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| 26/01/2007 | |||
| Faïza Guène raconte la défaite des insoumis | |||
| (MFI) Fille de parents immigrés, la Franco-Algérienne Faïza Guène puise, dans la banlieue nord de Paris où elle a grandi, la matière de ses romans à succès. | |||
| Avec sa gouaille de jeune femme revenue de tout et le regard caustique qu’elle porte sur la société française, Faïza Guène est le produit typique de la banlieue parisienne. Fille de parents immigrés, elle a grandi parmi les tours, dans une HLM de la cité des Courtillières à Pantin. Son entrée dans la république des lettres (françaises) relève du conte de fée. Conte de fée, mais non miracle. Car en littérature, comme dans la vie en général, il y a peu de miracles. Seul compte le travail. Ne dit-on pas que l’écriture est un savant mélange de 99 % de transpiration et seulement de 1 % d’inspiration ? Faïza Guène en sait quelque chose. Elle qui fut, avec son premier roman Kiffe kiffe demain (Hachette Littératures), l’une des principales découvertes de la rentrée littéraire de 2004 avait dû suer des heures durant dans des ateliers d’écriture, avant d’être un beau jour remarquée. Elle le fut par le responsable de l’association qui organisait les ateliers d’écriture. Il soumit à sa soeur, éditrice chez Hachette Littératures, les premières pages du roman de Guène. On connaît la suite. Le livre qui racontait le quotidien d’une beurette de banlieue avec réalisme et humour, sans jamais tomber ni dans le mélo ni dans la dénonciation, s’est vendu à 220 000 exemplaires et a valu à son auteur le titre envié de « la Françoise Sagan des cités ». Traduit en plus d’une vingtaine de langues, le roman a même su traverser les frontières de France et de Navarre et s’imposer à l’étranger comme l’exemple même du multiculturalisme à la française. Une vie gravée sur le béton des immeubles Dans le nouveau roman de la jeune Franco-Algérienne, ce multiculturalisme-là est pourtant mis à rude épreuve. Dès les premières lignes. « Ça caille dans ce bled, le vent fait pleurer mes yeux et je cavale pour me réchauffer. Je me dis que je ne vis pas au bon endroit, que ce climat-là n’est pas pour moi, parce que au fond, ce n’est qu’une question de climat, et ce matin, le froid ouf de France me paralyse. » La jeune protagoniste Du rêve pour les oufs qui, à 24 ans, doit assumer la responsabilité de sa famille, survivra-t-elle au froid ? Saura-t-elle faire face aux incertitudes, au sentiment de précarité que suscitent chez elle l’agressivité croissante de son jeune frère renvoyé de l’école, la perte des moyens de son père suite à un accident du travail tragique, l’évolution générale de la société au sein de laquelle elle a grandi mais qu’elle ne reconnaît plus aujourd’hui... Le malaise social n’est pas une question de climat seulement. Alors, elle court de petit boulot au petit boulot, tous peu intéressants et mal payés, afin de garder la tête au-dessus de l’eau. Mais Ahlème, prénom qui signifie « rêve » en arabe, rêve aussi de faire carrière dans la chanson comme Diam’s, ou dans l’écriture. Elle rêve d’amour et surtout de cette Algérie natale qu’elle a quittée toute petite et où elle conduit ce qui reste de sa famille. Les pages consacrées à la terre natale où tout le village est aux aguets pour recevoir les « Franssaouis », à ses hommes et femmes qui s’inscrivent dans leur tradition ancestrale tout en rêvant d’ailleurs, sont les plus belles pages de ce roman. Evoquant ses jeunes cousines de seize ans qui n’ont que le mot « mariage » à la bouche et préparent leur trousseau, l’auteur fait dire à Ahlème, avec une lucidité de sociologue : « Leur vie est brodée sur leur tapis de paille aussi sûrement que la mienne est gravée sur le béton des immeubles d’Ivry. » Retour donc à la case départ. Condamnée à demeurer à sa place, Ahlème comme les héroïnes de Sagan doit apprendre à composer avec la vie, avec le morne quotidien de la cité de l’Insurrection où sa famille habite depuis pratiquement une éternité. C’est sans doute parce que Faïza Guène sait décrire avec des paroles poignantes cette résignation-là – celle des insoumis – que tant de gens avaient aimé Kiffe kiffe demain et aimeront son nouvel opus. Tirthankar Chanda Du rêve pour les oufs, par Faïza Guène. Edition Hachette Littératures, 216 pages, 16 euros. | |||
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