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| 31/10/2007 | |||
| Livre : Mongo Béti, portrait de l’artiste en rebelle | |||
| (MFI) Les éditions Gallimard viennent de publier le deuxième tome des essais épars et militants de l’écrivain d’origine camerounaise Mongo Béti. Colère et lucidité d’un auteur pas comme les autres. | |||
| Disparu prématurément en 2001 à l’âge de 69 ans, Mongo Béti n’était pas un écrivain comme les autres. Intellectuel militant, auteur, d’une part, de quelques chefs-d’œuvre romanesques (Le Pauvre Christ de Bomba, Remember Ruben, Branle-bas en noir et blanc) qui ont profondément marqué l’imaginaire littéraire africain et, d’autre part, de pamphlets politiques (Main basse sur le Cameroun, La France contre l’Afrique) dans lesquels il dénonce avec lucidité et force le néocolonialisme de la « Françafrique », le Franco-Camerounais occupe une place singulière au sein des lettres africaines, plus proche d’un Soyinka anglophone et contestataire que d’un Senghor francophone et célébrationnel. « Il y a en lui comme un mélange de Socrate par l’élévation de l’esprit, de Voltaire par l’effronterie à l’égard des pouvoirs institués, de Sartre par le militantisme impertinent, et de Césaire par la lutte anticoloniale en vue de l’émancipation du monde noir », écrit André Djiffack, coordonnateur du Rebelle, un ambitieux projet éditorial en trois volumes réunissant les écrits épars et militants de l’écrivain contestataire. Le deuxième tome de l’ouvrage qui vient de paraître conforte l’idée que l’on se faisait de la singularité radicale de ce romancier-pamphlétaire qui a su, dès son entrée en littérature au début des années cinquante, donner un avant-goût du rôle de perturbateur qu’il va jouer tout au long de sa carrière d’écrivain et d’opposant politique. De la démission des élites dans une Afrique « recolonisée » par le France Ceux qui ont eu en main le premier tome du Rebelle, consacré aux quarante premières années de la prise de parole de Mongo Béti, se souviennent que l’ouvrage s’ouvrait justement sur les contributions mémorables de cet enfant terrible des lettres africaines à la querelle de L’Enfant noir (1952) de Camara Laye. Alors qu’à l’époque la critique francophone portait aux nues ce dernier, le jeune Béti n’avait pas hésité à faire entendre sa voix discordante dans le concert de louanges en fustigeant son camarade guinéen pour avoir donné une vision idyllique de l’Afrique et des Africains, sans aucunement les lier aux réalités problématiques du contexte colonial. « Ce Guinéen, mon congénère, qui fut, à ce qu’il laisse entendre, un garçon fort vif, n’a-t-il donc rien vu d’autre qu’une Afrique paisible, belle, maternelle ? Est-il possible que pas une seule fois, Laye n’ait été témoin d’une seule petite exaction de l’administration coloniale ? », s’écriait-il avec fausse naïveté, jetant ainsi les fondements d’une littérature négro-africaine engagée et militante. Le deuxième tome du Rebelle qui vient de paraître est composé d’une trentaine de textes, dont des interviews accordées à des journaux camerounais, une lettre ouverte au président Mitterrand et autres articles polémiques sur des thèmes à la fois proches et divers tels que la francophonie, la politique africaine de la France, les dérives de la vie politique camerounaise ou cette interrogation obsessionnelle des écrits de Mongo Béti : « Comment peut-on être écrivain en Afrique ? » La particularité de ces textes est d’avoir été écrits pour l’essentiel pendant les années 1990 à 1995, contemporaines du retour au Cameroun de Mongo Béti, au terme de trente-deux ans d’exil en France. L’écrivain contestataire s’attarde sur la démission des élites dans une Afrique « recolonisée » par le France, plus particulièrement dans son Cameroun natal. Plusieurs articles évoquent les élections démocratiques qui servent de feuille de vigne pour mieux cacher le vrai visage des dictateurs qui ont pris les relais des anciennes puissances coloniales, jamais réellement parties. Il est question aussi dans ces pages du désert culturel que sont devenues les grandes villes de son pays: « Yaoundé, par exemple, capitale du Cameroun, est une communauté d’un million cinq cent mille habitants, chiffre estimé. Mais pas une bibliothèque accessible aux habitants. C’est à peine croyable, en ce début de troisième millénaire. Une communauté d’un million cinq cent mille habitants sans bibliothèque ne produira jamais de chercheur, ni de poète, ni de romancier. Pour écrire un sonnet qui n’a que quatorze vers, imagine-t-on combien de volumes il faut avoir parcouru auparavant ? Comment s’étonner que tous nos jeunes s’an aillent ou rêvent de s’en aller ? » Pour graves qu’ils soient, ces textes ne sont pas moins empreints de cet humour caustique qui est, au dire des critiques, la marque de fabrique de l’écriture bétienne. On lira ainsi avec délectation le récit rocambolesque du retour au pays natal de l’opposant Mongo Béti, accueilli à l’aéroport par « trois jeunes beautés africaines décrépies, toutes dents dehors », avant d’être séquestré dans le salon d’honneur par des fonctionnaires zélés, « de sexe masculin cette fois » et équipés de talkies-walkies particulièrement bavards! Ainsi écrit Mongo Béti, esquissant et dévoilant de sa plume rebelle les potentialités fantasmatiques d’un réel qui n’a jamais vraiment cessé de hanter son imagination. Le Rebelle II, de Mongo Béti. Textes réunis, présentés et préfacés par André Djiffack et Boniface Mongo-Mboussa. Collection « Continents noirs », Editions Gallimard, 304 pages, 22 euros. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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