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16/12/2008
Culture Sud menacé

(MFI) Des restrictions budgétaires pèsent sur la prestigieuse revue française dédiée aux littératures du Sud. Ses deux derniers numéros, dont l’un est consacré à la découverte de nouveaux auteurs et l’autre au célèbre Tchicaya U Tam’Si, illustrent à la perfection la politique de défense et d’illustration de ces littératures, qui anime cette publication depuis ses débuts en 1969.

La rédaction de la revue Cultures Sud lance un appel urgent à son public comme à ses auteurs : des menaces pèsent sur l’existence de la publication. Cet organe phare de l’opérateur culturel français Cultures France – qui avait pris le relais de l’Afaa en 2006 – est plus connu sous son nom initial : Notre Libraire. Cette importante revue trimestrielle de littératures francophones du sud pourrait bien faire les frais des coupes budgétaires qui frappent ses deux ministères de tutelle, Affaires étrangères et Culture. Créée dans le cadre du Bureau du livre de la Coopération en 1969 pour aider les bibliothécaires de France et d’Afrique à se frayer un chemin à travers les riches mais jeunes productions littéraires africaines, Cultures Sud/Notre Librairie s’est imposée comme un outil de travail extrêmement utile pour les enseignants et les chercheurs, comme pour les journalistes. Tirée à 8 000 exemplaires, la revue est surtout diffusée par le réseau culturel français dans le monde. Sa disparition après quarante ans de services dévoués à la cause des littératures du monde noir sera une véritable perte, d’autant qu’il existe peu de publications dédiées exclusivement à ce champ. Selon toute vraisemblance, le sort de la revue sera fixé lors du prochain conseil d’administration de Cultures France, prévu en fin d’année.

D’abord, faire l’inventaire du patrimoine littéraire africain…

A mi-chemin entre dossier de presse et revue universitaire, Culture Sud/Notre Librairie s’est fait connaître dans les années 1980 en consacrant plusieurs numéros de suite à l’émergence des littératures nationales en Afrique. Ces numéros dressaient l’inventaire du patrimoine littéraire africain, pays par pays, introduisant une grille de lecture des œuvres littéraires à laquelle les Africains francophones étaient peu habitués jusque-là. « Ces numéros ont fait d’ailleurs couler beaucoup d’encre. On nous a même accusé de vouloir « balkaniser » l’Afrique, se souvient Marie-Clotilde Jacquey, ancienne rédactrice en chef de la revue. Cela m’a beaucoup étonné : je n’avais jamais pensé que Notre Librairie pouvait avoir une telle importance ».

… Puis affirmer son parti-pris pour le Sud

Tout en restant tournée exclusivement vers les littératures du Sud, Afrique, Caraïbe, océan Indien, la revue a fait peau neuve dans les années 2000. En changeant de nom, elle affirmait plus clairement et d’emblée son parti-pris pour le Sud. Chacun des numéros de la revue est consacré à des thématiques précises - Parole et musique, Voyage en Afrique, Théâtres contemporains - ou à des auteurs connus et à découvrir - Senghor, Kourouma... La revue propose un balayage exhaustif du sujet choisi (articles, entretiens), enrichi de notes de lectures et d’inédits.
Les deux derniers numéros - 170 et 171 - sont consacrés respectivement à vingt auteurs africains et antillais talentueux et au poète congolais Tchicaya U Tam’Si, disparu prématurément à cinquante-sept ans. Ils illustrent à merveille la double stratégie d’éclaireur et d’épuisement d’un sujet qui a fait le succès de cette publication. Plutôt éclaireur, le numéro 170 s’attache à faire découvrir des écrivains confirmés mais peu connus du grand public - de futurs talents. Des présentations en trois temps - portrait, recension, inédit -, qui font émerger la cartographie du nouveau paysage littéraire du sud, celui de demain, mais aussi celui du présent, méconnu. Parmi les noms qui émergent des pages de ce numéro original, on retiendra particulièrement : Suzanne Dracius (Martinique), Yusuf Kadel (Maurice), Sirafily Diango (Mali).
Quant au numéro 171 consacré à Tchicaya U Tam’Si, c’est un véritable numéro collector qui a su réunir quelques-unes des voix africaines les plus importantes de notre époque - Alain Mabanckou, Tierno Monenembo, Wilfried N’Sonde, Henri Lopes, Jean-Baptiste Tati-Loutard, Dieudonné Niangouna - pour évoquer celui qui fut sans doute à la fois le Rimbaud et le Walter Benjamin du Congo, l’écrivain inoubliable qui a libéré la littérature africaine de la prison de sa négritude, comme le rappelle Mabanckou dans son hommage au poète disparu. Un des meilleurs articles du numéro intitulé Tchicaya U Tam’Si nous regarde.
Un nouveau numéro de Cultures Sud dédié aux femmes d’Afrique écrivains est en préparation. Ce numéro 172, qui paraîtra en janvier, sera peut-être le dernier.


Cultures Sud n° 170. Découvertes : 20 auteurs du Sud. Paris, Cultures France, 12,50 euros.
Cultures Sud n° 171. Tchicaya passion. Paris, Cultures France, 12,50 euros.


Tirthankar Chanda

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