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| 09/09/2008 | |||
| La narration ludique et cruelle de Kossi Efoui | |||
| (MFI) Ecrivain fort talentueux, le Togolais Kossi Efoui propose avec son nouveau roman Solo d’un revenant la vision apocalyptique d’une Afrique livrées aux « Totems » et aux « Anomalies ». | |||
| Il y a du Rimbaud et du Dante dans l’œuvre de Kossi Efoui. Du bateau ivre et de la comédie divine. Quête et ironie. De livre en livre, ce romancier-dramaturge d’origine togolaise, sans doute l’un des écrivains les plus talentueux de sa génération, a construit sa quête rimbaldo-dantesque de l’autre et du soi à travers des métaphores centrales de la traversée et de la descente. Descendant dans leur fors intérieur où le mythe des origines se confond avec celui de l’ailleurs, ses personnages confrontent l’apocalypse et la mort et voient leurs espoirs de survie et de renouveau se réduire au néant. Le nouveau roman d’Efoui, qui raconte le retour du narrateur dans un pays dévasté par la guerre civile et les tentatives de ce dernier de renouer avec le passé, s’inscrit dans le schéma de la descente aux enfers, digne du mythe d’Orphée, si fondamental à la compréhension de l’imagination obsessionnelle et poétique de cet écrivain singulier. Né au Togo en 1962, Kossi Efoui est essentiellement un auteur dramatique. Il a publié plusieurs pièces de théâtre, notamment Le Carrefour et Récupérations qui l’ont fait connaître en France où il vit en exil depuis le début des années 1990. Son goût pour le drame et pour la parole mise en scène imprègne sa fiction moderniste où les personnages ne sont pas des personnes, mais des masques représentatifs d’archétypes universaux. « Je vois le texte comme une scène de théâtre et j’observe la façon dont les mots se mettent en mouvement », aime-t-il dire. Ecrire, cet « aveu d’impuissance » La Polka, le premier roman de Kossi Efoui, est paru en 1998. Le romancier y explore la thématique de la mort et de la catastrophe annoncée à travers le scénario du carnaval. Son second roman, La fabrique des cérémonies, inspiré du Cahier d’un retour au pays natal, raconte le retour au pays d’un journaliste exilé, ses espoirs et ses déceptions. Ce qui frappe avant tout dans les récits de ce romancier hors norme, c’est son utilisation éminemment ludique et poétique du langage, vecteur de transmission non du sens mais du non-sens et de l’absurdité d’un monde livré aux totalitarismes de tous genres. C’est sans doute cette prise de conscience qui a conduit Efoui à affirmer très tôt qu’« écrire, c’est avant tout un aveu d’impuissance ». « On peut les voir maintenant. On peut les voir marcher à travers les trouées fléchées dans le paysage pour guider les derniers dérivants que la forêt recrache. Par petites échappées. On peut les voir arriver jusqu’à la ligne de démarcation, entrer dans la Zone neutre… », ainsi débute le nouvel opus du romancier : Solo d’un revenant. Un titre éloquent, qui résume avec acuité la solitude et l’obscurité à travers lesquelles le protagoniste sans nom tente de voir plus clair dans le chaos et les décombres de la guerre civile. L’action de ce roman sombre et poétique se déroule dans un pays qui, lui aussi, est sans nom (est-ce le Rwanda ? ou le Congo ?), victime d’une guerre civile meurtrière et où « l’odeur des forêts n’est plus celle des arbres ». Dix ans après le début des hostilités, le narrateur qui avait depuis fui le pays, est revenu dans sa ville natale qu’une ligne de démarcation faite de hauts et solides barbelés scinde désormais en deux. Ce retour n’est pas sans danger pour le personnage envahi par les souvenirs du passé, longtemps ensevelis sous les cauchemars du présent. Mais le passé et le présent ne sont-ils pas deux faces d’une même pièce ? Le protagoniste prend conscience de cette douloureuse réalité lorsqu’il se lance dans la recherche de deux de ses anciens compères avec lesquels il avait créé autrefois une équipe théâtrale : le Théâtre des Pièces à conviction. Comme le nom du groupe le suggère, le trio pratiquait un théâtre engagé contre « l’augmentation du prix du pain ou sur les nouvelles lois pour lutter contre la rumeur ». Mozaya, l’un des deux amis d’enfance, est mort dans des circonstances mystérieuses. Pour éclaircir ce mystère, le narrateur doit retrouver son autre ami Asafo Johnson, célèbre animateur de radio. Pendant les affrontements, celui-ci lançait sur les ondes les appels au meurtre. Comment devient-on bourreau de ses voisins, de ses compatriotes ? C’est seulement lorsqu’il aura compris ce mécanisme de la déshumanisation qu’il pourra répondre à la clameur qui s’élève du fond de la brousse : « Que vas-tu faire de ton retour ? Tu n’oublies pas nous, nous sommes pays en guerre ! » Avec une étonnante économie de moyens, évoquant dans un langage imprégné de l’intensité du silence que suscitent l’innommable et l’inhumain, Kossi Efoui raconte dans Solo d’un revenant une histoire puissante de terreur et de néant. C’est le narrateur qui décrit le mieux le sentiment que nous éprouvons face à ce récit, le sentiment « d’être sur une barque qui s’éloigne de la rive et d’être en même temps l’homme debout sur la rive qui regarde la barque s’éloigner, d’être le même homme sur le point de disparaître de l’autre côté de l’horizon ». Solo d’un revenant, par Kossi Efoui. Editions du Seuil, 214 pages, 17 euros | |||
| Tirthankar Chanda | |||
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