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MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

26/05/2006
Chronique Livres

Peut-on encore évangéliser l’Afrique ?

(MFI) Le christianisme a-t-il encore sa place en Afrique ? Un synode des évêques africains a répondu par l’affirmative à cette question délicate. Les hommes d’Église sont toutefois tombés d’accord pour reconnaître qu’aucune religion ne peut s’imposer telle quelle au continent. Il lui faut tenir compte de ses spécificités et être en mesure de répondre aux défis amenés par le siècle nouveau. Et ceux qui se dressent face à l’église catholique et à ses dogmes sont nombreux. Si l’Église veut être d’un quelconque secours à l’Afrique, il lui faut affronter à ses côtés les fléaux qui l’accablent et les mutations qu’elle rencontre. L’arrivée des sectes et nouveaux mouvements religieux, offrant souvent des réponses plus concrètes aux questions de leurs fidèles, les difficultés socio-économiques et les questions éthiques sont autant de thèmes que les hommes d’église doivent aborder avec les fidèles sans tenter de leur imposer une vision figée du dogme. Léonard Santedi Kinkupu, doyen de la faculté catholique de Kinshasa et membre de la Commission internationale de théologie, aborde ces questions en se montrant à la fois conscient de l’ampleur de la tâche et plein de détermination. Partisan de la rupture avec ce qu’il appelle « l’ancienne évangélisation », il prône la coordination d’une « théorie édifiante avec une pratique convaincante ». Pour lui, l’Église doit faire preuve de pragmatisme et cheminer aux côtés des chrétiens en leur offrant une véritable communauté de dialogue. Vaste programme.

Les défis de l’évangélisation dans l’Afrique contemporaine, Léonard Santedi Kinkupu, Karthala, 162 pages.

Geneviève Fidani


Dis-moi comment tu parles et je te dirai ce que tu penses

(MFI) Comment les civilisations africaines, civilisations de l’oralité par excellence, s’y prennent-elles pour produire, exprimer et archiver leur patrimoine culturel ? C’est à cette question que cherche à répondre Mamoussé Diagne dans son imposant ouvrage Critique de la raison orale. L’auteur, agrégé de philosophie et professeur à l’université de Dakar, s’attaque d’abord aux idées reçues concernant la prééminence de l’écrit sur l’oral. Il s’efforce ensuite d’identifier les contenus de la pensée africaine mais aussi ses modes d’acquisition de la connaissance et sa manière de raisonner, en évaluant l’importance du handicap que peut constituer la quasi absence du support matériel de l’écriture. L’originalité de cet ouvrage réside dans la recherche de l’auteur qui, contrairement aux linguistes, ethnologues et anthropologues qui se sont contentés d’observer et de décrire les productions de l’oralité, s’attache à découvrir les principes intellectuels qui en constituent la base. Au travers de la maxime, du proverbe, de la devinette mais aussi du mythe, du récit initiatique, du conte ou du récit historique, Mamoussé Diagne a cherché à identifier le processus de dramatisation mais aussi la fonction de production, de gestion et de transmission du savoir individuel et collectif. Ses conclusions ouvrent de nouvelles pistes de réflexion sur les rapports des civilisations africaines avec leur mémoire mais aussi avec leurs projets de société. Un essai brillant et de belles envolées philosophiques qui feront le bonheur des lecteurs curieux et des étudiants.

Critique de la raison orale, les pratiques discursives en Afrique noire, Mamoussé Diagne, Celtho-Ifan-Karthala, 595 pages.

G. F.


Quel climat pour les siècles à venir ?

(MFI) En octobre 2004, une vingtaine de chercheurs en physique-chimie, biologie, sciences de l’environnement et sciences humaines se sont réunis sous l’égide du Collège de France pour faire le point des connaissances actuelles sur le climat et tenter de prévoir ses évolutions à venir ainsi que les conséquences pour l’homme. Conscients du manque d’information, les contributeurs se proposaient d’amener leur auditoire à réfléchir sur des questions dont l’importance ne fera que croître dans les années qui viennent. La somme de leurs interventions, réunies sous le titre L’homme face au climat, débute par une présentation du climat de la Terre et des changements intervenus dans le passé. Se pose ensuite la question de prévoir ceux à venir dans les prochaines décennies et l’influence qu’ils auront sur la vie sur Terre. Les chercheurs s’efforcent également de déterminer l’influence des différents facteurs entrant en jeu dans le réchauffement climatique. Après un exposé sur les grands cycles climatiques, l’influence des astres et la position de la Terre par rapport au soleil sont également pris en considération, tout comme l’activité humaine. Les intervenants étudient ensuite l’influence des changements climatiques sur les organismes biologiques et leur impact sur les populations humaines. La dernière partie de l’ouvrage concerne les aspects économiques, juridiques et politiques des évolutions climatiques à venir. Un ouvrage destiné à ceux, simples citoyens ou gouvernants, qui souhaitent participer au sauvetage de la planète.

L’Homme face au climat, sous la direction de Edouard Bard, Odile Jacob, 444 pages.

G. F.


Ces morts qui nous gouvernent

(MFI) Comment vivre après la mort d’un proche ? Les religions diverses tentent tant bien que mal de réconforter leurs adeptes. Mais la liaison entre ceux qui restent ici-bas et leurs parents, enfants, amis et connaissances partis dans l’au-delà ne s’arrête pas subitement. Comment faire la distinction entre ceux qui sont présents physiquement et ceux qui ne le sont que par leur esprit ? Peut-être la mort, note la psychanalyste Luce Janin-Devillars dans son livre Ces morts qui vivent en nous, n’est-elle qu’une sorte « d’interruption dans le cours d’un temps que nous ne mesurons pas »… D’ailleurs, « dès les temps les plus anciens, les êtres humains ont eu besoin de mettre en place un cérémonial » pour marquer la frontière entre les morts et les vivants. Pour que le mort puisse partir le plus paisiblement possible et que le vivant ait son « droit au chagrin » il faut se préparer à la séparation. Luce Janin-Devillars tente, en associant expérience personnelle et professionnelle, de démontrer que notre vie de tous les jours est influencée par tous ces morts qui nous entourent. Notre psychogénéalogie, notre histoire familiale, nos séparations parfois déchirantes auraient une emprise sur notre quotidien. Les morts nous hantent, nous parlent, nous guident, nous protègent… et peut-être même, comme le dit le philosophe français Auguste Comte : « les morts gouvernent-ils les vivants ».

Ces morts qui vivent en nous, Luce Janin-Devillars, Ed. Fayard, 228 pages.

Darya Kianpour


Une histoire secrète du rock’n’roll

(MFI) On pourrait décrire ce livre comme une collection d’interviews données par une bande de sales gosses surdoués pour la fête et la baston, une collection d’aspirants révolutionnaires dont le seul mot d’ordre à ce jour reste « drogue, rock & roll et baise dans la rue ». Si ce livre est unique et justifie amplement son sous-titre (« Une histoire non censurée du punk racontée par ses acteurs »), c’est que ses personnages ont pour nom Andy Warhol, Nico, Lou Reed, Patti Smith, Iggy Pop, Dee Dee Ramone, David Bowie. Soit : un point de vue imprenable sur les arcanes du rock’n’roll, genèse artistique et vie(s) privée(s). Voici donc la tournée américaine des Sex Pistols (« Ils mettaient des épingles à nourrice dans le nez de la reine, ils vomissaient, juraient et disaient que c’était la fin du monde »), un Johnny Thunders (des New York Dolls) complètement drogué (« et Johnny s’est transformé en putain d’accro au speed de base parano qui délirait à bloc – genre « Descends les stores, quelqu’un nous observe dehors » –, voici encore la toute jeune Patti Smith : « Elle voulait ressembler à Keith Richards, fumer comme Jeanne Moreau, marcher comme Bob Dylan et écrire comme Arthur Rimbaud ». Please Kill me se lit comme un roman à plusieurs voix, et déroule avec flegme, autodérision et une certaine forme d’innocence paradoxale son histoire, pleine de bruit et de fureur, de drogues, de catastrophes, de sexe et de poésie. C’est finalement Legs McNeil, co-fondateur de Punk Magazine, qui a le dernier mot : « Ce qui comptait, avec le punk, c’était de faire n’importe quoi pourvu que ça choque les adultes. Etre aussi choquant que possible, c’est tout. Ca paraissait délicieux, complètement euphorisant. »

Please Kill me, Legs McNeil et Gillian McCain, Editions Allia, 627 pages.

Elisabeth Lequeret


L’amour aux cent visages

(MFI) On dit que l’arabe dispose de cent mots et expressions pour cerner l’amour et ses différents états : du bonheur à la peine en passant par l’exaltation, l’ivresse, le tourment, la brûlure, la soif, voire même le dépérissement… Une telle richesse sémantique n’est pas seulement la preuve d’une civilisation où le savoir-vivre et le savoir-aimer ont atteint un niveau rarement égalé : le déploiement du lexique amoureux permet aussi d’embrasser l’imaginaire d’une culture qui a fait de l’amour un sentiment de chair et de sang. Ce petit ouvrage, co-signé du calligraphe Lassaâd Métoui et de l’écrivain Malek Chebel, expose sur une soixantaine de pages ces cents visages de l’amour : format de poche, mais maquette aussi soignée que celle d’un beau livre, chaque calligraphie étant augmentée d’un petit texte explicatif et parfois d’un court poème. Ainsi de hawa (attirance soudaine, violente et passionnée de l’âme vers un objet) : « Ne blâmez pas un roi de s’abaisser devant l’amour, car l’humiliation de l’amour, c’est une puissance et une seconde royauté. » (Soulaïmane al-Mousta’în, 7e siècle).

Les cent noms de l’amour, Malek Chebel, Lassaâd Métoui, Editions Alternatives, 63 pages.

E. L.




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