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| 05/02/2008 | |||
| La prose poétique et sensuelle de Nimrod | |||
| (MFI) Le Tchad de Nimrod a, à la fois, tout et rien à voir avec ce pays hanté par les turbulences politiques et les scandales humanitaires. Puisant son inspiration dans les contingences tragiques du quotidien, le romancier tchadien nous entraîne dans ses pages vers un univers singulier et personnel, plus proche d’un Tchad rêvé que d’un Tchad réel. | |||
| « L’exil est comme le paysage : c’est à la fenêtre d’un train que nous y goûtons, c’est-à-dire dans l’arrachement. Nous serons toujours nostalgiques du monde qui, trouvant d’emblée sa place en nous, est aussitôt bouleversé par l’éloignement, les réformes, les guerres, le climat... », écrit le Tchadien Nimrod. Vivant depuis bientôt vingt ans en dehors de son pays natal, ce « pays à jamais fauve », Nimrod connaît bien ce sentiment d’arrachement dont il a fait le moteur et le fondement de son oeuvre littéraire singulière, à la fois nostalgique et ironique. Composée de poésies, de romans et d’essais, cette oeuvre parle du Tchad, du départ, du retour, du « déglinguement », de ses jardins de délices et de ses savanes. Le fauve du paysage à jamais gravé dans les tréfonds d’une conscience malheureuse, les acacias parasols ponctuent les évocations « nimrodiennes » des heurs et malheurs d’un pays habitué des tourmentes et des guerres. Le nouveau roman que l’écrivain vient de faire paraître ne déroge guère à la règle. Quand la folie rôde dans les rues… Second volet des Jambes d’Alice, roman qui avait fait connaître Nimrod, Le Bal des princes raconte le retour au pays du jeune narrateur, soucieux de renouer et avec son épouse Maureen – qu’il avait quelque peu abandonnée pour précisément les belles jambes d’Alice – et avec son pays, gagné par la « rumeur de la haine ». Enrôlé par un chef de guerre qui fait de lui son interprète, il va être mêlé de près aux turbulences qui secouent de nouveau son pays. La folie rôde dans les rues comme dans les esprits : « Nous devions impérativement protéger notre jeune République contre le gouvernement révolutionnaire de N’Djamena et contre la haine remâchée de nos propres frères. » Ce sera bientôt la guerre civile... Doté d’une dimension politique puissante et pleinement assumée, ce nouvel opus de Nimrod ne dédaigne pas pour autant le lyrisme, le sensuel et l’imaginatif qui avaient fait le succès de ses premiers ouvrages de fiction. Les scènes de retrouvailles du narrateur avec son épouse, les évocations de la passion amoureuse, les notations sur le paysage inspirent au romancier tchadien quelques-unes des plus belles pages de ce roman atypique, souvent plus proche d’une sensibilité pastorale que de la dérision ou de la satire africaine. « Les frontières du français plus vastes que celles de l’hexagone » La Nouvelle Chose française, que Nimrod fait paraître concomitamment à son roman, est une réflexion sur le statut ambigu et paradoxal de l’écrivain africain de langue française. Il est composé de plusieurs essais qui sont déjà parus dans des périodiques, mais dont les interrogations sont d’une actualité littéraire brûlante. Présentant l’ouvrage, l’écrivain explique que « les essais réunis dans ce volume sont pour moi l’occasion d’analyser mon statut d’écrivain exilé, pour tenter de comprendre ce dont il retourne quand on écrit loin de chez soi, avec des lecteurs et des critiques étrangers à l’univers de notre création. » Ce statut est d’autant plus difficile à définir que cette littérature, que l’écrivain africain produit et revendique, est née en exil et prospère en exil (« sur les quais de la Seine et à l’ombre de la Sorbonne »). S’agit-il alors d’une littérature française de contenu africain ou de littérature africaine d’expression française tout court ? Qu’est-ce qui prime dans ces œuvres : leur « africanité » ou leur francité ? Des questions qui ont pendant longtemps embrouillé la perception et la réception des littératures africaines modernes. En guise de réponse, Nimrod propose : « Traduire des imaginaires et des histoires “ d’outre-ciel ” dans la langue de Rabelais n’est pas une mince prouesse quand on est sénégalais ou tchadien, mais les frontières du français sont plus vastes que celles de l’hexagone. » Le Bal des princes, par Nimrod. Actes Sud, 224 pages, 19 euros La Nouvelle Chose française, par Nimrod. Actes Sud, 129 pages, 16 euros | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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