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| 16/04/2007 | |||
| Le Clézio : escale en Océanie | |||
| (MFI) Faisant escale en Océanie, l’écrivain-voyageur Jean-Marie Le Clézio nous entraîne dans Raga derrière la façade paradisiaque des îles du Pacifique. | |||
| Jean-Marie Le Clézio est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages – récits romanesques, nouvelles, essais – consacrés parmi d’autres thèmes à la quête de l’ailleurs. Cet ailleurs que l’auteur du Livre des fuites et de L’Etoile errante a cherché d’abord chez les Amérindiens du Mexique, puis au Nigeria où son père médecin fut en poste, à l’Ile Maurice dont sa famille est originaire et, enfin, dans les déserts de l’Afrique du Nord, s’appelle l’Océanie ou « le continent invisible » dans le nouveau livre que Le Clézio vient de faire paraître sous le beau titre de Raga. Autre nom de l’île de la Pentecôte dans le Pacifique, Raga raconte la rencontre de l’auteur avec le continent océanien. C’est tout d’abord une géographie singulière faite « de mer plutôt que de terre ». Les premiers explorateurs européens – les Portugais, les Anglais, les Français – l’ont traversé sans le voir car ils s’attendaient à trouver le continent austral qui, selon les géographes de l’époque, devait servir de contrepoids au continent asiatique. Ces géographes n’avaient pas imaginé, écrit Le Clézio « l’immensité de l’océan, ces myriades d’îles, d’îlots, d’atolls qui couvrent une surface grande comme les deux tiers de la planète ». Les survivants d’un continent englouti ? C’est à la découverte de la civilisation océanienne forgée dans l’intimité avec la mer que nous invite Le Clézio. Il remonte jusqu’à la nuit des temps pour retracer l’odyssée du peuple polynésien. D’où vient-il ? Qui est-il ? Selon la mythologie, les premiers occupants des îles du Pacifique furent « les survivants d’un continent englouti – une variation sur le vieux mythe de l’Atlantide », rappelle l’écrivain-voyageur, avant de préciser les dernières données à ce sujet : ce seraient des gens venus des côtes du Pérou, il y a environ dix mille ans. Ils fuyaient peut-être la guerre, le bannissement, la famine ou des catastrophes naturelles. Quelle que soit la raison qui avait poussé ces hommes et femmes à quitter leurs terres natales et à partir à l’assaut de l’inconnu, leur aventure fut l’une des odyssées les plus téméraires de tous les temps qui a toujours fasciné les marins. Plus que l’aventure, ce qui fascine, ce sont les inventions géniales qui ont rendu l’aventure possible, telles « la double pirogue transportant bétail et provisions (...), la navigation en « tirant des bords » alternant la voile et la rame, le repérage au moyen des étoiles... ». L’essentiel du livre est consacré toutefois à l’histoire récente des peuples polynésiens, à leur rencontre avec l’Occident qui a profondément transformé leurs vies, leurs manières d’êtres et d’occuper leurs terres. Cette rencontre fut synonyme d’agressions, de razzias, de viols, de prédations et d’esclavages, conduisant les autochtones à se réfugier à l’intérieur des terres et à construire leurs villages sur le haut des montagnes. Citant les Bougainville et les Cook, Le Clézio rapporte combien ces premiers explorateurs furent « étonnés d’entrer dans des villages où les repas (étaient) encore chauds et les foyers encore allumés ». Il rapporte aussi une légende emblématique de la peur mêlée d’espoir qu’ont longtemps inspirée les Blancs dans ces contrées. Selon cette légende de Vanuatu (anciennement les Nouvelles-Hébrides), les habitants d’un village de pêcheurs auraient oublié une petite fille de onze ans lorsqu’ils se sont précipités pour quitter leur village à l’approche d’un grand voilier. La petite fille s’appelait Vévéo. Elle fut emmenée par les négriers et réduite en esclavage. Mais encore aujourd’hui, les Vanuatiens espèrent que Vévéo reviendra un jour et que les Blancs rendront l’enfant volée. Ils ont même cru que leur espoir était en train de se réaliser lorsque, à l’occasion de l’indépendance, la reine Elisabeth est venue leur rendre visite accompagnée de son mari. La rumeur avait couru que la Reine venait rendre justice et allait laisser à Vanuatu son prince consort, pour qu’il prenne la place de Vévéo… « Un prince de sang contre une petite Mélanésienne, après toutes ces années, l’échange était valable », exclame Le Clézio. L’espoir ne pouvait qu’être déçu. Chronique de l’odyssée du peuple mélanésien entre espoir et désespoir, Raga est le récit poignant de la quête de son destin par ce peuple tragique, minoré par l’histoire et rendu invisible par la géographie. Tirthankar Chanda Raga. Approche d’un continent invisible, par Jean-Marie Le Clézio. Collection « Peuples de l’eau », Editions du Seuil, 137 pages, 15 euros. | |||
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