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16/10/2007
Doris Lessing prix Nobel : du féminisme aux désillusions de l’amour

(MFI) Prix Nobel de littérature 2007, la Britannique Doris Lessing est auteur d’une oeuvre romanesque puissamment imaginative et prolifique. Dans son dernier roman traduit en français, Un enfant de l’amour, elle braque le projecteur sur les affres et les désillusions de l’amour.

La Britannique Doris Lessing, qui vient de recevoir le prix Nobel de Littérature 2007, est une auteure prolifique. Elle a commencé sa carrière littéraire dans les années 1950 et a publié depuis une cinquantaine de livres : romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais divers, mémoires... Si son nom reste associé au Carnet d’or, devenu un roman-culte du mouvement féministe, ses préoccupations dépassent la question féministe et s’étendent de l’Afrique, où elle a grandi, au mysticisme, en passant par l’engagement politique, les désillusions de l’amour et les visions amères d’un futur cataclysmique. The Cleft (La fente), son nouveau roman qui a paru en début d’année et qui a été diversement apprécié par la critique outre-Manche, est une fable des origines dont le point de départ est un constat scientifique récent affirmant la préséance de la femme comme matériau humain de base et l’émergence tardive des hommes. Avec son goût pour la controverse, Lessing a imaginé un monde dominé par les femmes jusqu’à l’arrivée des hommes qui ne savent pas tenir une maison ni faire des enfants, mais « qui sont des êtres courageux, des aventuriers ». On peut facilement imaginer le désarroi suscité par de telles affirmations de la part de l’icône du féminisme. Mais depuis les années soixante, lorsque a paru Le Carnet d’or, Lessing a pris beaucoup de distance par rapport au mouvement féministe et s’est souvent élevée contre le féminisme dogmatique et « ces femmes devenues horribles avec les hommes ».

Les souffrances de la séparation

Un enfant de l’amour, roman de la lauréate du prix Nobel publié en français il y a peu, illustre précisément la souffrance des hommes. Son héros, James Reid, est un anglais romantique, imprégné de littérature et en quête de la femme idéale. L’histoire que la romancière raconte se déroule pendant la Seconde guerre mondiale. Mobilisé, le jeune homme embarque sur un navire de guerre en partance pour l’Inde. Ce sera une traversée infernale, entre solitude, maladies et danger. Lors d’une escale en Afrique du Sud, il fait la connaissance de Daphné, une Anglaise expatriée qui s’est établie au Cap après son mariage avec un richissime Sud-Africain. Celle-ci s’ennuie dans la vaste demeure de son mari, obsédé par son travail et souvent absent. Pour chasser l’ennui, elle organise des fêtes grandioses dans sa maison, en l’honneur des soldats anglais en transit que Daphné et son mari hébergent chez eux au titre de leur participation à l’effort de guerre de leur pays. Des soldats souvent en piteux état en raison des conditions terribles du voyage en mer.
C’est le cas de James lorsque Daphné le recueille à la descente du navire. Son état lui inspire pitié et affection, mais James est subjugué par la beauté de son hôtesse et ne tardera pas à lui déclarer son amour. Daphné cède aux avances du « pauvre gamin abandonné, à moitié mort de faim, mais qui avait retrouvé son odeur d’homme... ». Mais les amoureux sont bientôt obligés de se séparer car le bateau de transport des troupes doit lever l’ancre et continuer sa route vers sa destination indienne. C’est à partir de ce moment que le récit touche le sublime car Lessing conte magnifiquement les souffrances de la séparation, surtout celle du jeune et naïf James qui, croyant avoir trouvé la femme de sa vie, ne vivra désormais que pour elle, sacrifiant la vraie vie aux affres et désillusions d’un amour trop bref et guère payé de retour.
Un enfant de l’amour est un roman grave, mais non désespéré car, en contrepoint au désespoir de James, l’auteur a greffé habilement le récit de la décolonisation (Afrique, Inde) qui permet d’espérer dans l’avenir en donnant sens à la quête humaine d’une vie meilleure, en phase avec ce que nous sommes réellement, des êtres épris de liberté et d’amour. Ainsi, nos idéaux survivent à nous-mêmes, semble suggérer Lessing, citant deux vers de Kipling qui mettent merveilleusement en perspective l’histoire humaine, collective et individuelle : « Le tumulte et les clameurs s’éteignent/ les capitaines et les rois s’en vont. »

Un enfant de l’amour, par Doris Lessing. Traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe. Edition Flammarion, 187 pages, 16 euros.

Tirthankar Chanda

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