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MFI HEBDO: Culture Société Liste des articles

21/07/2006
Façons de parler

MOTS D’AUJOURD’HUI : Supporter

(MFI) Il y a belle lurette que le substantif anglais supporter est entré dans la langue française et désigne le partisan enthousiaste d’une équipe sportive. Mais jusqu’à assez récemment, pour désigner ce que faisait celui-ci, on utilisait le verbe soutenir, par exemple.
Or, la coupe du monde de football – qui a tenu en haleine bien des gens de par le monde, et en tout cas beaucoup de Français – vient de montrer de façon exemplaire que l’usage a vraiment changé. C’est ainsi que l’on a vu des cars entiers de Français aller en Allemagne supporter les Bleus, que les fenêtres de Paris se sont ornées de petits drapeaux bleu-blanc-rouge pour supporter l’équipe de France. Mais parfois aussi, en fonction de l’origine de certains Français, deux petits drapeaux se tenaient côte à côte et l’on supportait en même temps et avec un enthousiasme égal deux équipes antagonistes : le Togo et la France ; la France et le Portugal ; l’Italie et la France …

La chose est indubitable : supporter au sens de soutenir est un anglicisme. Mais il n’est pas moins indubitable qu’aujourd’hui ce verbe n’indique plus seulement le fait d’accepter une situation avec plus ou moins de résignation, mais peut au contraire faire référence au grand enthousiasme avec lequel on essaie de soutenir le moral de quelqu’un.
Il y a fort à parier que cet usage va prochainement essaimer du domaine sportif à celui de l’entreprise : il sera vraisemblablement bientôt tout à fait normal de « supporter une proposition » ou, en cas de différend entre collègues, de prendre parti et de « supporter Durand contre Dupont ».
On va sans doute entrer dans des ambiguïtés assez savoureuses. Ainsi, dans une conversation où sa belle-mère vante les mérites sportifs ou professionnels de son fils, comment faudra-t-il interpréter les paroles d’Agnès, lorsqu’elle déclarera qu’elle supporte celui-ci… L’intonation ne pourra nous aider que si Agnès est très franche – ou fort maladroite…

MOTS D’ICI /MOTS D’AILLEURS : Y a pas le feu !

MFI) Pour lutter contre le feu, il convient – qu’on soit pompier ou pas – de faire vite. On comprend donc que l’expression familière « Y a pas le feu » – qui fait bien sûr écho au « y a le feu » alarmiste – soit utilisée pour dire à quelqu’un de ne pas s’affoler, qu’on n’est pas si pressé que cela : « Y a pas le feu ! Le train part à 14h30 et il est seulement 14h ! Ce n’est pas la peine de courir. »
Dans certains pays d’Afrique, au Mali par exemple, on observe cependant un usage beaucoup plus large de l’expression. Employée très souvent, elle prend aussi le sens, tout simplement, de « il n’y a pas de problème », « inutile de s’inquiéter ».

MOTS DU CORPS : Le talon

On ne parlera pas ici des talons aiguille, même si l’on aime le film éponyme de Pedro Almodóvar.
Ni des talons de chèque, qui restent sur la souche du carnet et nous rappellent cruellement nos dépenses – de façon bien plus inéluctable que les reçus de retraits bancaires, qui se froissent ou se perdent si facilement.
On s’en tiendra à cette partie de notre corps située à l’arrière du pied. Elle a donné lieu à quelques expressions assez utilisées. Être sur les talons de quelqu’un, c’est le suivre de très près, en général pour le surveiller ou l’attraper, ce qui provoque en général son irritation s’il s’en aperçoit : « J’en ai assez : il est toujours sur mes talons ! » Le verbe talonner, lui, est plutôt employé pour dire que l’on est presque arrivé jusqu’au niveau de quelqu’un : par exemple dans la recherche d’un vaccin, le laboratoire A talonne le laboratoire B : il arrive juste derrière lui, il est presque arrivé au même point que lui.
On sait que l’expression talon d’Achille veut dire « point faible ». Mais pourquoi ? Il s’agit d’une légende grecque. Thétis était une divinité marine ; elle eut un fils, Achille qui – étant le fils d’un mortel, Pélée – était mortel. Pour qu’il soit immortel, elle le trempa dans les eaux du Styx, mais fut obligée de le tenir par un talon : aussi cette zone resta vulnérable. C’est d’ailleurs en lui envoyant une flèche dans le talon que pendant la guerre de Troie, le Troyen Pâris vint à bout de ce valeureux guerrier grec. D’où, bien sûr, le nom du célèbre héros de bande dessinée de Michel Greg : Achille Talon ! Même si le courage n’est pas sa qualité première.
Et puisqu’on s’adonne à la recherche des origines, je ne résiste pas au plaisir de vous donner l’étymologie du mot « muscle », même s’il n’y a pas de muscle dans le talon (du moins, je crois !). Elle est vraiment imagée, car en latin, « musculus » veut dire « petit rat ». Pour ma part, depuis que je sais cela, j’ai remplacé le rat par la souris, parce que c’est plus joli, et quand je vois un muscle se contracter – un muscle long, s’entend – je ne peux m’empêcher de voir courir une petite souris !

Marie-Claudette Kirpalani

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