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| 27/10/2006 | |||
| Façons de parler | |||
| A PROPOS DE : Orthographe et étymologie (MFI) L’étymologie permet de résoudre certaines énigmes orthographiques, en particulier liées à l’usage des doubles lettres. Par exemple, connaissez-vous la différence entre « colocataire », « coresponsable » et « collaborer », « correspondre », « connaissance » ? Ce n’est pas le même préfixe qui est utilisé. « Co » implique une situation de partage ; « com » veut dire « avec ». Quand « com » rencontre une autre consonne au début du mot qu’il modifie, c’est celle-ci qui gagne : ainsi « com + l » donne coll, « com + r » donne corr, « com + n » donne conn. C’est également pour des raisons de ce type qu’on écrit « émerger » et « immerger ». A la racine latine signifiant « plonger » présente dans « merger », on a dans le premier cas rajouté le préfixe latin « e » (« ex » devant une voyelle ; « e » devant une consonne) qui veut dire « hors de ». Donc émerger = sortir d’un lieu où l’on est plongé. En revanche, si l’on plonge quelque chose dans (préfixe latin « in ») un liquide, on l’immerge : in + m = imm, car là encore, « n » perd devant le « m » qui commence le mot racine… Encore un exemple ? Pourquoi « amoral » mais « immoral » ? « Immoral » désigne ce qui est contraire à la morale (« in », ici, est un autre préfixe latin qui implique une négation, comme dans « inhabituel » ou « inintéressant »). « Amoral », quant à lui, désigne ce qui ne concerne pas la morale. En effet le préfixe grec « a » devant une consonne (comme dans « asthénique », sans force ; ou « aphone », sans voix) est un préfixe « privatif ». On le trouve sous la forme « an » devant une voyelle : dans « anarchie » par exemple (absence de chef) ou « analgésique » (qui supprime la douleur). La science ne se pose pas de questions sur le bien et le mal ; elle est par nature amorale ; seule son utilisation peut être morale ou immorale. Bien compliqué, tout cela ? C’est un peu vrai. Qui plus est, la langue change, l’orthographe en particulier, et il est possible que dans cinquante ans on ne se pose plus ces questions. Mais on comprend pourquoi les réformes de l’orthographe suscitent en France tant de questions et de batailles. Il s’agit en fait de choisir entre la simplicité et le savoir ; entre l’usage à un moment donné du temps (donc, synchronique…) et la conscience du flux temporel (donc, diachronique…). Entre un usage utilitaire de la langue et la compréhension de l’organisme vivant qu’elle constitue, avec ses variantes liées au temps, mais aussi – amis francophones – à l’espace et à la culture. Si vous m’avez lue jusqu’à présent, sans doute êtes-vous de ceux qui aiment comprendre, et apprendre. Je vous livre donc cette belle déclaration de l’auteur contemporain Pascal Quignard : « Apprendre ressortit à naître. Quelque âge qu’on ait, le corps connaît alors une sorte d’expansion./Le sang circule mieux tout d’un coup dans le cerveau, à l’arrière des yeux, au bout des doigts, au haut du torse, dans le bas du ventre, partout./L’univers s’accroît : une porte s’ouvre soudain là où il n’y avait pas de porte. » (L’Œuvre secrète, Gallimard, p. 27) JEU DE MOTS : Devinette (MFI) Eugénie, Mélanie et Sylvain : que veulent dire ces prénoms ? Dans beaucoup de langues, les prénoms ont une signification : on choisit pour son enfant une qualité ou un trait physique que l’on souhaite pour lui. Parfois, c’est la communauté familiale ou religieuse qui le sélectionne. En France, aujourd’hui, seuls les parents décident du prénom qu’ils donneront à leur enfant – prénom que souvent ils ne dévoilent qu’après la naissance du bébé. La plupart du temps, il est vidé de sa signification première, peu de gens connaissant l’histoire du saint ou de la sainte à qui il est emprunté. Il a fallu des circonstances historiques particulières pour que, après la Libération, fleurissent les France, Marie-France, Françoise, François et Jean-François et qu’en revanche on évite pendant un certain temps de donner à son fils le prénom du maréchal Pétain : Philippe. De nos jours, le choix est souvent affaire de mode : les jeunes filles qui s’appellent Emilie ignorent souvent qu’il y a une trentaine d’années c’était un prénom de grand-mère dont, pas plus que de Jules, on n’aurait songé à affubler son enfant. Tout comme aujourd’hui, en France du moins, on ne prénommerait pas un bébé « Emile », « Anatole » ou « Léon ». Volatiles, ces modes sont parfois liées à la notoriété plus ou moins éphémère d’un chanteur, d’une série télévisée ou d’un parfum : il y a une trentaine d’années, après le succès de la chanson d’Hugues Auffray, les instituteurs ont vu des arrivages de fillettes prénommées Céline. Plus tard, une nouvelle vague de Céline est arrivée, mais celle-ci due à Céline Dion… Au même moment arrivaient les prénoms « américains » : Dylan, Tiffany et Kevin. Ces dernières années, dans les classes primaires coexistent plusieurs Enzo, Quentin, ou Jennifer (souvent écrit Jenifer – l’une des premières héroïnes de l’émission télévisée Star Académie). Si les prénoms courts (Léa, Hugo) restent en vogue, on voit réapparaître de vieux prénoms, comme Violette. Il arrive aussi qu’on choisisse un nom tout simplement parce qu’il plaît à l’oreille, ou qu’on l’emprunte à une langue étrangère. La législation française s’est assouplie et l’on peut maintenant choisir n’importe quel prénom, à condition qu’il ne nuise pas à l’enfant. Cependant, certains seraient bien surpris s’ils savaient la signification du prénom qu’ils ont choisi ou qu’ils portent… Sylvain vient d’un mot latin signifiant « forêt »… et qui par extension a donné le mot « sauvage ». Eugénie, c’est « la bien née » (le préfixe grec « eu » signifie « bien », comme dans euphonie, ou euthanasie). Quant à toutes les blondinettes au teint pâle qui se nomment Mélanie, leur prénom les désigne paradoxalement comme « noire » : du grec « melanos », qu’on retrouve dans les mots « mélanine » (pigment brun foncé colorant cheveux, iris ou peau) ou « mélancolie » (la bile noire). MOTS VOYAGEURS : kiffer (parfois écrit « kifer ») (MFI) Le kif, on le sait, désigne en arabe ce mélange de tabac et de chanvre indien que certains aiment fumer. Le mot est entré depuis longtemps dans la langue française, aussi bien pour désigner cette substance que dans l’expression « kif-kif », expression familière qui signifie « identique », « idem ». Par exemple, en ces périodes préélectorales en France, on peut entendre certains blasés déclarer : « De toutes façons, la gauche et la droite, c’est kif-kif… ». Ce qui est nouveau, c’est l’utilisation actuelle du mot « kiffer » par beaucoup de jeunes – et pas seulement ceux « des banlieues », dont on parle aussi beaucoup actuellement. Il signifie « apprécier », « aimer », sans doute par le biais implicite de « ça me fait planer ». Plus qu’aux objets, il s’applique aux personnes : « je le kiffe trop, ton copain : il est trop drôle ! » ; « hier, j’ai rencontré un mec qui a kiffé sur moi ». Au-delà de cette rencontre peut-être sans lendemain, répondre « oui » à la question « tu le kiffes, ce mec ? », c’est admettre qu’on en est amoureuse. On ne dira pas « je kiffe le chocolat », mais « il est trop kiffant, ce film » ou « génial, ce concert ! j’ai trop kiffé ! ». On utilise souvent le mot pour mentionner des circonstances : « je kiffe trop quand il fait ça ! » On aura remarqué que le mot est en général utilisé dans le cadre d’un dialogue, et souvent avec « trop », qui dans l’oral familier concurrence sérieusement « très ». « Kiffer » est entré dans l’édition 2005 du petit Larousse, avec la mention « familier ». Reste à voir combien de temps il restera dans l’usage: le problème avec les mots ou les usages nouveaux, c’est qu’il est impossible de prévoir leur durée de vie : ils deviennent parfois rapidement datés. | |||
| Marie-Claudette Kirpalani | |||
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