans le cadre du protocole de Kyoto, veulent que les économies émergentes – notamment l’Inde, la Chine et le Brésil – soient soumises aux mêmes obligations, soulignant que ces pays sont désormais les principaux pollueurs. Celles-ci renâclent à s’engager, rappelant que les pays occidentaux sont historiquement les premiers pollueurs. Elles réclament en outre davantage d’aides pour moderniser leur outil de production. « Il y a un sentiment de mécontentement quant à l’effort des pays développés. Encore plus préoccupant, la persistance et même le renforcement de la tendance à essayer de faire porter la charge des efforts sur les pays en développement », s’est offusqué le délégué chinois.
Troisième différent : les 80 pays les plus pauvres et les îles-Etats (comme le Vanuatu) réclament des pays industrialisés qu’ils réduisent de 40 % (par rapport à 1990) leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 (contre 15 à 21 % réduction acceptée). « Les pays les plus pauvres ne sont pas responsables du changement climatique, mais ils en supportent les plus graves conséquences. La famine, la maladie, la pauvreté et la perte de nos gagne-pains nous touchent déjà. Ces événements menacent l’équilibre politique et social des pays, et dans certains cas l’existence même des îles-Etats », a déclaré le président du groupe des pays les moins développés, Lesothan Bruno Sekoli.
La conférence de Bonn a montré que le clivage Nord-Sud sur le réchauffement climatique reste vif. Pour Sébastien Genest, président de France Nature Environnement : « Cette situation de blocage est dramatique. Les pays industrialisés doivent annoncer des financements pour aider les pays émergents et les pays les moins avancés à faire face au réchauffement climatique. Si les sommes débloquées sont massives, on peut encore espérer un accord à Copenhague. Dans le cas contraire, ce sera très difficile. »

La mouche tsé-tsé s’attaque aux villes

(MFI) Délaissant son habitat naturel (la savane), la mouche tsé-tsé – qui provoque la maladie du sommeil – est de plus en plus présente dans les grandes villes d’Afrique de l’Ouest (en particulier Abidjan et Dakar) ainsi que d’Afrique centrale (notamment Kinshasa). C’est ce que révèle une étude de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
C’est la première fois que ce phénomène est constaté, et les chercheurs de l’IRD l’imputent aux évolutions démographiques et climatiques de ces dernières décennies. En effet, la mouche tsé-tsé vivait habituellement dans les savanes et les zones rurales isolées. Mais son milieu naturel a été détérioré par l’aridité issue du réchauffement climatique et par la destruction du couvert végétal provoquée par la croissance démographique. D’où sa migration vers les villes.
Des espèces tenaces de mouches tsé-tsé, les palpalis, se sont adaptées aux conditions urbaines. Le risque de contamination augmente avec la densité de population, d’autant que les palpalis s’attaquent davantage à l’homme que les autres espèces de tsé-tsé. Les déplacements de populations – fréquents en Afrique de l’Ouest – favorisent aussi la propagation de la maladie.
Chaque année, 50 000 à 70 000 personnes sont victimes de la mouche tsé-tsé. Il n’existe aucun vaccin et il est difficile de dépister à temps la maladie du sommeil – inéluctablement mortelle. En collaboration avec l’IRD, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé qu’elle allait renforcer son programme de lutte contre la maladie.

Les poissons plus petits à cause du réchauffement

(MFI) Que le réchauffement climatique rapetisse des organismes vivants, en outre aquatiques, personne n’avait encore osé émettre une telle hypothèse. Pourtant, une étude menée conjointement par le Centre français de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement (Cemagref) et l’Institut des sciences marines de Kiel (Allemagne) tend à cette conclusion.
Une trentaine d’espèces de poissons ont été observées dans les rivières françaises, en mer du Nord et dans la Baltique. Conclusion : qu’il s’agisse des barbeaux, des truites ou des lieux, les poissons ont perdu en moyenne 50 % de leur masse corporelle en vingt-cinq ans. Déjà accusé de favoriser les migrations des poissons vers le nord et de perturber leur saison de reproduction, le réchauffement climatique est-il une nouvelle fois responsable de cette évolution ?
« Dans chaque espèce prise isolément, on peut attribuer ces décroissances à plusieurs facteurs. Mais la seule cause commune à tous les milieux est l’élévation de la température », répond Martin Daufresne, écologue au Cemagref. Cette étude laisse cependant de nombreuses questions en suspens. Quelle est la cause biologique de cette évolution ? Cette moindre taille est-elle synonyme de fragilisation de la faune marine ? Des espèces terrestres pourraient-elles connaître une évolution comparable ? C’est encore l’inconnu. Martin Daufresne souligne que « Le risque existe de voir les chaînes alimentaires se déstabiliser, et d’assister à une explosion des petites espèces jusqu’alors contrôlées par les prédateurs ».

Jean Piel

retour