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| 20/05/2008 | |||
| Chronique Musique : Touré Kunda ; Le rap au service des tirailleurs. | |||
| Touré Kunda sort du silence ! (MFI) La famille éléphant s’était montrée discrète sur le plan discographique depuis 2000, année de la sortie de Terra Saabi. Ce long silence est aujourd’hui interrompu par la sortie de Santhiaba (Wagram). Un titre qui fait référence à un quartier populaire de Ziguinchor, capitale de la Casamance où les frères Touré ont grandi. « Ce quartier de notre enfance nous a énormément influencé. Nous écoutions différents styles, car nous cohabitions avec les soninkés, les diolas, les peulhs, les wolofs, les mandingues, les créoles portugais… Tout petits, nous avons donc baigné dans ces nombreuses cultures », se souvient Sixu. Ces diverses influences, tant rythmiques que linguistiques, se retrouvent donc naturellement dans le nouvel opus des Touré Kunda. La chanson Te Quiéro, par exemple, chantée en espagnol dans l’esprit Cha cha cha fait le lien avec les musiques afro-cubaines. Autre titre illustrant ce côté arc-en-ciel, Izguichor est une belle ballade casamançaise sur fond de cordes classiques et piano qui rend hommage à leur terre natale. Mais Ah Diatta reste l’un des morceaux le plus surprenant. Fusionnant la Marche turque de Mozart avec des cuivres et des percussions énergiques, il coupe le bec à ceux qui reprochaient au duo matriciel des Touré Kunda de tourner en rond. Signalons aussi Urgent Appeal, chanson polyglotte dont le propos, à l’ambiance techno, est un cri d’alarme sur le réchauffement de la planète. En près de trente ans de carrière, la famille éléphant a donné plus de 700 concerts sur tous les continents et a enregistré 13 albums, dont 3 disques d’or parmi lesquels figurent le mémorable Paris-Ziguinchor Live paru en 1984. Un enregistrement qui fut le premier disque d’or de la musique africaine. Avec un tel palmarès, les Touré Kunda ont été les chefs de file de l’Afrique-sur-Seine. Et avec Santhiaba, ils ne devraient pas tarder à tenir de nouveau leur rôle. En savoir plus : www.toure-kunda.com Le rap au service des tirailleurs (MFI) « La mémoire des immigrations n’est pas enseignée dans notre pays, pas plus que l’histoire coloniale. Ce qui fait que les gens ne connaissent pas suffisamment l’origine des flux migratoires. L’histoire de France ne s’arrête pas à Vercingétorix, le Général de Gaulle et Jean Moulin !», s’insurge Yan Gilg, concepteur du C.A.M.P., le Collectif d’artistes pour une mémoire partagée. Pour sortir de l’oubli cette page de l’histoire, ce collectif a créé un spectacle intitulé A nos morts, dont la bande-son du même nom est sortie récemment en cd. Une création inédite qui, à travers le hip hop, rend hommage aux tirailleurs, ces soldats venus d’ailleurs pour défendre la Mère patrie lors de la Première et Seconde guerre mondiale. Cette fresque historique retrace le conflit 14-18, celui de 39-45 et s’achève en 2005 avec les émeutes en banlieue qu’a connues l’hexagone. Pour ces jeunes artistes dont certains sont issus de l’immigration maghrébine ou sub-saharienne, ce devoir de mémoire est fondamental : « A travers ce projet, nous voulions saluer ces hommes qui ont versé leur sang et se sont sacrifiés pour nos libertés », précise Farba Mbaya, l’un des rappeurs. Œuvre pluridisciplinaire, A nos morts mélange avec aisance rap, chant, chorégraphie, théâtre urbain et projections vidéo sous forme d’images d’archives. Sur l’album, les musiques reflètent assez fidèlement l’esthétique sonore du spectacle. Comme le titre Thiaroye, complainte peulh sur la tragédie du camp militaire du même nom au Sénégal où, en décembre 1944, des tirailleurs ont été massacré alors qu’ils attendaient leur solde. Autre fleuron du disque : C’est nous les Africains. Réinterprétation du Chant des partisans - hymne de la résistance française écrit en 1943 par Maurice Druon-, cette chanson d’une grande émotion donne toute la teneur à cet hommage. Outre l’aspect artistique, le C.A.M.P. s’inscrit dans une démarche citoyenne à travers la mise en lumière de cette mémoire collective dont l’objectif est aussi de créer une rencontre entre les descendants et les ancêtres. Pour le collectif, la culture hip hop est un vecteur de rapprochement des communautés et des générations. Après A nos morts, le groupe basé à Strasbourg, à l’est de la France, aimerait mettre en place la caravane des mémoires qui partirait de la cité alsacienne pour déambuler dans toutes les anciennes colonies. | |||
| Daniel Lieuze | |||
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