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| 31/03/2009 | |||
| Regards croisés sur… En remontant le Niger, d’Arezki Mellal | |||
| (MFI) C’est avec En remontant le Niger de l’Algérien Arezki Mellal, mise en scène par la Slovaque Maria Zachenska, que s’est ouverte la saison 2009 du Tarmac de la Villette à Paris. Deux collaborateurs de MFI ont vu cette pièce, à l’affiche jusqu’au 4 avril… | |||
| Quand l’érudition du monde émergent rencontre la suffisance de l’Occident (MFI) Cette pièce savoureuse et drôle, mais aussi d’une grande force ironique, raconte les heurs et malheurs de deux touristes parisiens (mère et fils) qui remontent le Niger, en compagnie de leur guide Moussa. Le Djoliba tumultueux devient, le temps de la traversée, le lieu de surgissement des tensions entre mère et fils, mais aussi de fantasmes et de stéréotypes les plus éculés sur l’Afrique et sa « barbarie ». Elle veut « chasser le tigre et voir des guerriers masqués et des sorciers emplumés ». Le fils a entendu dire qu’en Afrique les hommes sont circoncis et que « les forgerons bambaras sont courageux ». Des clichés dont joue admirablement le guide Moussa qui, étudiant en ethnologie, a fait du comportement farfelu et souvent plein d’arrogance des touristes occidentaux débarquant en Afrique en nouveaux Tartarins, le sujet de sa thèse de doctorat. Cette rencontre électrique de l’érudition du monde émergent et de l’ignorance crasse d’un Occident empêtré dans sa suffisance est le thème de ce texte ravageur. Il est interprété avec une justesse ludique par les comédiens, notamment par Chantal Trichet qui joue avec brio le rôle de la mère en « vieille rombière » en manque de sauvagerie et de sexe. Devenu le haut lieu de la scène francophone à Paris, le Tarmac accueillera cette année des textes dramatiques venus des quatre coins du monde francophone (Cameroun, Québec, Congo, Rwanda, Roumanie), mais aussi du jazz et de la danse. A partir du 10 avril, c’est le « one-man show » du comique camerounais Valéry N’Dongo qui prendra le relais des touristes croqués par l’homme de théâtre algérien. Tirthankar Chanda « L’étrange relation qui s’instaure entre Noirs et Blancs » (MFI) C’est, raconte Valérie Baran, la directrice du Tarmac, lors d’une résidence d’écriture au Mali que l’Algérien Areski Mellal a observé « l’étrange relation qui s’instaure entre Noirs et Blancs, mélange d’attraction, de fascination mais aussi parfois de rejet et d’aversion ». Une étrange relation qui est le point de départ de En remontant le Niger, comédie grinçante et burlesque qui ouvre la saison 2009 du Tarmac de la Villette, un théâtre situé dans le parc du même nom, au nord de Paris (France). Une saison que l’équipe du théâtre a conçue, selon sa directrice Valérie Baran, pour agir « contre la cécité des esprits et les paroles stériles / Malgré nos folles incertitudes d’un possible avenir / Pour exorciser l’ignorance, la bêtise et la haine ». De cette ambition, la pièce écrite par Arezki Mellal est le manifeste idéal, stigmatisant dans une gerbe de rires l’imbécillité de ceux qui débarquent en pays étranger imbus de leur soi-disant supériorité. Pour dresser le portrait de cette mère fortunée et de son rejeton mal-aimé qui se retrouvent au bord du Niger, confrontés via leur guide à une Afrique à laquelle ils ne comprennent rien, tout aveuglés qu’ils sont par les clichés simplistes qu’ils lui ont collés depuis toujours, Arezki Mellal s’est inspiré de situations observées sur place. « Ce sont, explique l’auteur dans un entretien avec Bernard Magnier, les comportements de certains touristes français rencontrés à Bamako qui m’ont inspiré cette pièce qui est, entre autres, une critique d’une certaine France qui traîne des retards sur l’Histoire. » Dénoncer les travers individuels et collectifs De fait, il y a d’abord la dénonciation piquante de petits travers individuels, ceux de la mère esseulée – qui croit pouvoir, grâce à son argent, obtenir un sésame pour le septième ciel ou qui décide de parler petit-nègre au guide – tout autant que du fils – qui, n’ayant pas supporté que le guide en question, Moussa, maîtrise mieux que lui la langue française, le rebaptise illico Lustucru – et même du guide, qui ne se prive pas de petites manipulations pour amener ses « clients » là où il veut… Mais il y a aussi, dans cette pièce, la dénonciation virulente des grands travers collectifs qui marquent durablement les rapports entre la France et certains pays d’Afrique, et plus largement entre un Nord riche et un Sud pauvre : pillage des matières premières, atteintes à l’environnement – quand les méfaits deviennent trop voyants… on crée une ONG ! –, et même trafic d’armes, de préférence périmées ou interdites, qui vient alimenter des guerres civiles habillées de motifs religieux… Finalement, si ce n’était pas si drôlement écrit, ce serait à pleurer ! « J’ai choisi de corser les choses, précise Mellal, en convoquant le rire jaune. Ce rire qui vous fait vous crisper, ce qui est bien, qui vous fait entrer en conflit avec vos préjugés, ce qui est encore mieux ! » Une convocation servie par trois acteurs convaincants : Chantal Trichet, parfaite femme d’affaires déguisée en fausse naïve, Jacques Allaire, excellent fils n’ayant jamais réussi à sortir de l’ombre de sa mère, et Criss Niangouna, héraut d’une Afrique évidemment entrée dans l’histoire, pour peu qu’on veuille bien l’écouter. Ariane Poissonnier En remontant le Niger, une comédie d’Arezki Mellal, mise en scène Maria Zachenska, avec Jacques Allaire, Criss Niangouna et Chantal Trichet. Jusqu’au 4 avril 2009, production Le Tarmac, coproduction Le manège.mons – Les Récréatrales de Ouagadougou. Le Tarmac : www.letarmac.fr | |||
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