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MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

23/06/2006
Chronique Livres

Le pétrole est-il une arme politique ?

(MFI) Journaliste et écrivain, Eric Laurent cherche dans son livre La face cachée du pétrole à démontrer comment tout ce qui concerne l’or noir est depuis toujours caché ou falsifié : le premier choc pétrolier de 1973 n’aurait été qu’un « gigantesque bluff » car il n’y aurait jamais eu de véritable pénurie, mais une entente secrète entre grandes compagnies pétrolières et OPEP pour en augmenter le prix. Il affirme que toutes les données publiées concernant les réserves mondiales de pétrole sont « totalement fausses » ou pour le moins « considérablement exagérées ». Selon l’auteur, qui s’est rendu au cours de sa longue enquête en Chine, en Asie centrale, dans la zone de la mer Caspienne et dans le Golfe et aurait eu accès à de nombreux documents confidentiels, c’est « l’arme du pétrole saoudien » qui a provoqué l’effondrement de l’Union soviétique. Les dirigeants américains auraient en effet convaincu l’Arabie saoudite d’augmenter considérablement leur production de brut dans les années quatre-vingt pour faire chuter les prix, ce qui aurait ruiné l’URSS. Selon lui, le secret d’Etat le plus soigneusement gardé est le fait que l’Arabie saoudite, premier producteur mondial, voit ses gisements arriver à terme. L’administration de George Bush, connaissant l’état réel des réserves saoudiennes, a dès son arrivée au pouvoir en 2001 planifié l’invasion de l’Irak, grand producteur. Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 n’ont servi que de prétexte à une intervention militaire dont tous les détails étaient réglés d’avance par une commission secrète sur l’énergie présidée par le vice-président Dick Cheney. Eric Laurent aboutit à un constat alarmant : désormais, pour six barils de pétrole consommés chaque jour, un seul est extrait, et nous sommes à la veille d’un choc pétrolier d’une ampleur sans précédent : « Notre arrogance nous a poussé à l’oubli et à l’inconscience. Il a fallu 500 millions d’années pour que les gisements de pétrole se créent, et moins d’un siècle pour arriver à leur épuisement… »

Eric Laurent : La face cachée du pétrole : l’enquête, éditions Plon, 2006, 411 pages.

Marie Joannidis


Le football, miroir des cultures

(MFI) Le football constitue aujourd’hui un phénomène culturel à part entière, et ses échos se perçoivent bien au-delà des stades. Un ouvrage collectif dirigé par deux historiens passe en revue son impact dans les sociétés européennes du 20e siècle. Ce sport, qui se joue à l’échelle de la planète entière, est l’un des vecteurs forts de l’identité d’un pays. Les styles et les tactiques de jeu viennent dans les imaginaires collectifs alimenter et confirmer préjugés et stéréotypes : la fougue des Espagnols, la rigueur des Allemands, la fourberie des Italiens, la détermination des Anglais… Le club de football reflète l’identité sociale, mais aussi politique et culturelle d’une ville, d’une région ou d’une entreprise. Son instrumentalisation par les hommes politiques est détaillée dans plusieurs chapitres : le Real de Madrid pendant la dictature de Franco, l’organisation de la Coupe du monde de football de 1934 dans l’Italie de Mussolini, etc. Pour finir, un article de Yvan Gastaut sur « Le football français à l’épreuve de la diversité culturelle » met en relief les déchaînements racistes des années 1930, quand la presse française se déchaînait contre le joueur d’origine autrichienne Gusti Jordan, qui n’était pas alors considéré comme digne de jouer sous le maillot de l’équipe de France.

Le football dans nos sociétés, ouvrage collectif dirigé par Yvan Gastaut et Stéphane Mourlane. Editions Autrement, 264 pages.

Isabelle Verdier


Comme un rap, une colère, un éclat de rire…

(MFI) L’histoire se passe tout au long de l’année qui précède l’embrasement des banlieues françaises fin 2005. Christiane Ben Barek, une Franco-Marocaine qui a longtemps été l’assistante « humble et modeste » d’Yvan Levaï à Radio France, apprend un jour que la mairie de Gennevilliers veut démolir partiellement la cité qu’elle habite. Au sein de l’Amicale des locataires, le dialogue passe mal entre les partisans de la démolition, perçus comme des « adversaires, voire des traîtres », et ceux qui s’y opposent. Et Christiane a l’idée de faire écrire leurs souvenirs à ses voisins. Elle-même a débarqué en mars 1986 dans la Cité rouge. Ses premières impressions étaient mitigées. Vingt ans plus tard, elle constate que « les liens se sont noués, tissés, renforcés tout seuls ». L’histoire qu’elle nous fait partager avec l’aide d’Anne Coudin, journaliste à France Culture, se veut « un conte à mille contes, comme les troubadours, comme les fous du roi, comme un rap, comme une colère, comme un éclat de rire, comme toutes les histoires de la vie ». Avec une patience d’ange, elle parvient à convaincre les jeunes de tous âges de se lancer avec elle dans l’aventure de l’écriture. Résultat, des récits croisés : celui de son carnet de bord, écrit samedi après samedi, dans le local de fortune prêté par la mairie où elle attend les enfants ; et ceux de Camel, Roberto, Sélim, Soumarou, et tant d’autres, qui finissent par livrer quelques bribes de souvenirs attendris sur leur enfance et sur cette cité qu’ils honnissent et chérissent tour à tour. Un livre qui tranche étrangement avec les images catastrophistes livrées par nos chaînes de télévision.

Cité rouge. Ecoutez l’écrit de la banlieue. Christiane Ben Barek, Anne Coudin. Patrick Robin Editions, 175 pages.

Antoinette Delafin


Voyage au cœur des cultures noires

(MFI) Agitateur d’idées, empêcheur de penser en rond et pourfendeur du politiquement correct, Jean-François Bizot restera dans les mémoires du journalisme comme le fondateur de la radio Nova et du mensuel Actuel, temple des branchés des années 1980. On sait moins qu’il est l’inventeur d’un nouveau style de reportage, à mi-chemin du fictional writing et du gonzo cher aux critiques de rock. Qu’est-ce que le « reportage d’immersion » cher à Bizot ? Une nouvelle façon d’écrire, très romancée, où la subjectivité du reporter se taille la part du lion, et dont ce recueil donne parfaitement la mesure. Si l’on sent bien que la tentation du bidonnage n’en est jamais totalement absente, il faut pourtant lire ce parcours au cœur des cultures noires, qui conduit son lecteur de Haïti au Mali, du coup d’Etat au Liberia à la fin des Black Panthers et à leur triste débâcle mafieuse, du vaudou aux tubes zaïrois. En bref, un voyage iconoclaste et plaisant au cœur de la culture de l’Afrique et des Caraïbes.

Vaudou & Compagnies, Jean-François Bizot, Actuel/Panama, 376 pages.

Elisabeth Lequeret




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