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18/09/2007
Littératures noires: continuités et/ou ruptures ?

(MFI) Quelles sont les nouvelles tendances des littératures noires ? Leurs nouvelles vedettes ? Comment les nouvelles générations sont-elles en train de renouveler le paysage francophone ? La dernière livraison de la revue Cultures Sud apporte des réponses circonstanciées et perspicaces à ces questions.

Depuis bientôt cinquante ans, la revue du ministère français des Affaires étrangères Cultures Sud (anciennement Notre Librairie) sert de guide efficace et perspicace dans les labyrinthes littéraires des “pays du champ”, notamment de la Caraïbe, de l’Afrique noire, du Maghreb et de l’océan Indien. La dernière livraison de ce périodique précieux ne déroge guère à la règle. En effet, le numéro 166 de la dite revue, consacré aux nouvelles générations d’auteurs africains et antillais, donne à voir dans toute sa luxuriance le paysage littéraire renouvelé de ces régions où la francophonie fait preuve d’une vitalité exceptionnelle. Faisant suite à quelques numéros sur des thématiques voisines, notamment le 146 (“Nouvelles générations”) et le spécial Eté 2005 (“Plumes émergentes”), ce volume présente les dernières tendances et évolutions d’un paysage en perpétuel mouvement, tout en s’employant à y intégrer les oubliés majeurs et malencontreux de derniers recensements : Samy Tchak, Eugene Ebodé, Nimrod, Fatou Diome ou Tanella Boni.

Une littérature multipolaire

“Ecrivains nés autour des années 1960, cette génération – de la veille ou de la période immédiatement post indépendances – produit aujourd’hui une littérature résolument affranchie du carcan idéologique ayant longtemps cantonné le roman ou le théâtre dans la référence-révérence à l’endroit d’une Afrique parfois mythique”, écrit Papa Samba Diop qui a coordonné ce volume de Cultures Sud. Selon ce dernier, ce qui rapproche les auteurs de cette génération, c’est la diversité thématique et esthétique de leurs œuvres et la liberté totale dont ils font preuve dans le choix et l’exploitation de leurs sujets.
Si l’Afrique leur sert de cadre ou d’une sorte de sous-texte obsessionnel, ils n’hésitent pas à puiser dans leurs quotidiens souvent d’exilés et d’expatriés les matières premières de leurs œuvres, quitte à revenir à l’Afrique par le biais du langage ou des souvenirs habilement insérés dans le corps de leurs récits. Les sujets majeurs de cette littérature émancipée sont l’immigration, la critique sociale, les parcours individuels et initiatiques vers la connaissance de soi et du monde. Les plumes les plus marquantes (Samy Tchak, Eugene Ebodé ou Leonora Miano) se caractérisent aussi par leurs écritures transgressives et iconoclastes qui font sortir le roman africain de son territoire habituel. Ils nous proposent des récits troublants qui bousculent et interpellent. “Cette littérature en train de se faire est multipolaire, promue qu’elle est par des maisons d’édition implantées aussi bien en Europe qu’en Afrique”, conclut Diop.

Antilles, Maghreb et océan Indien

Parallèlement à la transformation en œuvre dans la littérature d’Afrique noire, on assiste à un renouvellement de générations dans les principaux autres champs littéraires francophones. Evoquant quelques-unes des figures montantes des lettres des Caraïbes et des Antilles de langue française, Romuald Fonkoua écrit : “Plus que la précédente, cette (nouvelle) génération se caractérise par une attitude assumée du déplacement à travers l’espace.” La mauvaise conscience des anciens par rapport à l’exil et à l’éloignement a été remplacée par un cosmopolitisme assumé et c’est à partir des ailleurs appropriés et « dés-exotisés » à leur tour que les Kettly Mars, les Gary Victor, les Louis-Philippe Dalembert, les Fabienne Kanor pensent leurs îles, explique Fonkoua.
Les cartographies littéraires du Maghreb et de l’océan Indien contemporains que propose ce volume montrent également des mutations radicales à l’œuvre tant sur le plan thématique (avènement du corps comme lieu d’affrontement entre les sexes, écriture de la violence phallocratique et post coloniale) que sur celui de l’écriture. On y assiste aussi à l’émergence des écrivains talentueux et prometteurs qui ont su imposer par la qualité de leur écriture des univers romanesques originaux et captivants. Leurs noms: Boualem Sansal, Salim Bachi au Maghreb, Nathacha Appanah, Shenaz Patel et Barlen Pyamotoo à Maurice.




“Nouvelle génération: 25 auteurs à découvrir”, Cultures Sud, numéro 166, juillet-septembre 2007.

Tirthankar Chanda

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