| |||
| 21/04/2009 | |||
| D’Aimé Césaire à Aminata Sow Fall RFI vous fait aimer la littérature | |||
| (MFI) A l’occasion du premier anniversaire de la disparition d’Aimé Césaire, RFI fait paraître un livre audio autour du célèbre Discours sur le colonialisme du poète, déclamé par Antoine Vitez. La radio internationale publie également un coffret de 3 CD dédié à la littérature africaine de ces cinquante dernières années. | |||
| Quand on vous parle d’une radio qui fait aimer la littérature, vous ne pensez pas spontanément à RFI. C’est pourtant le pari qu’a fait le service des produits dérivés de la radio internationale en publiant coup sur coup une version livre audio du célèbre Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire et un coffret de 3 CD L’Afrique littéraire, consacrés à la littérature africaine de ces cinquante dernières années. Ces CD sont composés d’entretiens avec 34 poètes, romanciers et dramaturges qui ont marqué l’Afrique littéraire au cours du demi-siècle écoulé. Un pamphlet d’une soixantaine de pages Le Discours sur le colonialisme est, après le Cahier du retour au pays natal, le texte le plus connu d’Aimé Césaire, disparu il y a tout juste un an*. C’est en 1948 que le poète antillais publie la première version de ce discours-manifeste dans un obscur magazine de droite (Chemins du monde.) Césaire est depuis trois ans député de la Martinique et croise le fer sur les bancs de l’Assemblée avec ses collègues au sujet de la départementalisation de son île et de son développement. Il tente par ailleurs, par sa poésie et ses autres écrits, de sensibiliser la population française aux enjeux de la décolonisation qui se prépare dans les salons des ministères. C’est dans ce contexte qu’un journal de droite lui demande un texte sur le colonialisme. « C’est un écrit de circonstance, a expliqué Césaire. Ce que j’y ai dit, je le pensais depuis longtemps. (...) J’ai mis le paquet. J’ai mis tout ce que j’avais sur le cœur. » Dans sa version finale, publié en 1955 par les éditions Présence Africaine, le Discours a une ampleur rhétorique plus substantielle et fait une soixantaine de pages. Sa particularité est de n’avoir jamais été prononcé. C’est plutôt un « pamphlet », le mot est de l’auteur lui-même, contre le colonialisme. Césaire dénonce les méfaits commis dans le monde par les colonialistes européens (exploitation, domination, extermination) et leurs thuriféraires encore très nombreux à l’Assemblée nationale au début des années cinquante. Le texte continue d’avoir de fortes répercussions sur la classe politique française On lira avec intérêt le commentaire de Daniel Delas qui est un des grands spécialistes de l’œuvre d’Aimé Césaire et qui propose, dans cette présentation, à la fois un historique de la genèse du poète et de son œuvre, mais aussi une analyse perspicace du Discours et de ses répercussions sur les intellectuels français et sur les politiques. Le dernier à s’en être inspiré serait le président de la République française Nicolas Sarkozy en personne, dont le fameux Discours de Dakar puise dans les propos et les arguments du poète pour mieux les détourner. « L’actualité du Discours sur le colonialisme s’avère dans ce besoin qu’on encore aujourd’hui les dirigeants français de justifier la colonisation, explique Delas en guise de conclusion. Le débat est loin d’être terminé et le texte de Césaire reste toujours actif. » Le clou de cette publication est le CD qui accompagne le commentaire de Delas et qui comporte la lecture passionnée qu’avait donnée l’homme de théâtre français Antoine Vitez du Discours en 1989, au Festival d’Avignon. On retrouve à travers le dire du comédien à peine théâtralisé la force rageuse du réquisitoire du grand poète, mais aussi tout l’humour, la satire que Césaire savait mobiliser pour faire avancer les causes chères à son cœur. La lutte contre le colonialisme et la domination en restera une, jusqu’au dernier souffle, si l’on en croit ses dernières prises de position en matière politique. Deux mots sur l’autre « produit » que propose RFI. Conçu par le duo Elikia M’Bokolo et Philippe Sainteny, ce coffret de 3 CD est très précieux. Puisant dans cinquante ans d’archives littéraires de la sonothèque de RFI, ses producteurs font écouter des voix des poètes, romanciers et dramaturges qui ont marqué l’Afrique littéraire. De Naguib Mahfouz à Dieudonné Niangouna, en passant par Tchicaya U Tam’Si, Edouard Maunick, Aminata Sow Fall et quelques autres. Ce sont quatre heures de pur bonheur en écoutant ces voix d’outre-passé qui disent la sensibilité, l’imagination et la force poétique de toute une époque, de tout un continent. * Le poète et homme politique est mort le 17 avril 2008. Pour saluer sa mémoire, La Poste française émet un timbre à son effigie, en vente à partir du 21 avril 2009. . Aimé Césaire. Discours sur le colonialisme. Livre audio comprenant une lecture du texte par Antoine Vitez et commentaire de Daniel Delas. Edité par RFI, en collaboration avec les éditions Textuel et Présence Africaine et l’INA. 96 pages, 24,90 euros. L’Afrique littéraire : 50 ans d’écriture de combat. Coffret de 3 CD avec un livret de 26 pages. Une production de RFI, avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA), conçue par Elikia M’Bokolo et Philippe Sainteny. Prix non indiqué. | |||
| Tirthankar Chanda | |||
|