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30/06/2009
John Dube : un éducateur dans la Nation arc-en-ciel


(MFI) Ce pourrait être un modèle pour toute l’Afrique. John Dube, fondateur de l’ANC, fut avant tout un éducateur inspiré, attaché, au début du XXe siècle, à un idéal de coexistence pacifique entre les communautés d’Afrique du Sud. Chérif Keita lui a dédié un documentaire récemment présenté en France.

Chérif Keita est un universitaire doué d’initiative. Il y a quelques années, on pouvait croiser à Bamako ce professeur malien qui enseigne la littérature aux Etats-Unis, lancé avec un groupe d’étudiants venus du Carlton College (Minnesota) sur les traces d’Hampaté Ba, au Mali et au Burkina Faso. Un passionnant périple de la mémoire, raconté par un homme à l’enthousiasme communicatif, dont on saura aussi qu’il a écrit, entre autres, une biographie de Salif Keita.

Une œuvre presqu’oubliée, y compris des Sud-Africains

En 1999, à l’occasion d’un autre voyage d’étude, en Afrique du Sud, Chérif Keita découvre la figure de John Dube, qui fut le premier président du Congrès national africain, l’ANC. Il commence à s’intéresser à Inanda, township situé à 20 km au nord de Durban, dans la région du Natal, où John Dube a fondé en 1900 une école modèle, conçue pour assurer la promotion des Noirs, au pays qui n’est pas encore celui de l’apartheid officiel. Le personnage de John Dube a de quoi fasciner : humaniste avant d’être un homme politique engagé, il réalise à travers cet établissement (l’Ohlange Institute, avant tout une école d’apprentissage professionnel) un idéal de coexistence pacifique entre toutes les ethnies. Mais Chérif Keita réalise aussi que l’œuvre de John Langalibalele Dube est presque oubliée, y compris des Sud-Africains. Et décide de remonter le temps, à la recherche d’un héros dont l’itinéraire débute… aux Etats-Unis.
John Dube naît en 1871 dans le Zoulouland. Ses parents font partie de la mission d’évangélisation américaine (son père est pasteur), alors animée par un couple de missionnaires contestataires, les Wilcox, qui favorisent le départ du jeune homme aux Etats-Unis où il poursuit ses études à partir de 1887. Années riches en expériences décisives, dans cette période qui fait suite à l’abolition de l’esclavage, acquise le 18 décembre 1865 avec la promulgation du 13e amendement à la Constitution des Etats-Unis. John Dube fréquente l’Oberlin College, première université du pays à accepter dans ses classes les femmes et les Noirs. Il découvre également l’Institut de Tuskegee, en Alabama : cette école de formation professionnelle pour Noirs a été fondée par Booker T. Washington, personnage emblématique (et contesté) de la libération des Noirs.


L’Ohlange Institute adapté au contexte sud-africain

C’est sur son modèle que, rentré en Afrique du Sud, John Dube fonde l’Ohlange Institute, en l’adaptant au contexte sud-africain. Une de ses réussites, souligne Chérif Keita, est de ne pas y avoir limité l’enseignement aux seuls métiers manuels. « Il a créé un havre réel pour la vie intellectuelle au Natal et pour les Noirs de tous les horizons (Union sud-africaine et colonies environnantes). Pour cela, il est perçu très tôt comme un champion de l’unité des Noirs. » En 1903, est créé le premier journal en anglais et en zoulou, Illanga lase Natal (le soleil du Natal).
Littérature, musique, journalisme, esprit d’entreprise : tout ceci a droit de cité dans une école qui comptera dans son orbite nombre de futures figures de l’élite sud-africaine. Et c’est en reconnaissance de son œuvre de bâtisseur, d’éducateur (et de rassembleur) que John Dube est désigné président du South African Native National Congress (SANNC) – la future ANC –, fondé sous son impulsion.
L’Ohlange Institute a passé des années critiques sous l’apartheid, et l’œuvre-même de Dube, disparu en 1946, a été critiquée ou perçue de façon anachronique. Aujourd’hui, l’école survit difficilement, mais demeure surtout le témoignage d’un idéal de coexistence entre toutes les composantes de la Nation arc-en-ciel.

Thierry Perret


http://www.saraaba.fr : un nouvel espace d’expositions, concerts et débats au cœur du quartier de la Goutte d’Or à Paris.
Le film : Oberlin-Inanda, The life and Times of John Dube. Documentaire réalisé par Cherif Keïta, 55 minutes (Canada). Distribution (Villon Films, 2005) : peter@villonfilms.com
Voir aussi Cemetery Stories, A Rebel Missionary in South Africa, son second film consacré aux Wilcox, un couple exemplaire de missionnaires qui aida John Dube (Villon Films, 2009).
A noter : La biographie du célèbre musicien Salif Keita, par Chérif Keita, publiée dans une première édition au Figuier (Bamako), est à paraître en France aux éditions Grandvault.




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